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Nate Silver, l’oracle de la politique américaine qui n’a pas vu venir Trump

Publié le 22 Mai 2016, 15:34pm

Catégories : #TECHNOLOGIE

Nate Silver, l’oracle de la politique américaine qui n’a pas vu venir Trump

Les succès du milliardaire ont placé cette star du data-journalisme, qui avait prédit avec 99% de réussite les résultats des présidentielles 2008 et 2012, sous le feu des critiques.

Si Nate Silver le disait, ça devait être vrai. Le fondateur du site de data-journalisme FiveThirtyEight, qui avait prédit correctement les résultats de 49 des 50 États lors de la présidentielle 2008 avant de réaliser un parfait 50/50 quatre ans plus tard, a donc raté la très probable investiture de Donald Trump comme candidat républicain pour le scrutin 2016. Pour lui, Trump n'avait au départ que 2% de chances de s'imposer. C'était plus que celles qu'avait le club de football de Leicester de remporter la Premier League, mais imaginer un duel en novembre avec Donald Trump quelque part au milieu relevait principalement de la bonne blague quand ce dernier a annoncé sa candidature, en juin 2015.

Autant dire que certains des plus fervents opposants de Silver s'en donnent à cœur joie depuis quelques semaines. Il faut dire que ce dernier a un peu tendu le bâton pour se faire battre, rappelle Dave Weigel, journaliste au Washington Post,dans un podcast de Slate.com:

«Dès le début de FiveThirtyEight, il a eu ce ton qui laissait entendre que n'importe quelle autre forme de journalisme était intrinsèquement stupide et erronée. Il a fait plusieurs déclarations où il disait que ce que faisaient les éditorialistes n'avait aucune valeur, et a été un peu poussé à les faire, mais je pense qu'il éprouvait de la jubilation en raison de la façon dont l'élection 2012 avait tourné. Et quand il analysait Trump et qu'il arrivait à de faibles probabilités d'une victoire du magnat, il avait toujours un refrain qui laissait entendre que les médias ne rendaient service à personne en prétendant l'inverse.»

Progressivement, Silver et FiveThirtyEight, qui se basent prioritairement sur l'analyse des sondages et l'histoire électorale, avaient réévalué à la hausse les chances de Trump de remporter la primaire républicaine, de 2% en août dernier à12 à 13% en janvier, au moment des premiers scrutins. C'est surtout un article publié en novembre, intitulé «Chers médias, arrêtez de flipper avec Donald Trump», qui l'amène aujourd'hui à être cloué au pilori par de nombreux éditorialistes américains. Pour Dave Weigel, le message derrière cet article était le suivant:

«Si vous dites que les gens flippent, vous impliquez qu'ils ne connaissent rien du fait d'un avis aussi dingue –ce n'est même pas que c'est improbable, c'est que cela ne vaut pas le coup d'en parler. Vous ne diriez pas à quelqu'un: "Hey toi, le mec du sud de la Floride, arrête d'avoir peur des ouragans!" Vous ne diriez pas ça –il pourrait bien ne pas y en avoir cette année, mais c'est quelque chose qui devrait vous inquiéter malgré tout.»

«Aller parler à quelques électeurs»

 

Alors forcément, quand sept mois après, Ted Cruz et John Kasich, les deux derniers adversaires de Trump, ont jeté l'éponge, Nate Silver a perdu son pari –et ce malgré les modestes corrections qu'il avait effectuées semaine après semaine sur son site. Jim Rutenberg, ancien journaliste politique du New York Times (qui y a travaillé avec Silver quand FiveThirtyEight était hébergé par le quotidien, avant de se vendre à ESPN), en a profité pour régler ses comptes, en rappelant notamment la victoire venue de nulle part de Bernie Sanders dans l'Indiana (alors que FiveThirtyEight donnait 90% de chances à Hillary Clinton de remporter cette primaire):

«Bien sûr, le data-journalisme de FiveThirtyEight, The Upshot au New York Times et d'autres peut guider les lecteurs en mettant les scrutins en perspective et en créant de nouvelles façons d'évaluer la politique. [...]

 

Tous ces arguments devront nous pousser à être encore plus concentrés sur les données que nous n'avons pas et celles que nous avons (et peut-être à ne pas faire de prédictions sur l'élection qui aura lieu à l'automne à partir de sondages réalisés aujourd'hui). Il serait pas mal de commencer par une bonne nuit de sommeil, et puis d'aller parler à quelques électeurs.»

