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Comment chasser les migrants? Le mode d’emploi ironique de Médecins Sans Frontières

Publié par MaRichesse.Com sur 23 Juin 2016, 03:29am

Catégories : #EUROPE

Comment chasser les migrants? Le mode d’emploi ironique de Médecins Sans Frontières

A l’occasion de la journée mondiale des réfugiés, Médecins Sans Frontière a voulu frapper fort. L’ONG lance à partir du 20 juin et jusqu’au 7 juillet une campagne digitale qui vise à sensibiliser l’opinion publique sur la manière dont les politiques européennes traitent les réfugiés.

 

 
Médecins Sans Frontière lance une websérie de six épisodes mettant en scène un héros, ou plutôt un antihéros, répondant au prénom de Johnny. Johnny est ce qu'on peut appeler une grosse brute, qui est investi d'une mission de la plus haute importance: protéger les fragiles frontières de l'Europe du flux migratoire. La série reprend les codes de la téléréalité américaine avec des trucages exagérés et un doublage grossier. Dans le premier épisode, Johnny et son équipe de gros durs font une descente en forêt, car malgré la fermeture des frontières extérieures, certain migrants ont réussi à passer et ont installé un camp de fortune dans les bois. L'équipe s'empresse de le détruire et de semer la terreur:

 

"Si j'avais pas détruit sa corde à linge, demain vous pouvez être sûr que des millions de gens seraient venus accrocher leur linges dans la forêt."

 

 
Vous l'aurez compris, la série "Johnny Hunter, chasseur de migrants" mise sur l'ironie. Le ton est donné dès le début: "L'Europe, un continent paradisiaque menacé par une vague migratoire sans précédent. Des centaines de milliers de personnes arrivent d'Afghanistan, Iran, Erythrée, Irak, Soudan, Syrie. Pour faire face, l'Europe a fait appel aux meilleurs…", dont Johnny. Claire Magone, directrice d'études chez MSF, nous explique:

 

On a voulu mobiliser l'opinion publique et l'inciter à dire avec MSF qu'ils ne se reconnaissent pas dans les politiques migratoires de l'UE, qui poussent, refoulent, brutalisent et condamnent à la clandestinité, à l'extrême précarité les candidats à l'exil sur le sol européen. Donc, c'est pour cela qu'on a mis en scène ce personnage, cet espèce d'antihéros qui s'appelle Johnny, chasseur de migrants, et qui finalement donne à voir la réalité des pratiques de ces politiques.

Les internautes sont invités à se rendre sur le site dédié jenesuispasjohnny.fr pour voir les vidéos accompagnées de "décryptages, informations et témoignages complémentaires". Les internautes sont aussi invité à relayer la campagne sur les réseaux sociaux avec le hashtag #JeNeSuisPasJohnny. Et ça marche, par exemple: "Une campagne originale", "merci @MSF, pour ce premier épisode plein de punchlines savoureuses", "Ne fermons pas nos cœurs au sort des réfugiés", "Excellentissime, du super travail avec du fond et de la forme. Bravo!" Peut-on lire de la part des internautes sur Twitter, et qui souvent interpellent le président Hollande.

 

 
Ce qu'on leur reproche à ces politiques, c'est de maltraiter les gens, et de considérer que les personnes qui cherchent à trouver refuge sur le sol européen, sont des criminels en fait. Ca fait des années que l'Union européenne a comme unique pilier de sa stratégie en matière d'immigration et de droit d'asile la fortification de ses frontières, l'externalisation de ses frontières, et ça a des conséquences très réelles, dont nos équipes sont témoins tous les jours sur le terrain, de la Grèce aux Balkans, en passant par la France: il y a de gens qui n'ont plus d'autre choix aujourd'hui que de se jeter littéralement à la mer pour tenter de rejoindre l'Europe parce que les frontières terrestre ont été fermées, qu'il y a des gens qui sont condamné à errer dans ces espèce de no mans land identitaires, coincé entre deux frontières qui sont fermées et que finalement l'Europe joue à se faire peur avec une crise migratoire au regard du nombre de personne aujourd'hui qu'il s'agirait d'absorber sur le sol européen est dérisoire.

 

A l'occasion de la journée mondiale des réfugiés, le Haut-commissariat aux réfugiés de l'ONU livre son rapport statistique annuel et le nombre de personnes ayant fui les guerres et les persécutions n'a jamais été aussi élevé: 65,3 millions. C'est le nombre record de déplacés dans le monde en 2015. Médecins Sans frontières rappelle que cette même année, c'est 0.2 % de la population européenne qui a rejoint l'Europe: on est loin du nombre de personne accueillies par la Turquie, le Liban, la Jordanie ou le Parkistan, "loin du tsunami migratoire qui viendrait submerger l'Europe telle que les États membre de l'UE tente de le mettre en scène" selon l'organisation.

On a choisi un choisi un format décalé, c'est un parti pris un peu provoc' parce qu'on voulait en fait attirer l'attention sur une crise à la fois très médiatisé et en même temps très banalisée, donc en jouant sur les codes de la téléréalité américaine on crée un décalage en fait et surtout on arrive à montrer le caractère extrêmement outrancier des actions coercitives, dissuasives, policières, telles qu'elles sont mises en place par l'UE, mais aussi leur justification qui est en fait assez primaire.

A travers l'ironie et la parodie, Médecins Sans Frontières cherche à alerter l'opinion: les politiques migratoires européennes brutalisent et refoulent les populations condamnées à l'exil. L'organisation a par ailleurs annoncé vendredi dernier sa décision de renoncer au financement de l'Union européenne et de ses États membres, afin de protester contre leur politique migratoire. En 2015, les fonds européens représentaient 8% du budget de l'ONG, le reste provenant de fonds privés. L'organisation condamne fermement l'accord passé avec la Turquie en mars qui vise à freiner l'afflux de migrants. Mais anticipant une nouvelle vague migratoire, la Commission européenne en prévoit déjà une autre, un copier-coller de la précédente, mais axé cette fois-ci principalement sur l'Afrique (Mali, Nigéria, Niger, Sénégal, Éthiopie, mais aussi du Moyen-Orient avec la Jordanie et le Liban): le futur accord consiste en une série de partenariats économiques qui visent à offrir des perspectives à ceux qui ne peuvent prétendre à l'asile en Europe. Les pays qui acceptent de coopérer seront récompensés et ceux qui ne veulent pas seront sanctionnés.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

 

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