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Un jour, vous cesserez de relire vos e-mails avant de les envoyer

Publié par MaRichesse.Com sur 27 Juin 2016, 03:28am

Catégories : #INTERNET

Un jour, vous cesserez de relire vos e-mails avant de les envoyer

Plus on avance dans sa carrière, moins on se soucie de la correction de ses e-mails professionnels.

En mai, des millions d’étudiants américains ont reçu leur diplôme, ont jeté leur toque en l’air et se sont lancés sur le marché du travail. Je ne les envie pas. Essayer de dégoter son premier emploi à la sortie de l’université est une expérience redoutable. Lorsque l’on a peu (ou pas) d’expérience professionnelle, on a très peu d’arguments à faire valoir pour obtenir un poste en dehors de son consentement à travailler pour pas cher. Les recruteurs ont aussi tendance à considérer d’emblée les jeunes chercheurs d’emploi comme immatures, négligents et peu professionnels.

Pour pallier cela, beaucoup de jeunes en quête d’emploi deviennent des perfectionnistes anxieux. Ils traquent la moindre coquille ou faute grammaticale dans leurs lettres de motivation et CV. Ils font une fixation sur la syntaxe et la ponctuation de chacun de leurs e-mails. Ils me rappellent ce qui est sans doute la lettre la plus triste que j’ai jamais lue dans un blog de conseils. En 2009, cherchant conseil auprès d’Alison Green, de Ask a Manager, un chercheur d’emploi paniqué avait écrit:

«Je viens tout juste de faire la pire des bêtises et ça me rend malade. J’ai vu une offre pour un poste que je tiens vraiment à avoir. J’ai mis deux jours à écrire ma lettre de motivation et à ajuster mon CV pour qu’il corresponde le plus possible à l’offre. [...] J’ai écrit un e-mail court, auquel j’ai attaché ma lettre de motivation et mon CV, puis j’ai cliqué sur “Envoyer”.

 

Mais, après avoir cliqué, j’ai repéré une coquille dans mon texte. J’imagine que, pris par l’excitation d’envoyer mon CV, j’ai relu mon e-mail trop vite. Ça ne me ressemble tellement pas. Lorsque je me suis rendu compte de ma bévue, j’ai commencé à suffoquer. J’ai désespérément cherché un bouton “Annuler”, mais il n’y en a pas.»

 

 

Si vous êtes jeune diplômé et que vous mettez un point d’honneur à bien écrire, vous vous serez sans doute reconnu dans l’attention obsessive portée aux détails par l’auteur de cette lettre. Et vous n’aurez pas manqué de comprendre ce sentiment de désespoir causé par une simple faute de frappe.

Jeunes chercheurs d’emploi allergiques aux fautes de frappe, j’ai une bonne nouvelle pour vous: ça s’arrange avec le temps. En avançant dans votre carrière, vous n’aurez plus besoin de vous soucier de la perfection de chaque phrase que vous écrivez. Et ce sera un grand soulagement.

 

Jeu de pouvoir

À ma sortie de la fac, j’ai été durant plusieurs années particulièrement tatillonne sur la grammaire, l’orthographe et la ponctuation dans ma correspondance professionnelle. Je relisais chaque e-mail que j’envoyais en réfléchissant consciencieusement au bien-fondé de chaque virgule. Je me souviens avoir été surprise et légèrement inquiète lorsque j’ai commencé à travailler avec des journalistes et rédacteurs plus âgés, chevronnés, voire plus ou moins célèbres, qui semblaient n’avoir rien à faire d’oublier une majuscule à un nom propre, de ne pas utiliser les virgules correctement ou de taper accidentellement lse au lieu de les dans leurs e-mails. J’étais gênée pour eux. N’avaient-ils pas peur de l’image que cela pouvait donner d’eux?

La présence ou l’absence de fautes de frappe dans un e-mail (sans parler de son ton plus ou moins formel) en dit généralement beaucoup sur la dynamique des pouvoirs entre l’expéditeur et le destinataire

Je connais aujourd’hui la réponse. Non, ils n’avaient pas peur de l’image que cela pouvait renvoyer. Ils étaient en train d’écrire à une sous-fifre située tout en bas de l’échelle, pourquoi se seraient-ils souciés de ce que j’allais penser du fait qu’ils ne relisent pas leurs e-mails?

Ces e-mails furent pour moi une introduction au subtil jeu des pouvoirs qui se joue dans la correspondance professionnelle. Au mieux, un message informel plein de coquilles envoyé du sommet de la hiérarchie vers le bas reflète le fait que les patrons n’ont pas vraiment peur de paraître aussi négligents que leurs subordonnés. Au pire, c’est une manière délibérée d’asseoir son pouvoir –un signal indiquant aux subordonnés qu’ils ne valent pas la peine que l’on se donne la peine de corriger ses erreurs dans un e-mail avant de cliquer sur Envoyer. Dans un sens ou dans l’autre, la présence ou l’absence de fautes de frappe dans un e-mail (sans parler de son ton plus ou moins formel) en dit généralement beaucoup sur la dynamique des pouvoirs entre l’expéditeur et le destinataire.

