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Un photographe nous a raconté ses 30 ans de chasse aux people

Publié par MaRichesse.Com sur 27 Mai 2016, 04:04am

Catégories : #PEOPLE

Un photographe nous a raconté ses 30 ans de chasse aux people

Mieux qu’un Mathias Bourgue faisant vaciller Andy Murray sur le Central de Roland-Garros ? Un Hugh Grant présent en tribunes, venu soutenir son compatriote n°2 mondial. Ou comment voir le tournoi avec l’œil d’un « photographe de stars ». Depuis une terrasse qui leur est réservée sur le court ou depuis une loge, en parallèle de ceux dont l’objectif préfère poursuivre la petite balle jaune et les exploits l’entourant, une quinzaine de photographes scrute les tribunes. L’acteur Tim Roth vient de s'installer ? Clic. Shy’m se prend la tête dans les mains face à la défaite de Benoît Paire ? Clic.

Vieux routier de la photo de stars, Max Colin a couvert près de 30 Roland-Garros, de l’époque de McEnroe/Borg à celle de Nadal/Djokovic. Cette année, ce sera sans lui : cette porte d’Auteuil, il a fini par en faire le tour. Mais il nous raconte ses années passées à immortaliser les passages de Patrick Bruel et les autres, chaque quinzaine de mai.

Hugh Grant, le 25 mai 2016 à Roland-Garros
Hugh Grant, le 25 mai 2016 à Roland-Garros - J.E.E/SIPA

 

Qu’est ce qu’une bonne photo de people à Roland-Garros ?
C’est une expression amusante, un geste. Par exemple si tout le public fait la olà et que dans la tribune Lacoste, sur 10 mètres carrés vous avez 7-8 personnes et qu’ils ont tous les bras en l’air, c’est une photo amusante. J’ai toujours essayé de sortir des images sympas mais cleans, convenables, pas dégradantes. Contrairement à certaines agences qui vont être un peu borderline: ça peut paraître bête mais quelqu’un qui met les doigts dans son nez, par exemple. Je me souviens aussi de Sylvie Vartan qui était en train de se passer de la crème solaire, certains avaient pris des photos où elle faisait une grimace épouvantable.

 

Roland-Garros compte son lot d’habitués, et de people invités beaucoup moins investis dans le match. Lesquels donnent les meilleures photos ?
On voit très vite ceux qui ne sont pas passionnés, qui passent leur temps à regarder leurs mails sur leur téléphone ou à discuter entre eux. Après, ça dépend des matchs, un Djokovic-Murray sera plus prenant pour tout le monde. Mais il y a les amoureux du tennis comme Michel Boujenah ou Patrick Bruel, ou encore Pierre Richard qui est tous les ans dans la tribune de Tennis Magazine et regarde des matchs toute la journée. La vraie différence avec le vrai amateur, c’est que les expressions sont beaucoup plus prononcées. Quand un très beau coup est apprécié, l’émotion est d’autant plus forte. C’est là qu’on aura par exemple des yeux exorbités face à un ace extraordinaire.

 

Qui dit people dit couples, dont certains ne veulent pas se montrer…
Le paradoxe des couples qui viennent de se former et ne veulent pas se montrer, c’est qu’ils prennent soin de ne pas arriver main dans la main au Village mais ne se rendent pas compte qu’ils auront de toute façon leur place côte à côte en tribune. Bruel avait fait ça avec une de ses copines. Je lui avais dit « Patrick, c’est une connerie ». Mais ce sont plutôt les novices qui se font avoir, comme les jeunes de téléréalité qui n’ont pas l’habitude, et se retrouvent dans des doubles dans Gala et Voici. Il y a aussi ceux qui restent stoïques pendant 3 heures, sans un geste d’affection ! Denis Brogniart m’avait dit un jour au Trophée des Personnalités, sur lequel j’avais l’exclu pendant 15 ans, « le match a duré 4 heures, j’ai embrassé une fois ma compagne, ça a duré un quart de seconde et 30 photographes ont pris la même photo ! ». Bah oui, ils sont en train d’attendre et de guetter, c’est crevant pour eux aussi, on peut en avoir marre d’avoir l’œil collé. Ça fait partie du métier. Et ce qui va faire la différence, c’est la persévérance.

 

 

Quid des politiques ? Ils ne sont pas très fans de Roland-Garros…
Ils ne sont pas très présents. Manuel Valls est venu pour la finale l’an dernier, Sarkozy aussi. Mais eux savent très bien qu’ils sont épiés. Ils sont dix fois plus attentifs que tous les autres ! Ils savent que chaque geste peut être interprété contre eux. Du côté des politiques, je me souviens de Balkany dont la femme avait été mise en examen le matin, et à 12h30 on le voit arriver tout souriant à Roland-Garros, pour se distraire. C’était surréaliste. Ca nous avait sidérés, les photographes.