Avant même que Nate Silver ne réponde, des journalistes sont venus le soutenir et replacer ce débat dans son contexte. Pour Will Oremus, de Slate.com, le data-journalisme n'est pas le problème:

«Utiliser le phénomène Trump, et sa couverture par les médias, comme une justification du “journalisme de terrain” et une mise en accusation du “data-journalisme”, n'est pas seulement simpliste, hypocrite et moralisateur, c'est également faux.»

Nate Silver s'est ensuite exprimé dans le podcast de FiveThirtyEight consacré aux élections pour répondre à ces diverses critiques:

«Jim Rutenberg et moi étions collègues au New York Times, en 2012, quand FiveThirtyEight faisait partie du journal. Ils étaient incroyablement hostiles et pas vraiment aimables, surtout quand FiveThirtyEight essayait de faire des choses qui mélangeaient journalisme de terrain et des techniques plus classiques de data-journalisme. [...]

 

Pour lui, il suffit de prendre ses chaussures et d'aller parler aux électeurs. Vous savez ce que sont les sondages? Les sondages sont une façon de parler aux électeurs à une échelle plus large, en minimisant les parti pris.»

Il faut dire que le New York Times n'a pas vraiment vu le coup venir non plus: en juin dernier, le quotidien new-yorkais parlait d'une «quête improbable de la nomination républicaine» de la part de Donald Trump. En juillet, sa journaliste Maggie Haberman avait éclaté de rire à la télévision quand un élu avait évoqué l'hypothèse d'une victoire de Trump.

 


Nate Silver a aussi tenu à rappeler que Jim Rutenberg a choisi les chiffres qui l'arrangent. S'il a bien noté la grosse erreur de FiveThirtyEight sur la primaire démocrate dans l'Indiana, il a oublié que le reste des prédictions du statisticien étaient plutôt fiables:

«Je me suis lancé dans un raisonnement paresseux»

Silver a également fait son mea culpa à plusieurs reprises en expliquant que ce ne sont pas les chiffres qui se sont trompés, mais lui. Il a préféré ne pas construire de modèle pour analyser la primaire républicaine, parce qu'il n'avait pas assez de données à sa disposition et que le système des primaires était beaucoup trop complexe:

«Sans modèle, ai-je découvert, j'était sujet aux même biais que les experts que je critique habituellement. Je me suis particulièrement accroché à mon postulat de départ et j'ai mis du temps à accepter les nouvelles données qui se trouvaient face à moi. Et je me suis retrouvé à interpréter et choisir ces preuves, et me suis lancé dans un raisonnement paresseux.»

Résultat, écrit-il:

«Nous avons succombé aux mêmes parti pris auxquels les experts succombent souvent, comme ne pas changer d'avis devant de nouvelles informations.»

C'est pour cela qu'il s'est mis à donner des probabilités de nomination de Trump de 2% à 5% au début de la campagne, rappelle Leon Neyfakh de Slate.com:

«Nate a dit que les résultats ne provenaient pas d'un modèle qu'il avait créé, mais que c'était des chances subjectives qu'il avait données. Elles étaient arbitraires, selon ses propres mots. Quand j'ai entendu cela, je me suis dit que j'avais interprété ces chiffres en tant que statistiques. Mais j'ai désormais du mal à comprendre en quoi ce n'était pas juste un “avis d'expert”.»

Or, comme l'explique Dave Weigel, dès que l'on commence à lire les analyses de Nate Silver, on comprend vite que pour lui, il n'y a rien de pire que les experts:

«Ils sont un peu comme les crustacés, tout en bas de la chaîne alimentaire. Les experts sont horribles.»

Celui qui s'en sort le mieux est... une parodie

Dans cette élection où à peu près tout le monde semble s'être trompé, celui qui a l'air de s'en sortir le mieux est Carl Digler, une parodie de Nate Silver créée par deux internautes. Le podcast Reply All explique en ces mots comment les deux hommes sont arrivés à leurs prédictions (plutôt réussies à ce jour):

«Ils voient le pays au travers des préjugés des habitants. Et ils pensent que l'on peut comprendre nos opinions politiques en partant du principe que tout le monde est raciste et vote en fonction de cela: “Dans l'Idaho, les gens disaient que Trump allait l'emporter. Non, ils ne sont pas racistes comme il faut. [...] Alors forcément, ils ont voté Cruz.”»

Ted Cruz a effectivement remporté cette primaire dont aucun sondage ne le donnait vainqueur. Certains voyaient même Donald Trump l'emporter avec une dizaine de points d'avance.

Carl Digler a correctement prédit 81 des 91 premières primaires et caucus républicains et démocrates. Quand on vous disait que cette élection était unique!

Grégor Brandy

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