La relation entre négligence et autorité a été étudiée dès les débuts de l’utilisation des e-mails au travail. L’une des plus anciennes études universitaires des messages implicites contenus dans les e-mails professionnels décrit par exemple comment le président d’une société a un jour répondu à l’e-mail formel, avec plusieurs paragraphes, d’un jeune membre du personnel avec seulement deux phrases sans aucune majuscule et une faute à un mot de deux lettres (la forme ultime de l’assertion de pouvoir). Une étude conduite plus tard sur des e-mails envoyés à l’intérieur d’un département universitaire avait montré que les «e-mails [...] écrits par des personnels de catégories basses (secrétaires, auxiliaires…) étaient souvent formels et structurés [...] Les messages écrits par les professionnels en charge [...] étaient souvent courts, spontanés [un euphémisme poli pour dire “négligés”; NDLR] et allaient droit au but».

 

Hygiène de relecture

Fort heureusement, vous n’aurez pas à vous transformer en patron ou en gros lourd cherchant à imposer son pouvoir pour pouvoir vous relâcher un peu dans vos e-mails –il vous suffira juste de prouver à vos collègues que vous travaillez bien. Pouvoir faire des coquilles en toute impunité ou presque est l’un des avantages sous-estimés qu’il y a à montrer son professionnalisme: plus vous avez la réputation d’être fiable et de faire du bon travail, moins votre réputation repose sur la qualité de vos e-mails. Si vous savez qu’une coquille occasionnelle (ou une formulation maladroite) ne va pas vous nuire professionnellement, pourquoi diable scruter chaque e-mail à la loupe avant de l’envoyer?

Attention, cela ne signifie nullement que vous, jeunes diplômés, devez cesser de relire chacun de vos e-mails. Malheureusement, il vous faut toujours relire consciencieusement chaque e-mail. Il est très probable que vous serez jugé sévèrement si vous envoyez une lettre de motivation ou un CV contenant une coquille ou une phrase mal formulée, notamment parce que la personne qui les lira ne sait rien de vous en dehors du fait que vous ne savez pas écrire certains mots correctement ni éviter la forme passive lorsqu’elle n’est pas nécessaire. Il est parfaitement injuste d’être sanctionné pour des petites fautes de ce type alors que les professionnels plus expérimentés ne le sont pas. Après tout, il arrive à tout le monde, quel que soit son niveau d’intelligence ou de professionnalisme, de faire des fautes de frappe ou d’employer des tournures maladroites. Personne ne devrait être jugé sur ce type de détails. Mais, que cela nous plaise ou non, c’est ainsi que les choses fonctionnent.

Aussi, si vous êtes un jeune actif, mieux vaut continuer à soigner votre syntaxe et votre grammaire dans vos communications professionnelles, même si vos supérieurs ne le font pas. Mais vous verrez qu’un jour, dans quelques années, vous pourrez profiter de votre solide réputation professionnelle en envoyant un e-mail avec une faute dedans sans en avoir rien à faire, tout simplement parce que vous saurez que cela ne remet pas votre travail en cause et parce que vous serez assez bien dans votre peau pour ne plus vous monter la tête à propos de ce type d’erreurs. Il est difficile d’expliquer à un jeune obsédé de la grammaire le soulagement que cela représente.

Si vous êtes vous-même de ces jeunes obsédés de la grammaire, vous êtes peut-être horrifié à l’idée de pouvoir un jour cesser de vous soucier de la correction de vos e-mails. Qui allez-vous devenir si vous cessez d’être pédant? Je vais vous le dire: vous serez quelqu’un dont l’identité repose sur sa compétence et ses accomplissements dans un domaine choisi plutôt que sur l’absence de petites erreurs.

Attention, je ne suis pas en train de dire qu’il ne faudra plus jamais faire attention à la correction et à la précision de vos communications numériques professionnelles. Malheureusement, des études ont montré que les fautes de frappe des gens de couleur sont jugées plus sévèrement que celles des blancs –encore un domaine dans lequel les minorités doivent travailler plus dur pour avoir le même niveau de reconnaissance. La plupart des managers et des cadres ont des clients auprès de qui ils doivent se présenter sous leur meilleur jour. Et à chaque fois que vous postulez à un nouveau poste, ou que vous changez de travail, le cycle recommence: à nouveau en position de faiblesse et d’inexpérience, il vous faut reprendre votre hygiène de relecture, de la même manière que vous vous habillerez sans doute bien pour votre entretien d’embauche ainsi que durant les premières semaines à votre nouveau poste. Mais vous n’aurez plus jamais à vous inquiéter de la perfection de vos e-mails comme lors de la recherche de votre premier emploi. En attendant, relisez-vous consciencieusement et sachez que ça ira mieux un jour. 

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