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Brexit : quelles conséquences pour l'économie française ?

Publié par MaRichesse.Com sur 21 Juin 2016, 03:33am

Catégories : #EUROPE

Brexit : quelles conséquences pour l'économie française ?

La France semble bien partie pour se ressaisir en 2016. Mais le Brexit menace. Une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne sabrerait-elle les espoirs de reprise dans l'Hexagone? Ou au contraire, pourrait-elle porter un peu plus la croissance? Six économistes nous livrent leur point de vue.

L'économie française montre des signes d'une reprise, certes timide, mais qui a le mérite d'être tirée par de meilleurs investissements et une consommation qui tient bon. L'Insee prévoit même un recul du chômage dans l'Hexagone cette année, qui repasserait sous la barre des 10%. De quoi soulager un tantinet... Sauf que l'ombre du Brexit plane. Et toutes ces prévisions encourageantes ne vaudraient plus rien si les Britanniques votaient en faveur de la sortie de l'Union européenne ce jeudi.

S'il est impossible de chiffrer précisément les conséquences économiques d'un Brexit -tant il plongerait l'Europe en terre inconnue-, Le Scan Éco a interrogé plusieurs économistes qui nous livrent leur analyse.

«Sans doute les coûts économiques du Brexit seront plus grands pour le Royaume-Uni que pour les pays de l'Union Européenne, France incluse, parce que le Royaume-Uni, en cas de Brexit, sortira du plus grand marché au niveau mondial. Mais c'est une erreur de focaliser l'attention sur le commerce ou sur les possibles avantages pour la France d'attirer des activités financières aujourd'hui localisées à Londres.

Le risque plus grand à court terme, avec aussi des effets à plus long terme, pour la France et les autres pays de l'UE, est le risque d'une crise financière. Londres est le plus important centre financier pour les transactions en euros et le Royaume-Uni, en tant que pays de l'Union européenne, a un accès à la liquidité en euros de la Banque Centrale Européenne. Par ailleurs, les banques du Royaume-Uni peuvent utiliser le système des paiements de la zone euro. Sans le support de liquidités de la BCE et du système des paiements de la zone euro, il y a un grand risque de «krach» des marchés financiers de Londres avec des répercussions très dangereuses pour le système financier français et de toute la zone euro. D'une dimension comparable à la crise causée par la banqueroute de Lehman Brothers en 2008.»

«Un Brexit serait un saut dans l'inconnu, pour reprendre l'expression de David Cameron. De nombreux scénarios sont envisageables, selon les accords qui seront mis en place entre le Royaume-Uni et l'UE. Dans le cas le plus favorable, et selon moi le plus probable, tout sera fait, des deux côtés de la Manche pour faciliter la poursuite des échanges commerciaux: plus de 40% des exportations britanniques sont à destination de l'UE, environ 10% des exportations françaises vont au Royaume-Uni. Dans le scénario où des accords de libre échange seraient mis en place, l'impact du Brexit sur les exportateurs français serait minime. Au contraire, les pays de l'UE pourraient vouloir ‘punir' les Britanniques, ce qui pénaliserait aussi leurs propres exportateurs et paraît très peu probable. Ce scénario noir s'accompagnerait d'une chute de la livre qui soutiendrait les exportations britanniques au détriment de celles de la zone euro, pénalisées aussi par l'entrée de l'économie britannique en récession en raison des craintes des investisseurs. L'effet dépressif sur le PIB français pourrait aller jusqu'à 0,3%.

Certains espèrent qu'une partie de l'activité des banques de la City se déplacerait à Paris, mais la City, hors de l'UE, pourrait tirer avantage de l'absence de contraintes réglementaires pour se développer plus encore: un grand paradis fiscal à nos portes. Si le 23 juin les Britanniques décident de quitter l'UE, les pays de l'UE auront intérêt à tout faire pour éviter le scénario noir.»

«La France serait négativement impactée par un Brexit mais relativement moins que ses voisins. Le FMI estime ainsi que le Brexit pourrait couter entre 0,2% et 0,4% de croissance à l'économie française d'ici 2019 alors que des pays comme la Belgique, les Pays-Bas et l'Irlande pourraient voir leur croissance baisser de plus de 0,5% sur la même période. Ceci s'explique par le fait que l'économie française est moins ouverte que celle de ses voisins et que les exportations françaises au Royaume-Uni ne représentent que 2% du PIB contre presque 7% en Belgique et aux Pays-Bas.

La France n'en resterait pas moins une victime indirecte du Brexit. La défiance des investisseurs internationaux vis-à-vis de la zone euro après le Brexit pourrait entrainer une baisse de l'investissement étranger. Les marchés financiers seraient les premiers impactés mais une correction boursière pourrait entrainer un effet de richesse négatif pour les ménages, ou à tout le moins affecter leur moral et donc peser sur la consommation. À l'échelon politique, le succès ou non du Brexit ne manquera pas d'alimenter les débats lors des élections présidentielles de 2017 et pourrait renforcer les populistes. Même si le Brexit est le pire des scénarios, il est possible que la France et l'Europe en tirent quelques bénéfices. Une relocalisation partielle de l'industrie financière pourrait profiter à la France. En Europe, on peut espérer que le choc du Brexit soit le point de départ d'un mouvement d'intégration plus ample et plus rapide des économies de la zone euro.»

