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Commerce équitable: une fourberie pour enrichir les riches

Publié par MaRichesse.Com sur 27 Juin 2016, 04:44am

Catégories : #ECONOMIE, #MONDE

Commerce équitable: une fourberie pour enrichir les riches

« Les hommes sont si naïfs, si entraînés par le besoin du moment, qu'un trompeur trouve toujours quelqu'un qui se laisse tromper. » - Nicolas Machiavel

La consommation peut-elle être une façon d'agir politiquement? Une somme d'actes de consommation individuels peut-elle améliorer le monde? « Acheter, c'est voter » est la prémisse fondamentale du discours des organismes qui font la promotion de la consommation « responsable » comme Équiterre. C'est la croyance qu'un monde meilleur peut s'acheter, une tasse de café à la fois. Vous voulez combattre la pauvreté dans les pays en voie de développement? Tournez-vous vers les produits « équitables ». Malheureusement, malgré toutes les bonnes intentions du monde, il semble que ce qu'on achète avant tout avec les produits dits « responsables », c'est une bonne conscience.

 
 

Comment changer les choses si on réduit le citoyen à n'être qu'un consommateur? Les pauvres sont-ils de moins bons citoyens parce qu'ils ont moins les moyens de contribuer à l'achat d'un monde meilleur? Les aliments traditionnels coûtent souvent moins cher que les aliments dits équitables et ne sont pas toujours facilement accessibles dans les quartiers pauvres. Comment voter avec le peu d'argent qu'on a s'il n'y a pas vraiment de choix moral sur le marché? Nous sommes pris dans un cercle vicieux qui nécessite pour en sortir l'élimination des causes de la pauvreté. Il faut comprendre que le problème est politique.

On me répondra que même si les pauvres n'ont pas les moyens de consommer de façon responsable, cela n'est pas une raison de ne pas le faire si nous en avons les moyens, que les bienfaits sont tout de même là. Vraiment? Ces étiquettes de consommation responsable sont les images de marque d'un commerce d'indulgences bourgeoises.

Prenons l'exemple du café. Un café équitable est un café payé plus cher que la valeur marchande afin d'assurer une stabilité de revenu aux petits producteurs. C'est une idée qui a pour origine l'effondrement des prix du café au début des années 2000. En réalité, acheter du café équitable, c'est aggraver la cause du mal que l'on tente d'éliminer. En effet, l'effondrement du prix d'une marchandise est généralement causé par la surproduction. Par conséquent, payer un produit plus cher que la valeur marchande, c'est encourager sa surproduction, ce qui fait davantage baisser les prix sur le marché, appauvrissant finalement encore plus les producteurs de café. De plus, seulement 10 % du surplus de prix des produits équitables parvient réellement aux producteurs (Tim Hardford, The Undercover Economist, Oxford University Press, 2005.). Le café équitable fait donc baisser les prix sur le marché tout en ne rapportant presque rien aux producteurs.

Pire encore, puisque qui dit surproduction dit utilisation inefficace des ressources, encourager la surproduction de café, c'est encourager les producteurs agricoles à utiliser les terres pour la production de café alors qu'il pourrait produire des cultures vivrières pour nourrir la population locale. Résultat : on produit trop d'une marchandise destinée à l'exportation vers les pays riches et on sous-produit les aliments nécessaires à la consommation locale, ce qui fait augmenter le prix des aliments dans les pays producteurs de café. En résumé, comme le dit Pierre Chaigneau, professeur à HEC Montréal :

 

« Sous de nobles intentions, le commerce équitable est intrinsèquement discriminatoire, et génère des effets pervers considérables. Il freine la réorientation des pays en voie de développement vers des productions à plus forte valeur ajoutée, ralentit les transferts de main-d'œuvre et les progrès technologiques. En maintenant certains prix artificiellement élevés, il encourage une surproduction qui exerce des pressions à la baisse sur les prix mondiaux. En définitive, il aggrave le sort des petits exploitants qu'il prétend aider. Enfin, en entravant le développement économique des pays pauvres, le commerce équitable contribue à les maintenir dans leur état. »

 
 


Selon l'économiste sénégalais Ndongo Samba Sylla, le commerce équitable, reproduisant exactement les structures du commerce conventionnel, obéit à une logique néolibérale qui ne profite guère aux petits producteurs des pays les plus pauvres. En effet, le commerce équitable, dans sa version certifiée (Max Havelar/Fairtrade) n'est pas une alternative au libre échange, mais plutôt son prolongement, car les organismes de certification n'ont pas légalement le droit d'intervenir dans la fixation des prix du marché. Par conséquent, les marchés des produits certifiés équitables se comportent comme n'importe quel autre marché.

