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Pesticides et huile de palme : double recul sur la loi biodiversité

Publié par MaRichesse.Com sur 23 Juin 2016, 04:01am

Catégories : #ANIMAUX, #SANTE-BIEN-ETRE

Pesticides et huile de palme : double recul sur la loi biodiversité

Abeilles, orangs-outangs et moult autres animaux, dont Homo Sapiens : 0. Lobby des pesticides et de l’huile de palme : 1. En reportant une nouvelle fois, de facto, l’interdiction des pesticides néonicotinoïdes et en renonçant à taxer davantage l’huile de palme, le projet de loi biodiversité a subi deux gros reculs la nuit dernière à l’Assemblée nationale, où il était examiné en troisième lecture. Si le texte doit encore fait l’objet d’une navette avec le Sénat avant un ultime vote en juillet des députés qui ont le dernier mot, il ne devrait plus trop évoluer.

 

Dérogations

Les députés ont certes interdit à partir du 1er septembre 2018 les néonicotinoïdes, ces pesticides qui tuent les abeilles et moult autres bestioles et dont l’impact sur notre santé inquiète de plus en plus, rétablissant ainsi une échéance que le Sénat avait supprimée en mai. Mais ils ont assorti cette date de dérogations possibles jusqu’en 2020. Ce qui constitue dans les faits un nouveau report de l’interdiction de ces substances toxiques. En mars 2015, en effet, les députés avaient voté l’interdiction totale des néonicotinoïdes au 1er janvier 2016 contre l’avis du gouvernement. Puis, après la suppression de cet amendement par le Sénat, ils avaient voté en mars dernier en deuxième lecture leur interdiction à partir du 1er septembre 2018, mais sans dérogation.

Selon l’amendement de la rapporteure Geneviève Gaillard (PS) voté cette nuit, «des dérogations à cette interdiction [au 1er septembre 2018] pourront être prises par un arrêté conjoint des ministres chargés de l’Agriculture, de l’Environnement et de la Santé. Ces dérogations pourront être accordées jusqu’au 1er juillet 2020». Les ministres chargés de définir ces dérogations pourront s’appuyer sur le travail de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) qui«établira un bilan comparant les bénéfices et les risques» des néonicotinoïdes et des produits ou méthodes de substitution disponibles.

Soutenu avant le débat par la ministre de l’Environnement Ségolène Royal, qui souhaitait «un geste fort» mais «avec du réalisme», cet amendement a en revanche déçu et alarmé les apiculteurs, ONG et politiques favorables à une interdiction au plus vite.

 

«Potentiellement 1,2 million de ruches supplémentaires décimées»

«In fine, l’interdiction totale des néonicotinoïdes ne sera réellement effective qu’en 2020», déplore l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF) dans un communiqué, expliquant que «pour les abeilles et les pollinisateurs, une interdiction réelle en 2020 maintiendra leur exposition aux résidus de néonicotinoïdes jusqu’en 2022 au moins. A titre d’exemple, l’imidaclopride peut être absorbée par des cultures non-traitées à des niveaux toxiques pour les abeilles jusqu’à deux ans après la première utilisation». Pour le président de l’UNAF, Gilles Lanio, «une interdiction totale dans 4 ans, c’est potentiellement 1,2 million de ruches supplémentaires décimées».

Pourtant, soulignent les apiculteurs, «de nombreux agriculteurs en agriculture conventionnelle font déjà le choix de se passer de ces pesticides. Par exemple, Limdor qui produit chaque année 21 000 tonnes de pommes a fait le choix de ne plus utiliser les néonicotinoïdes. […] Les alternatives sont là, elles existent : ce n’est qu’une question de volonté des pouvoirs publics et du monde agricole de les diffuser et de les accompagner». La Fondation Nicolas Hulot souligne elle aussi que «les alternatives existent et que deux années sont suffisantes pour faire sortir ces produits des fermes».

 

Pressions des lobbies

Quant à l’ONG Générations Futures, elle dénonce un recul«inacceptable face aux pressions de la FNSEA et des lobbies agrochimiques». Ces derniers étaient en effet très présents au Parlement pour défendre leurs positions. Affirmant avoir besoin de temps pour trouver des alternatives, céréaliers et betteraviers ont par exemple transmis mardi aux députés un projet de texte pré-écrit pour la rédaction de l’article portant sur les néonicotinoïdes, plaidant pour une interdiction en 2021, mais pas totale : au cas par cas, et uniquement après avis scientifique.

«D’ici 2020, Bayer et Syngenta peuvent dormir tranquilles : et les abeilles continueront de mourir…», a résumé sur Twitter la députée PS et ex-ministre de l’Ecologie Delphine Batho, très engagée sur ce sujet.

 

 

Pression diplomatique sur l’huile de palme

Un autre lobbying s’est montré payant à l’Assemblée, celui de l’Indonésie. Son ambassadeur en France s’est démené pour tenter d’éviter une taxation de l’huile de palme, dont le pays est un gros producteur, au détriment de la forêt, des populations locales, de la faune (orangs-outangs, gibbons etc) et du climat. Parmi les menaces brandies face à cette mesure «arrogante» pouvant «mettre en danger les relations entre les deux pays», de possibles annulations d’achats d’Airbus ou de satellites par l’Indonésie. «Sans parler de pressions plus indirectes selon lesquelles des Français en Indonésie pourraient se retrouver en difficulté si la loi passe», a confié la députée EELV du Val-de-Marne Laurence Abeille à l’AFP. La Malaisie, l’autre gros producteur de cette huile devenue omniprésente bien au-delà du seul Nutella, a elle aussi pesé de tout son poids.

L’idée du projet de loi biodiversité tel qu’il était parvenu mercredi soir à l’Assemblée était pourtant simplement de la taxer autant que l’huile d’olive, corrigeant ainsi une sorte d’anomalie, puisque l’huile de palme est aujourd’hui l’une des huiles végétales les moins taxées et France. Las, les députés ont renoncé à cette «surtaxation», revenant sur leurs précédents votes. «Nous légiférons avec le couteau sous la gorge. Le Parlement français fait l’objet d’un chantage», a déploré Delphine Batho.

A la place, les députés ont voté un amendement du gouvernement -qui lui aussi a donc cédé aux arguments des producteurs d’huile de palme- se fixant comme objectif de revoir d’ici six mois «le dispositif actuel de taxation des huiles alimentaires, afin notamment de le simplifier et de favoriser les productions dont la durabilité fait l’objet de critères objectif». Une énième manière de procrastiner… 

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