«L'impact d'une sortie du Royaume-Uni se fera par trois canaux principalement.

1. Le Royaume Uni est le 7e partenaire de la France et il n'aura plus accès au marché unique. Ce changement de règles pénalisera les échanges français entraînant aussi de l'incertitude sur l'évolution future des échanges. Les grands pays de la zone, partenaires majeurs de la France seront pénalisés. L'effet multiplicateur aura un impact négatif persistant.

2. La City n'aura plus le même rôle central dans la gestion de l'euro. Une réorganisation de la dynamique financière sera nécessaire, mais elle sera porteuse d'incertitudes notamment pour la zone euro. Le redéploiement vers l'Europe ne se fera que dans un deuxième temps avec probablement une perte d'efficacité par rapport au système actuel.

3. L'impact politique pourra être significatif dans une société française divisée. D'autres pays européens vont voir s'accroitre l'influence des partis hostiles à la construction européenne portant ainsi le germe de son délitement.

La sortie du Royaume Uni changerait les règles et en attendant de nouvelles, qui seront longues à écrire (10 ans?). L'incertitude multiforme qui en résultera pénalisera l'économie française et européenne. Cependant à court terme, la dynamique cyclique en France et en zone euro est tirée par la demande interne créant ainsi des effets amortisseurs aux chocs extérieurs. L'effet négatif d'un éventuel Brexit serait amorti, mais pas annulé.»

«Un Brexit serait plus coûteux pour l'Union européenne et la France que pour le Royaume-Uni. La pensée unique ambiante avance que le Brexit serait une catastrophe pour le Royaume-Uni et un évènement presque favorable pour ses voisins et notamment pour la France. Certains ont même avancé que la City de Londres (c'est-à-dire sa place financière) pourrait émigrer à Paris et que de nombreuses entreprises britanniques installeraient leur siège social dans l'Hexagone. Que d'inepties! Quel serait le chef d'entreprise assez fou pour installer son siège dans un enfer réglementaire et fiscal alors qu'il dispose de nombreux «paradis fiscaux» juste à côté, tels que l'Irlande ou le Luxembourg? Soyons donc sérieux. Quant à la City, elle a été renforcée par la non-participation à l'euro, elle devrait donc largement s'en sortir en cas de Brexit.

De même, il n'y aura que très peu de coûts directs pour la France en cas de Brexit. En revanche, les coûts indirects risquent d'être conséquents. En effet, un tel scénario ouvrira la boîte de Pandore de l'Exit et cassera définitivement la construction européenne telle que nous la connaissons depuis l'après-guerre. Un mouvement de défiance internationale à l'égard de l'Union s'engagera alors, produisant une tempête financière particulièrement dangereuse. Cela se traduira alors par un krach boursier. Ce clash mondial pourrait également constituer le déclic qui fera prendre conscience de la fragilité de l'Europe et du non-sens économique du niveau historiquement bas des taux d'intérêt des obligations d'Etat. Un krach obligataire pourrait alors s'ensuivre avec effondrement de la croissance à la clé, en particulier dans les pays faibles, à commencer par la France. Ne l'oublions pas: la croissance structurelle française n'est que de 0,8%, contre 2,5 % outre-Manche. Autrement dit, le Royaume-Uni est bien mieux armé que la France pour affronter une nouvelle tempête économico-financière.»

«Il y aurait bien sûr des conséquences économiques négatives pour la France en cas de Brexit. Le secteur des exportations, notamment sur les créneaux de l'agroalimentaire et de la chimie seraient impactés. Toutefois, pas de catastrophisme puisque les montants estimés, qui sont toujours sujets à caution, seront a priori aisément encaissables par les entreprises. Il est très peu probable qu'un Brexit fasse dérailler la reprise de la croissance française. Il y aura une panique financière, c'est indéniable, peut-être des difficultés pour les entreprises à lever temporairement de l'argent, mais l'effet sur l'activité économique sera plutôt limité à moyen terme.

Le Brexit pourrait même être finalement positif pour certains secteurs en France, je pense notamment au secteur bancaire. Il n'y aura pas de relocalisation massive des effectifs ou des chambres de compensation de Londres à Paris, c'est une illusion. En grossissant à peine le trait, on peut affirmer qu'il n'y a plus de vraie place financière à Paris. Francfort et le Luxembourg profiteraient de ce mouvement. En revanche, les banques françaises pourraient profiter du retrait (momentané) des banques britanniques pour accroître leur part de marché, en particulier sur des segments comme la banque privée. Pour des sociétés financières présentes sur une niche, comme Saxo Banque avec l'investissement en ligne, un Brexit serait même idéal puisque tous nos concurrents directs aujourd'hui sont basés au Royaume-Uni. S'ils souhaitaient de nouveau continuer à être présent sur le marché français, ils seraient certainement contraints de demander le statut de banque, ce qui serait au final un gage de sécurité supplémentaire pour les investisseurs.»

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