 

Les people peuvent-ils se cacher dans les tribunes ?
Les invitations sont ciblées, donc si certains veulent se planquer, ils ont assez peu d’alternatives. Au-delà du téléobjectif, on travaille avec des jumelles avec lesquelles on scrute la foule en permanence. Parce qu’une star qui est invitée par Lacoste pour se déplacer dans celle d’RTL, par exemple. C’est pour ça que j’ai toujours préféré choisir une position assez en hauteur, panoramique, avec 300 degrés d’angle. Il y a aussi les people qu’on ne voit pas arriver, cachés sous chapeaux et lunettes, jusqu’à ce qu’on se rende compte que c’est Bill Gates. Certains collègues sont fixés sur des stars de variété, mais s’il y a un Carlos Gohn, ou un membre d’une famille royale espagnole ou anglaise, une Pippa ou un Harry…

 

Ça demande de connaître les visages de tout le monde…
Bien sûr. Je me suis goinfré d’infos et d’émissions qui ne m’intéressaient pas du tout comme celles de téléréalité pour bien visualiser et mémoriser les visages. Quelqu’un que vous avez l’habitude de voir à la télé, vous le repérez plus vite. Ça demande beaucoup de préparation, et de temps. En amont de l’Euro je me suis fait une rétro de toutes les familles royales… Il y a de nouveaux visages d’enfants à connaître. C’est une gymnastique, mais j’ai heureusement une mémoire visuelle importante.

Le photographe Max Colin et Johnny Hallyday
Le photographe Max Colin et Johnny Hallyday - Françoise Legrand

 

Quels autres avantages peuvent faire la différence?
Avec un téléobjectif je peux arriver à lire sur les lèvres des gens. Je me souviens d’un jour où on avait l’objectif braqué sur Belmondo. A un moment, il a dit à son ami « on va pas tarder », j’ai dit à mes copains qu’il allait partir, et au coup d’après il se levait. Ils n’en revenaient pas. « Comment tu as su ? ». J’étais à 150 mètres de lui. Après on voit aussi si quelqu’un a l’air pressé ou pas, regarde sa montre… Il y a ceux dont on connaît les horaires, comme Claire Chazal qui avait un journal à 13h et un à 20h, on savait donc qu’elle allait repartir vers 16h30…

 

Et pour un couple, peut-on anticiper les rapprochements?
Avec un téléobjectif très long, vous obtenez des expressions très précises. Pour un couple amoureux, vous voyez les yeux, les expressions du regard, vous pouvez détecter beaucoup de choses, voir ce qui va se produire. Mais il faut de la sensibilité. Tous les photographes n’ont pas la même.

 

Comment est la compétition, entre vous ?
Il y a la loi de la concurrence, de toute évidence. D’autant plus que ce métier s’est énormément cassé la gueule ces 5 ou 10 dernières années. De 4 à 5 agences sur l’événement , on est passé à beaucoup plus. Si bien que ce n’est plus toujours intéressant financièrement. Des photos que j’ai pu faire de Prince [en 2014], ça valait une fortune, et aujourd’hui ça peut être vendu 6 ou 7 euros !

Le selfie de Bjorn Borg, en juin 2015
Le selfie de Bjorn Borg, en juin 2015 - Francois Mori/AP/SIPA

 

Les selfies ont-ils aussi changé la donne?
Avec la qualité excessivement bonne des téléphones actuels, un selfie peut très bien remplacer une photo. Ce sont des choses qu’on ne pouvait pas imaginer il y a 10 ans. Sans compter les gens dans le public qui font des photos avec leurs appareils.

 

N'est-ce pas trop frustrant de ne pas suivre les matchs?
Bien sûr que c’est frustrant. On s’éloigne du tennis, mais pour la Coupe du Monde en 98, je n’ai rien vu de ce qu’il se passait sur le terrain: le cadre de votre téléobjectif est tellement serré que vous n’avez aucune vision de l’extérieur. Alors je suis rentré chez moi… et j’ai regardé le match.

 

Vous semblez frappé de nostalgie et du fameux «C’était mieux avant»… 
J’ai surtout connu une période de joueurs un peu fous. Aujourd’hui, voir des frappes de fond de court pendant 5 heures, ça peut finir par être gonflant. Je me rappelle d’une balle lobée de Clerc qui avait atterri dans une loge, Nastase était venu la récupérer, et y était resté assis pour brancher une nana. Le public était plié en deux. Ça avait fait de bonnes photos.

Le Roumain Ilie Nastase

Le Roumain Ilie Nastase - SIPA 

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