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Pourquoi il y a autant de politiques au Festival de Cannes

Publié le 15 Mai 2016, 14:35pm

Catégories : #POLITIQUE

Pourquoi il y a autant de politiques au Festival de Cannes

CANNES - Entre les paillettes et les starlettes, il y a aussi des politiques sur la Croisette. Les stars internationales qui défilent sur le tapis rouge du festival de Cannesy croisent régulièrement des ministres et des élus montant les marches en tenue de soirée. Des images improbables dans les grandes cérémonies hollywoodiennes mais qui ne choquent personne ou presque en France où l'Etat et les collectivités locales demeurent les premiers mécènes de l'industrie cinématographique.

Autorité de tutelle du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), qui a cofinancé 55 films en lice dans les différentes compétitions du festival cette année, le ou la ministre de la Culture est logiquement présent(e) à chaque ouverture. Après Aurélie Filippetti et Fleur Pellerin, Audrey Azoulay a ainsi participé ce mercredi à son premier rendez-vous du 7e art le plus médiatisé de la planète. Il n'est d'ailleurs pas inédit que d'anciens hôtes de la rue de Valois, comme Jack Lang, Jacques Toubon ou Philippe Douste-Blazy, soient invités à y revenir, même une fois leur carrière ministérielle achevée.

Cannes n'est toutefois pas réservé aux ministres. Ce dimanche, Jean-Luc Mélenchon joue la contre-programmation en s'invitant sur la Côte d'Azur mais où il ne foulera pas les marches du palais. Au programme: rencontre des employés des palaces en lutte contre la précarisation des emplois, échange avec des intermittents et des cinéastes et puis projection au festival "Visions Sociales" où il s'était déjà rendu en 2013.

Les régions de cinéma à la fête

Plus surprenant, l'ancien président de l'Ile-de-France, le socialiste Jean-Paul Huchon, a longtemps été un habitué des marches. Il faut dire que la région-capitale, dont le patrimoine exceptionnel accueille de très nombreux tournages, est aussi le deuxième banquier du cinéma français derrière l'Etat. En 2015, quatre films portant le sceau de la région étaient en compétition officielle et l'un d'entre eux, "Dheepan" de Jacques Audiard, avait décroché la palme d’or.

De quoi justifier la présence d'importantes délégations de la région sur la Croisette? En 2015, la présence de six élus et dix-sept agents avait coûté la bagatelle de 258.000 euros à la collectivité. Valérie Pécresse, la nouvelle présidente LR de la région francilienne, a donc décidé de réduire la voilure sans renoncer à faire le voyage à Cannes. "C’est important d’aller au Festival. La région finance des films et les tournages génèrent des emplois ici mais nous n'avons aucune raison de dépenser autant d’argent", plaide l'ancienne ministre du Budget qui a ramené sa délégation à trois élus et deux agents pour une enveloppe de 23.000 euros. Il faut dire qu'un seul film aidé par la Région ("Sierra Nevada", de Cristi Puiu) concourt cette année en compétition officielle.

Le président LR de Paca Christian Estrosi est également présent cette année pour défendre une des destinations favorites des cinéastes pour leurs tournages. La collectivité, qui finance une moyenne de 90 films par an, a soutenu le film Mal de pierres de Nicole Garcia en compétition officielle.

Des invitations toujours très politiques

L'importance du financement public du cinéma est telle que n'importe quel élu peut, en décrochant son téléphone, obtenir une invitation à gravir les marches. En période de crise, le phénomène a toutefois tendance à se tarir. Délicat de poser en smoking avec des stars du grand écran quand le chômage dépasse les 10%. A moins d'avoir un message politique à faire passer au monde de la culture qui, chaque mois de mai, garde les yeux rivés sur la Croisette.

L'an dernier, Manuel Valls s'était ainsi faufilé entre les people pour assister à la projection de Mia Madre de Nanni Moretti puis Mon roi de Maïwenn. Le chef du gouvernement avait toutefois pris soin de ne pas s'attarder sur le tapis rouge, évitant ainsi le fameux "photocall". Prétexte de sa venue: une conférence sur les droits d'auteur. L'occasion pour Manuel Valls de regretter publiquement la baisse du budget de la Culture depuis le début du quinquennat et de promettre le maintien voire l'augmentation des budgets de la création et de l'éducation artistique.



Son prédécesseur à Matignon ne s'y était pas risqué. Face aux critiques visant le train de vie bling bling du président Sarkozy, François Fillon avait réservé son passage à Cannes pour... le congrès des notaires. Autres mœurs, autre époque. En 2000, le cinéphile Lionel Jospin avait été le premier chef de gouvernement à participer à la cérémonie d'ouverture. L'occasion pour l'austère premier ministre socialiste de fendre l'armure en pleine cohabitation à deux ans de l'élection présidentielle.

Dernier passage très politique au Festival, celui de Christiane Taubira en mai 2015. Invitée par la réalisatrice Emmanuelle Bercot, qui y présentait son film La Tête hautedans lequel Catherine Deneuve interprétait une juge pour enfants, la ministre de la Justice avait essuyé quelques sifflets sur le tapis rouge. Mais elle en avait profité pour promouvoir "un des sujets les plus sensibles dans la justice, ce que nous sommes capables de faire avec la jeunesse qui, à un moment ou à un autre, se retrouve à basculer dans la délinquance".

Un "festival d'Etat" aux origines anti-fascistes

Cette présence des politiques dans le temple du 7e art peut surprendre, elle n'en demeure pas moins qu'un lointain héritage des origines tumultueuses d'un festival créé pour contrecarrer la montée du fascisme. En 1938, alors que le cinéma s'impose comme le média culturel de masse, la sélection de la Mostra de Venise est perturbée par l'ingérence politique d'Adolf Hitler et de Benito Mussolini qui imposent le double sacre de Luciano Serra, pilote produit par le propre fils du Duce, et le célèbre documentaire de propagande nazi Les Dieux du Stade.

Le ministre de l'Éducation nationale et des Beaux-arts du Front populaire, Jean Zay, prend alors la décision d'imposer un autre festival international du cinéma, avec le soutien des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. Le lieu choisi est Cannes, notamment pour sa grande salle de projection et le président de la première édition, censée se tenir en juin 1939, n'est autre que l'inventeur du cinéma Louis Lumière. Avant même sa naissance, Cannes est un "festival d'Etat", comme le rappelle l'historien Olivier Loubes dans son livre "Cannes 1939, le festival qui n'a pas eu lieu". Mais la Seconde guerre mondiale entraîne l'annulation de l'événement dont l'inauguration est reportée au lendemain du conflit, en 1946.

Guerre froide oblige, le Festival restera longtemps influencé par le jeu diplomatique des nations. Il faut attendre 1972 pour que les films sélectionnés le soient par un comité professionnel et non plus par les Etats, qui envoyaient ainsi un message politique sur grand écran.

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