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Robert de Mûelenaere: « La Belgique lanterne rouge pour les investissements publics »

Publié le 7 Mai 2016, 11:52am

Catégories : #ECONOMIE

Robert de Mûelenaere: « La Belgique lanterne rouge pour les investissements publics »

Les tunnels s’effondrent, les musées se délitent, et s’impose désormais le constat que nous payons le prix de décennies de désinvestissements. «L’avenir, ça ne se promet pas, ça se construit», clame la Confédération construction qui lance une pétition («investirestvital.be») afin de placer les pouvoirs publics devant leurs responsabilités.

Vous lancez un cri d’alarme adressé aux pouvoirs publics: «Qu’allons-nous laisser à nos enfants et petits-enfants?»

Nous constatons tous l’état dans lequel se trouve notre pays. On hésite à passer dans un tunnel et peut-être demain, qui sait, à emprunter un pont! C’est effroyable qu’il faille en arriver là pour qu’il y ait enfin un débat public sur la question des investissements. Nous avons la chance extraordinaire d’être situés au cœur de l’Europe, mais nous avons dilapidé notre capital. Nos infrastructures sont dans un piteux état, nous manquons d’écoles: notre attractivité, notre compétitivité, notre qualité de vie sont en péril. Nos pouvoirs publics sont désormais placés devant leurs responsabilités: de quel pays vont hériter nos enfants et nos petits-enfants?

On n’a pas assez investi?

Les pouvoirs publics ont échoué à se comporter comme le fait tout ménage ou toute entreprise: en investissant pour l’avenir. Les chiffres sont éloquents, surtout quand on les compare avec nos voisins. La part des investissements publics dans le PIB s’élève à 2,2% en Belgique, soit sensiblement moins que les 2,8% qui constituent la moyenne de la zone euro. Nous figurons en réalité parmi les lanternes rouges au sein de l’UE: seuls le Portugal et l’Irlande font moins bien que nous.

Ce choix du désinvestissement, dites-vous, ne date pas d’hier.

Comme tous les pays européens, la Belgique a fortement investi durant les années 60 et 70. Par la suite, pourtant confrontés au même contexte difficile que nous, les autres pays ont continué à investir, même si ce fut de façon moindre qu’avant. En Belgique, nous nous sommes reposés sur nos lauriers: nous sommes structurellement en dessous de la moyenne… depuis 1985. Depuis trente ans, donc! Or, on n’évoque ici que la part des investissements, tout compris, dans le PIB. Si on se focalise sur les seules infrastructures, le constat est pire encore.

Notre compétitivité est-elle en péril?

Selon le Global competitiveness report, nous sommes au 22e rang sur 144 pays pour la qualité de nos infrastructures. Devant nous se trouvent tous nos concurrents directs: les Pays-Bas, la France, l’Allemagne, entre autres. Ce qui est le plus dramatique, cependant, réside moins dans le constat que dans les prévisions: on va diminuer encore la part des investissements publics dans le PIB, à 2,1% selon le Bureau du plan! Ce choix politique est irresponsable, alors que nous devrions au contraire nous mobiliser pour récupérer trente années de retard…

Vous ignorez les contraintes budgétaires?

Elles sont réelles, mais il y a des solutions. Je pense à la formule du partenariat public-privé (PPP), même dans un cadre qui a été restreint par l’Europe. De vrais PPP restent envisageables chez nous, à l’instar par exemple de ce qui existe en France pour le financement des autoroutes. Le privé prend le risque d’investir et se rémunère par le biais d’une concession de longue durée. On sait ce que ça coûte, mais on voit que cela génère des investissements de qualité. La Flandre investit actuellement massivement dans ses écoles par le biais d’une formule comparable. Il faut être créatif.

La lecture faite par Eurostat de tels partenariats public-privé est devenue plus restrictive. Peut-on parler de frein?