Il y a un prix à payer pour obtenir une certification équitable. La certification est elle-même coûteuse et respecter les critères l'obtenir l'est également. Cela explique que la plupart des producteurs ayant reçu une certification pour un de leurs produits vendent seulement une partie de leur production sous l'étiquette équitable. Au niveau local, on constate aussi que ce sont les regroupements de producteurs les moins pauvres qui sont le plus souvent sélectionnés par les organismes de certification, car ils ont davantage les moyens de respecter les exigences des organismes de certification. Les producteurs les plus pauvres ont ainsi tendance à être exclus de ce marché.

En tant que mécanisme de transfert de richesse, le commerce équitable est inefficace : la prime générée par le commerce équitable était estimée par Fairtrade International à 41.2 millions d'euros en 2008, alors que le budget total consolidé des cinq principaux organismes de certification était de 31, 2 millions d'euros.

La croissance du revenu des organismes de certification est sans commune mesure avec la croissance du revenu des producteurs certifiés. Par exemple, dans le cas de Transfai USA, la cession des licences engendre un revenu qui s'est multiplié par 22 entre 2001 et 2009. Pour chaque dollar dépensé aux États-Unis pour l'achat d'un produit équitable, seulement trois sous parviennent aux pays en voie de développement.

Les gains pour les producteurs et leurs familles ne sont pas seulement faibles, ils sont aussi très inégalement répartis. Les retombées du commerce équitable se concentrent essentiellement dans les pays en voie de développement les plus riches, car il s'agit (dans les pays d'Amérique latine, notamment) de pays spécialisés dans la production des produits équitables les plus populaires (café et bananes). Seulement 13,5 % des producteurs ou des groupes de producteurs ayant reçu une certification équitable se retrouvent dans les pays les plus pauvres, alors que les pays classés par la Banque mondiale comme ayant un revenu intermédiaire élevé (comme l'Afrique du Sud) détiennent 54 % des certifications équitables. Ce qui confirme encore une fois l'exclusion des plus pauvres des maigres avantages du commerce équitable.

Alors qu'il faudrait s'attaquer à la structure de la division internationale du travail, le commerce équitable la renforce. Ndongo Samba Sylla en vient ainsi à la conclusion suivante :

 

« [L]e commerce équitable obéit dans son fonctionnement à une logique néolibérale (les riches gagnent alors que les pauvres sont marginalisés et leurs besoins occultés) même si les intentions de ses protagonistes sont tout autres. Une propagande marketing tous azimuts a pu donner l'impression que cette démarche de solidarité a réalisé des choses prodigieuses. Il n'en est rien et il ne saurait en être autrement. On ne peut espérer lutter efficacement contre la pauvreté dans les pays du Sud sans remettre en cause radicalement leur spécialisation économique comme exportateurs de produits primaires. »

 
 

Sauf exception, acheter des produits équitables est inefficace, voire même nuisible. N'oublions pas qu'un produit de luxe, comme le café ou le chocolat, est intrinsèquement inéquitable. Les terres des pays pauvres devraient servir à nourrir la population qui y travaille, pas fournir les riches en produits de luxe. Une façon plus appropriée d'améliorer la situation est de lutter politiquement contre la signature d'accords de partenariats économiques libre-échangistes qui ne font qu'affaiblir les économies des pays du Sud en minant leur capacité d'autodétermination et en les maintenant dans un rapport de dépendance avec les consommateurs de produits de luxe des pays du Nord. Ce n'est pas avec un panier d'épicerie que le monde va changer. Inutile de faire reposer le poids de la responsabilité sur les individus si on ne commence pas par améliorer les lois. À un problème collectif, la solution doit être politique. 

 Source

 

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