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Au fait, « youtubeur », c’est un métier ?

Publié par MaRichesse.Com sur 23 Juillet 2016, 04:03am

Catégories : #GOOGLE, #VIDEO, #FAITSDIVERS, #INTERNET

Au fait, « youtubeur », c’est un métier ?

« Youtubeur ? Quelqu’un qui met son clip vidéo en ligne ? » A l’autre bout du fil, la conseillère d’orientation de ce CIO (Centre d’information et d’orientation) parisien est formelle  : jamais un jeune ne s’est assis face à elle et a prononcé ces mots  : 

« J’aimerais être youtubeur. »

Elle se tourne vers sa collègue pour confirmation. Avec le succès de certaines émissions télé, beaucoup de jeunes leur disent qu’ils aimeraient devenir pâtissier. Il y a quelques années, « profiler » était le job à la mode à cause d’une série policière.

Youtubeur, est-ce un métier ? Je tape le mot dans le moteur de recherche de l’Onisep, l’éditeur public qui produit et diffuse des infos sur les métiers et les formations. J’essaie aussi avec « vidéaste ». Sans résultat.

Une fiche métier « à l’étude »

« Nous n’avons effectivement pas de fiche métier “youtubeur” », confirme-t-on au service presse. « Mais c’est à l’étude. »

Pour avoir l’honneur d’une fiche Onisep, une activité doit répondre à une série de critères, parmi lesquels :

  • L’existence d’une formation professionnelle.
  • L’exercice à titre d’activité principale.
  • Les perspectives d’emploi.
  • Le fait que ce soit un métier émergent, « demandé par les jeunes ».

Sur le site de l’Onisep MonOrientationEnLigne.fr, la question « Comment fait-on pour devenir youtubeur ? » est pourtant posée régulièrement.

« Pratique de l’anglais indispensable »

Un instant, je me mets dans la peau d’un élève de terminale ES. Je tape :

« J’aimerais devenir youtubeuse. C’est un métier ? »

« Pas vraiment... », répond par tchat, le conseiller en ligne :

« Les personnes qui diffusent des vidéos via ce média ont différents profils et ne le font pas forcément dans une optique professionnelle... C’est la notoriété de leur “chaîne” qui leur permet d’en faire une activité à part entière et d’en vivre. »

Capture de la conversation sur MonOrientationEnLigne.fr
Capture de la conversation sur MonOrientationEnLigne.fr

Que conseille-t-on concrètement à une jeune aspirante vidéaste ? Mon interlocuteur poursuit : 

« Différents profils diffusent des vidéos : des humoristes, des danseurs, des musiciens... Vous pouvez exercer une profession et la mettre en scène via ce média. [...]

Youtubeur, ce n’est pas un métier, c’est juste mettre des vidéos sur un média social... En revanche, il existe des métiers qui permettent de travailler dans le domaine informatique dans les entreprises gérant les médias sociaux. »

Capture de la conversation sur MonOrientationEnLigne.fr
Capture de la conversation sur MonOrientationEnLigne.fr

J’ai montré cette conversation au youtubeur Absol vidéos(140 000 abonnés), qui n’est pas d’accord quand il lit que « youtubeur, ce n’est pas un métier ».

« Touche-à-tout »

Dans une vidéo publiée fin novembre 2015 (voir ci-dessous), il détaillait ce qu’est concrètement « le métier de YouTuber », en expliquant que cela implique énormément de travail et de multiples compétences. Pour lui, être youtubeur, ce n’est pas « juste mettre des vidéos sur un média social » :

« Les youtubeurs à succès sont très loin d’être des personnes se filmant dans leur chambre. [...] La majorité d’entre eux sont très polyvalents, ils sont à la fois auteur, producteur, cadreur, acteur, régisseur sons et lumières, monteur, community manager et j’en passe... [...] Il y a un côté touche-à-tout qui nécessite de nombreuses compétences techniques. »

 

Sur l’acquisition des compétences, le vidéaste me précise :

« Ce qui est beau aujourd’hui, c’est que la plupart de ces personnes qui n’ont soi-disant “pas de métier”, ont tout appris par elles-même sur Internet et en pratiquant, que ce soit pour le montage, le jeu d’acteur, la communication, etc. »

Une niche

« Est-ce qu’on parle d’un métier ? » A la rédaction de Phosphore, magazine des 14-19 ans, les journalistes se sont posés la question pendant l’élaboration du numéro spécial de juillet 2016, « Devenez star de YouTube ».

La une du Phosphore de juillet 2016
La une du Phosphore de juillet 2016

Le rédacteur en chef, David Groison, penche pour une réponse négative : trop peu de personnes en vivent.