Il faut aussi placer l’Europe devant ses responsabilités: elle ne peut pas lancer le plan Juncker visant à soutenir la relance par des investissements et dans le même temps laisser un organisme comme Eurostat se cabrer dans une lecture trop restrictive de ce que permettent ces PPP. Plus globalement, il n’est pas raisonnable d’inclure au même titre dans l’analyse de l’endettement d’un pays ce qui relève d’un excès de dépenses courantes et ce qui relève de l’investissement pour l’avenir. Il y a des dettes qui détruisent de la valeur, et d’autres qui en créent.

Vous plaidez pour une norme minimale d’investissement public.

La crise de 2008 n’est pas seule en cause, mais elle a indubitablement induit des choix critiquables. Il fallait certes veiller à ne pas laisser déraper les déficits, mais on voit bien que ce corset exerce des effets délétères et pénalise l’avenir. On pourrait très bien imaginer une norme à deux niveaux: l’une hors investissements et l’autre, investissements compris, cette dernière étant moins contraignante car liée à des dépenses productives. Ce débat, c’est donc aussi au niveau européen qu’il faut le porter.

La Belgique n’est peut-être pas la mieux placée pour donner des leçons à l’Europe…

De fait, notre pays s’est longtemps comporté comme une cigale. Mais il est confronté à l’heure des choix. Que je sache, chaque pays reste tout de même libre de déterminer, dans le cadre de son budget et pour autant qu’il respecte les normes européennes, à quoi il va affecter ses dépenses…

Résumons: trop de dépenses courantes, donc, et pas assez d’investissements?

La Belgique est l’un des pays européens où les taux de prélèvements fiscaux et parafiscaux sont les plus élevés, je ne vous apprends rien. Parallèlement à cette forte taxation du PIB, notre pays a fait le choix depuis de trop nombreuses années de n’en affecter qu’une proportion infime aux investissements, en privilégiant effectivement les dépenses courantes. C’est cela qu’il faut briser. Les infrastructures ne doivent plus servir de variables d’ajustement dans la confection d’un budget mais doivent relever d’une priorité politique.

Les dépenses en infrastructures sont-elles aussi un moyen de soutenir la croissance à court terme?

La croissance ne crée pas d’emplois lorsqu’elle plafonne en dessous de 2%. Or, les dernières prévisions ne sont pas optimistes.Investir davantage dans ce contexte aurait un double effet positif: soutenir la compétitivité de notre pays et de nos entreprises par le biais d’infrastructures de qualité, et relancer la croissance et l’emploi par l’injection de liquidités dans l’économie. Il ne faut pas reproduire les erreurs du passé, mais il est possible d’initier une relance qui prépare l’avenir tout en exerçant des positifs immédiats.

Comment garantir que de tels investissements profitent à l’emploi «local»?

La construction est directement impactée par la libre circulation de la main-d’œuvre en Europe. Or, nous pesons 200.000 emplois, nous en avons perdu 20.000 en quatre ans et cela se poursuivra si rien ne change. Il y a donc urgence à faire en sorte que les chantiers ne filent pas aux mains d’entreprises dont les coûts sont sensiblement inférieurs aux nôtres.

Il y a deux volets dans cette demande. Le premier concerne la lutte contre la fraude au sens strict…

Les partenaires sociaux de la construction ont mis au point avec le gouvernement un catalogue de quarante mesures, trop longues à détailler ici. Cela passe, par exemple, par l’obligation pour chaque sous-traitant d’être agréé afin d’assurer un contrôle sur son respect de la législation, ou encore par la limitation du nombre de sous-traitants, afin d’éviter qu’en bout de course s’active sur un chantier une entreprise dont on ignore comment elle rémunère ses travailleurs.

Vous en appelez parallèlement à un changement de paradigme dans les marchés publics.

On évoque souvent le critère du «moins-disant» qui s’appliquerait aux marchés publics. Or, rien ne l’impose. Il s’agit davantage d’une pratique qui conduit des pouvoirs publics à privilégier le prix le plus bas, créant de la sorte un appel d’air pour des concurrents qui ont des charges inférieures aux nôtres. C’est un choix de court terme, dont le prix à long terme est la destruction d’un secteur qui a toujours soutenu l’économie, et pas seulement en créant de l’emploi.

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