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Conseils, science, sante et bien-être


Un marathon en moins de deux heures, un savant fou fait tout pour que ça arrive vite

Publié le 14 Mai 2016, 09:29am

Catégories : #SPORTS

Un marathon en moins de deux heures, un savant fou fait tout pour que ça arrive vite

Yannis Pitsladis, professeur à l'université de Brighton, en a fait l'objectif de sa vie.

2h02 et 57 secondes. C'est à ce jour le temps record pour parcourir les 42,195 kilomètres d'un marathon. Il a été réalisé par un Kenyan, Dennis Kimetto, à Berlin en septembre 2014. Une amélioration de 26 secondes par rapport au précédent record d'un autre Kenyan (Wilson Kipsang) en 2013, lui même prenant 15 secondes sur le record de 2012 d'un autre Kenyan, Patrick Makau.

Ces précieuses secondes gagnées en quelques courtes années sont une grande victoire pour les coureurs. Elles ont très dures à arracher. Même un coureur du dimanche pourrait le dire. Mais un homme veut aller plus loin: Yannis Pitsladis, que le New York Times décrit dans un long portrait comme un scientifique et un «provocateur». Expert antidopage au comité international olympique (CIO), il est aussi professeur de sport et de science de l'exercice à l'université de Brighton en Angleterre.

Projet «Sub2»

D'Éthiopie en Israël, il parcourt actuellement le monde pour son projet «Sub2», une abréviation souvent utilsée en anglais pour dire «sous la barre des deux heures». Il a estimé qu'il lui faudrait trente millions de dollars pour venir à bout de son projet. Mais les entreprises ne veulent pas toujours sponsoriser cette quête un peu folle, expliquant que ce qu'il veut faire s'apparente à vouloir «envoyer un homme sur Mars».

Nous l'écrivions déjà en 2014, après le record de Dennis Kimetto, il faudra attendre des années pour qu'un coureur puisse réaliser ce temps. Mais, depuis 1998, le record a tout de même gagné 3 minutes et 8 secondes, souligne le New York Times.

Pour finir en moins de deux heures, un marathonien devrait courir à près de 21 kilomètres par heure, soit deux minutes et cinquante secondes par kilomètre, allure à laquelle Dennis Kimetto a couru entre le 30e et le 35e kilomètre –le moment le plus difficile de la course, souvent qualifié de «mur»– au marathon de Berlin en 2014. La possibilité pour un coureur de le finir en deux heures a été envisagée en 2028, 2035 ou 2041, selon différents experts qui ont étudié la question, rapport le New York Times. Yannis Pitsladis estime qu'un coureur qui suivrait son programme pourrait y arriver en 2019, dans trois ans donc.

Nutrition, biomécanique, génétique…

Déjà en 1991, un étudiant en médecine publiait un article de recherches dans le Journal of Applied Physiology concluant que, dans des conditions optimales, un marathon pourrait être terminé en 1h57 et 58 secondes. Et le débat court depuis, d'autant plus avec les seuils rapidement franchis ces vingt dernières années. 

Les quarante-quatre records n'ont été battus que dans six villes: Berlin, Dubai, Rotterdam, Francfort, Chicago et Londres

Pour cela, il a réuni autour de lui des scientifiques spécialistes de nutrition, de biomécanique, de génétique, de course à pied, d'entraînement physique et des médecins du sport pour y arriver. Il veut tester toutes les avancées dans ces domaines, analyser les données pour mettre au point l'entraînement qui permettra à un athlète d'y arriver.

Parmi les critères: le lieu où vit le sportif, car s'il est en altitude il produit plus de globules rouges pour compenser le manque d'oxygène. Autre élément important: la tenue à porter. Il veut développer des vêtements qui s'adaptent aux conditions extérieures et à celle du coureur. Il y a aussi le régime à adopter avant la course: ses recherches l'amène a penser qu'une grande quantité de glucose peut être une bonne solution car cela permet d'avoir de l'énergie dans la deuxième partie de la course, pendant laquelle il estime qu'il faut courir plus vite, à l'encontre de ce que beaucoup d'experts recommandent.

Plutôt mars ou novembre

Le temps dépend aussi du terrain où l'on court. En 2014, le magazine Runner's World consacre un article fouillé au record dans l'épreuve du marathon et aux conditions nécessaires pour le battre. Il relève que les quarante-quatre records n'ont été battus que dans six villes: Berlin, Dubai, Rotterdam, Francfort, Chicago et Londres. Les plus récents ont d'ailleurs tous eu lieu à Berlin, où les coureurs finissent 81 secondes avant par rapport à leurs performances dans les autres villes. Pour Runner's World, il faut que la course ait lieu un jour où il fait frais en mars ou en novembre. Et le coureur qui pourra battre ce record doit être jeune, psychologiquement fort, grand sec, avoir des capacités respiratoires exceptionnelles (mesurées avec le VO2 max, soit la consommation maximale d'oxygène).

Yannis Pitsladis sait bien tout cela, il a analysé tous ces facteurs. Pour aller encore plus loin, il s'est intéressé à l'ADN et aux gènes des coureurs qui battent des records. Il a séquencé grâce à une bourse de 500.000 dollars du gouvernement japonais le génome de tous ces athlètes. Il se demande, en effet, si ceux-ci ont des gènes en commun. «Nous savons que les gènes sont très importants, nous ne savons juste pas lesquels.»

Quelque part dans le monde, il y a un coureur en ce moment qui visualise le haut de la montagne

Ed Caesar

Avaler des thermomètres

Il convient de rappeler cependant que la distance de l'épreuve – 42,195 kilomètres– a été déterminée arbitrairement par la famille royale britannique en 1908 lors du marathon olympique de Londres afin que la course passe sous leurs fenêtres. Il semble donc hautement symbolique de vouloir associer un temps rond à une distance qui ne l'est pas. Le sens du défi sûrement. Yannis Pitsiladis n'en est pas dépourvu. Lors du marathon de Dubaï, il s'est servi des satellites pour dire aux coureurs la température des différentes étapes de la course et il envisage de leur faire avaler des thermomètres pour mesurer en temps réel la température de leurs corps et leur donner des indications pendant la course.

Dans Two Hours: The Quest To Run The Impossible Marathon (en français, Deux heures: la quête pour courir l'impossible marathon), dont The Guardian a publié un extrait en 2015, le journaliste Ed Caesar en parle comme de l'ascencion de l'Everest:

«On ne viendra pas à bout facilement de ces 177 secondes. Mais, quelque part dans le monde, il y a un coureur en ce moment qui visualise le haut de la montagne dans sa tête, et qui configure son esprit pour y arriver.»

 Yannis Pitsiladis serait d'accord avec lui.

Mélissa Bounoua

 
 
 

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