« Cela ne me semble pas être un métier en soi, plutôt une fenêtre pour s’exprimer, communiquer. »

Phosphore a publié dans ce numéro spécial une série de portraits de jeunes vidéastes (Doc SevenFastGoodCuisinePV Nova,TheDollBeauty, etc.). Si certains ont fait auparavant une formation dans un lycée hôtelier, d’autres ont suivi le cursus d’un BTS Tourisme ou n’ont pas fait d’études. « C’est intéressant de montrer qu’il n’y a pas de voies royales mais plein de façons d’arriver à un but », appuie le rédacteur en chef.

Une « passion »

Régulièrement, les jeunes lecteurs écrivent au magazine pour dire qu’ils aimeraient être youtubeurs. Le choix des mots utilisés par ces jeunes est intéressant : ils ne disent pas « j’aimerais faire ça plus tard », mais « j’aimerais faire ça maintenant ». 

Dans sa vidéo sur le métier de youtubeur, Absol s’adresse à eux :

« J’aimerais rappeler que seul une cinquantaine de youtubeurs en France vivent décemment de leur travail alors qu’il y a pourtant des milliers de chaînes françaises. C’est pourquoi, si vous voulez vous lancer sur YouTube, votre motivation première ne doit pas être d’en faire votre métier. »

Lui travaille d’ailleurs dans la finance. Sa chaîne YouTube est une « passion » dont le bonus pécuniaire lui permet de couvrir une partie des frais (comme le matériel audiovisuel).

Le concept de « vrai métier »

Dans un article publié sur Madmoizelle intitulé « Les youtubeurs, le mépris des médias et le concept de “vrai métier” » (novembre 2015), Miquette écrit :

« Méprisés par les parents, raillés par la presse, adulés et copiés par les ados... Comment expliquer au grand public qu’être vidéaste (notamment sur YouTube) est un vrai métier, avec ses codes, ses contraintes et ses enjeux ? »

Dans son texte, l’auteure soulève notamment combien il est compliqué d’utiliser le mot « youtubeur ». En plus d’être le dérivé d’une marque, il regroupe des créations très hétérogènes et des créateurs aux statuts différents.

Miquette rappelle aussi à quel point leur succès repose sur la communauté :

« Si les gens décident demain d’arrêter de regarder leurs vidéos, les youtubeurs perdront tout simplement leur emploi. »

BTS Internet option youtubeur

Parce que la définition du Larousse ne m’a pas vraiment éclairée, j’ai contacté Didier Demazière, sociologue du travail, pour lui demander ce qui, au fond, consacrait l’existence d’un métier. Trois critères principaux se dégagent :

  • Est-ce rémunérateur  ?
  • L’activité est-elle pratiquée avec une certaine régularité ?
  • Enfin, dans son sens classique, il faut, pour exercer un métier,maîtriser un certain nombre de savoir-faire et de compétences.

L’apprentissage peut se faire sur le tas : le fait qu’il n’existe pas (encore) de BTS Internet option youtubeur ne veut pas dire qu’il ne peut s’agir que d’un loisir. C’est le propre des métiers émergents  : ils sont d’abord pratiqués par des pionniers, puis popularisés par la création de formations spécialisées.

Comédiens, chanteurs, youtubeurs

Par ailleurs, précise Didier Demazière, «  un nouveau métier, ce n’est pas nécessairement la combinaison d’activités radicalement nouvelles. Cela peut être un assemblage inédit d’activités autrefois séparées.  » Comme monteur, cadreur, comédien et community manager.

Des chaînes de youtubeurs français célèbres
Des chaînes de youtubeurs français célèbres - Capture d’écran-montage Rue89

A relire les trois marqueurs énoncés par le sociologue, youtubeur semble bel et bien être une profession, tout en pouvant être pratiquée comme une passion. Il développe :

«  Certains youtubeurs investissent cette activité comme un métier. Pour d’autres, c’est un loisir sans perspective. D’autres encore y aspirent mais n’y arrivent pas pour le moment.  »

Sur le plan économique, Didier Demazière fait le parallèle avec les métiers artistiques (comédiens, chanteurs...) dont seule une minorité parvient à en vivre.

Bientôt un syndicat de vidéastes ?

Il y a quelques semaines, un vidéaste américain, Hank Green, annonçaitla naissance d’Internet Creators Guild, une association de défense des créateurs de contenus en ligne.

En France, il n’existe pas de structure similaire mais des petits groupes de vidéastes réfléchissent sérieusement à s’unir pour pousser à la création d’un statut ou défendre leurs droits auprès des acteurs du secteur.

Pour Cordélia, de la chaîne YouTube Cordélia aime (5 300 abonnés), ou lablogueuse Marie Camier-Théron, que j’ai interrogées à cette occasion, il ne faisait d’ailleurs aucun doute que youtubeur était devenu un métier.

Pour Didier Demazière, une telle dynamique collective est sans doute le signe qu’un stade est franchi dans l’affirmation d’un nouveau métier.

«  Pour qu’un métier dure dans le temps, il ne suffit pas qu’il remplisse une fonction sociale, il faut aussi une culture, des éléments d’identification pour consolider une identité collective.  »

 

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