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Isabel dos Santos, reine du pétrole d'Angola

Publié par MaRichesse.Com sur 4 Juin 2016, 03:54am

Catégories : #AFRIQUE, #RICHESSE, #PEOPLE

Isabel dos Santos, reine du pétrole d'Angola

Isabel dos Santos est la femme la plus riche d’Afrique. Déjà à la tête d’une fortune de plusieurs milliards de dollars, la fille du président angolais a été désignée jeudi soir numéro un de la compagnie pétrolière publique, Sonangol. Fille de José Eduardo dos Santos, indétrônable président de l’Angola depuis 1979, elle apparaît dans les conseils d’administration de dizaines d’entreprises en Angola et au Portugal, ancienne puissance coloniale. Elle entame son ascension en 1997, à seulement 24 ans, en créant avec sa mère une société de commercialisation de diamants. La femme d’affaires de 43 ans, et mère de trois enfants, est depuis à la tête d’un véritable empire.

Très riche, elle étend son réseau

Discrète dans les médias, Isabel dos Santos a construit petit à petit son réseau. Anglophile, elle fait ses études à Londres et «s’impose depuis la fin des années 90 comme la principale femme entrepreneur du pays», explique Didier Péclard, politologue à l’Université de Genève et spécialiste de l’Angola. Très riche, Isabel dos Santos a été classée huitième fortune d’Afrique, selon le magazine Forbes. Son patrimoine, estimé à 3,3 milliards de dollars, serait majoritairement placé au Portugal, ancienne puissance coloniale de l’Angola. Pour en arriver là, la fille du président a investi partout. D’abord dans les télécommunications, avec Unitel, la principale compagnie de téléphonie mobile de l’Angola, et NOS, un opérateur de téléphonie portugais, qu’elle détient à 50%. Puis dans les banques angolaises et portugaises (25 % de la BIC Angola, 42,5% de la BIC Portugal…). La princesse a maintenant jeté son dévolu sur les grandes compagnies d’énergie, en achetant 33,3% du capital de Galp, société pétrolière portugaise, et en devenant jeudi la numéro un de Sonangol, la compagnie pétrolière publique de l’Angola.

Son père, José Eduardo dos Santos, avait renvoyé l’ensemble du conseil d’administration de l’entreprise publique pour nommer sa fille au poste de présidente. Sonangol, la compagnie pétrolière d’Etat, est le «poumon financier du régime», selon Didier Péclard. Le PIB de l’Angola depend en effet à 70% du pétrole. Cette décision le surprend un peu : «Certes, ça s’inscrit dans une tendance qui existe depuis longtemps en Angola de personnalisation et de concentration du pouvoir au sein d’une toute petite élite, et même d’une famille. On l’a vu quand José Eduardo dos Santos a désigné un de ses fils président du fond souverain en 2014. Mais en même temps, on est dans un contexte de crise profonde, où l’Angola a besoin de l’extérieur pour résoudre ses problèmes immédiats tel que le manque de monnaie en devise. Le fait que l’Angola ait fait appel au FMI pour se faire aider va complètement à l’encontre de la nomination de sa fille au conseil d’administration du Sonangol: il s’assoit sur les questions de bonne gouvernance.»

«Isabel, fille à papa»

Ils sont nombreux, dans l’opposition angolaise, à dénoncer l’utilisation du pouvoir présidentiel pour arranger les affaires d’Isabel dos Santos. Le journaliste angolais Rafael Marques, affirme dans son livreDiamants de sang : corruption et torture en Angola, que les entreprises dont «Isabel, la fille à papa» s’est emparée, comme Tais ou Unitel, sont gangrenées par la corruption et le favoritisme: «Unitel est une société à capitaux mixtes dont l’Etat détient 25 % via la Sonangol. Son dirigeant, le général Leopoldino do Nascimento, est un proche du président José Eduardo dos Santos. Comment Isabel dos Santos a-t-elle donc pu entrer au conseil d’administration ?»

Un télégramme diplomatique éventé par Wikileaks montrait d’ailleurs que l’ambassade des Etats-Unis à Luanda n’était pas dupe des pistonsdont bénéficient la femme d’affaires. Pour Didier Péclard, Isabel dos Santos aurait aussi profité du pouvoir de son père pour faire fructifier Unitel : «Le prix des licences de télécom est très élevé pour les autres opérateurs en Angola. Avec Unitel, Isabel dos Santos a été dans une situation privilégiée. Unitel a pu profiter d’un accès privilégié aux licences de télécom et, de fait, a pu couvrir tout le pays. Elle a probablement bénéficié d’un traitement de faveur.»

Mais pour Didier Péclard, «son père est trop habile pour qu’on puisse trouver des traces précises de telle ou telle faveur accordée pendant sa carrièreCe qui est certain, c’est qu’on est dans un système de régime autoritaire, et le pouvoir se concentre de plus en plus dans les mains du président et de son entourage immédiat.» D’après le politologue, les grands entrepreneurs sont tous des proches du président: «Ce sont tous des membres importants du parti au pouvoir. En Angola, on ne devient pas un entrepreneur important sans avoir de bons relais politiques. D’ailleurs, il n’y a que deux femmes qui sont de grandes entrepreneuses : l’une est la fille du président, l’autre est son épouse actuelle.»

 «Je vendais déjà des œufs quand j’avais six ans»

Face à ces critiques, Isabel dos Santos répond dans une des rares interviews qu’elle a accordée : «Oui, l’industrie pétrolière est menée par la politique, mais mes propres affaires ne le sont pas. Dans mon secteur, la politique n’interfère pas.» La fille aînée du président s’est toujours défendue de bénéficier de traitements de faveur, en faisant valoir ses qualités d’entrepreneuse : «J’ai toujours eu le sens des affaires depuis que je suis jeune. Je vendais déjà des oeufs quand j’avais six ans», raconte-t-elle encore dans cet entretien au Financial Times.

Des arguments auxquels Ricardo Soares de Oliveira, professeur de sciences politiques et spécialiste de l’Afrique, ne croit pas : «C’est un personnage complexe. Il n’y a pas de doute sur le fait qu’elle est maligne et qu’elle est joue un rôle subtil, mais l’idée qu’elle ait acquis son empire financier grâce à cela est absurde : l’emprise politique et le pouvoir de son père sont les clés de son succès.» Et les souvenirs d’enfance d’Isabel dos Santos ne convainquent pas non plus l’opposition au régime. Rui Verde, juriste de Maka Angola, une organisation de lutte contre la corruption et pour la défense de la démocratie en Angola, écrit même qu'«il y a là matière à une enquête criminelle de la part du Portugal et de l’Angola, parce qu’il y a des preuves de corruption, de détournement de fonds, d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent.»

 

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