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Marichesse.com

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Conseils, science, sante et bien-être


Les mères envahissent la Toile: une nouvelle apologie de la maternité?

Publié le 5 Mai 2016, 10:42am

Catégories : #ECONOMIE

Les mères envahissent la Toile: une nouvelle apologie de la maternité?

Le défi des mères parfaites, je trouve ça une horreur, commente Marie Van Humbeeck, Community Manager, blogueuse (www.lafillede1973.com) et internaute passionnée depuis les forums des années 2000. D’abord parce qu’on oublie toutes les femmes qui n’ont pas envie d’enfanter ou qui ne le peuvent pas. Pas sûre que ce soit agréable de voir sa page d’accueil se remplir de ces images. Puis parce qu’il s’agissait quand même de distinguer celles qui remplissaient les critères de la « bonne maman » et, dès lors, de pointer les mauvaises élèves. Le phénomène « maman parfaite » explose surtout sur Instagram, c’est LA vitrine du bonheur familial dans des intérieurs « scandinaves ». Les hashtags sur le sujet sont d’ailleurs légion : #fashionmum (celles qui rentrent dans une taille 36 de créateur) ou #happymama (celles qui posent avec des chérubins en total look Bobo Choses), entre autres.

Le phénomène énerve le Web. Des internautes sarcastiques contre-attaquent et créent le Tumblr Mother I’d like to kill qui compile les pires images de mamans parfaites. D’autres mères exhibent avec délice le côté obscur de l’éducation des mouflets. L’actrice Olivia Wilde se montre ainsi ébouriffée, sans maquillage, avec pour commentaire : La coupe de cheveux « garder un enfant en vie ». L’humoriste et écrivaine Véronique Gallo, dans la lignée de Florence Foresti, publie sur YouTube des capsules hilarantes, intitulées Vie de mère. On poste des photos de braillards se roulant par terre au supermarché avec la mention #womenirl. Le bouquin de Virginie Duplessy, La Mère parfaite est une mytho cartonne (Les Éditions de l’Opportun). Il y a même eu le challenge « mère indigne », carrément trash, commente Maud, du blog Y’a quelqu’un (www.blogblogyaquelquun.com). Là, ça allait trop loin dans l’autre sens. Perso, je préfère que l’on raconte les bons moments et les petites galères, sincèrement. Car il ne faut pas minimiser le côté inspirant et rassembleur de certains blogs maternels. Soit qu’ils sont créatifs et de bon conseil, soit qu’ils osent enfin afficher les pans négatifs de la maternité, révélant par là un changement des mentalités.

 

Besoin de reconnaissance

Dimitri Haikin, psychologue et fondateur de psy.be, analyse cet apparent retour aux couches : Cela revient à se présenter comme maman plutôt que comme femme. C’est symptomatique du retour aux valeurs familiales. La valeur famille prend le pas sur la valeur travail car elle est le refuge. La vie professionnelle ou amoureuse inquiète. On y affronte des changements, des incertitudes, des insatisfactions. Le rôle de parents rassure et représente la stabilité, la continuité. Ce n’est pas un mal… Mais ça manifeste l’importance que l’on accorde à la maternité, donc à l’enfant, dans la réalisation de soi. Chez certaines, où il n’y a de place pour aucun autre sujet, on peut clairement y voir une faille narcissique, un problème d’image sociale, un besoin de reconnaissance, constate Dimitri Haikin.

Dans certains cas, les réseaux sociaux entraînent de vraies angoisses. Certaines comptent les « like », se morfondent en attendant qu’on commente leurs images. Cela peut confiner à l’hystérie, au sens pathologique : un besoin maladif de plaire, d’être rassurée en impressionnant des inconnus. L’enfant reçoit pour mission symbolique de compenser les manques de sa mère.

 

Le danger d’une vie en vitrine

À voir les images d’enfants lookés de leurs amies (jamais un T-shirt Minion ou Spiderman), leurs vacances de rêve à l’ombre de palmiers géants, beaucoup de parents trouvent leur quotidien bien morose. En plus du risque de déprime, Dimitri Haikin y voit une source de conflits larvés. La vie des autres est toujours plus belle, parce qu’on ne montre que le plus reluisant. Cela génère de l’envie, parfois même une colère rentrée et en tout cas un cortège de non-dits. On voit des relations se dégrader à cause de cette rancœur qui n’est jamais exprimée.

Le psychologue rappelle aussi une notion sans cesse oubliée sur le Web : l’importance du jardin secret. Révéler les états d’âme de son enfant relève de sa vie privée. Or, tout être humain a besoin, et droit, à l’intimité. Les réseaux sociaux, cela peut devenir de l’exhibitionnisme bon marché. En publiant tout, on bafoue l’intimité de l’enfant et celle de toute la famille. Il faudrait toujours demander au papa, aux amis, mais aussi aux petits, quand ils ont l’âge d’exprimer leur avis, s’ils sont d’accord que l’on dévoile les instants de leur existence. Et à qui. Et pourquoi. Une question qui taraude les blogueuses aussi. Pendant longtemps, je me suis refusé à montrer le visage de mes enfants sur mon blog, explique Maud. Puis j’ai cédé. Le déclic a été une conversation avec un ami, plus jeune que moi, qui m’a dit que mes scrupules étaient d’un autre temps et que mes enfants seraient hyperconnectés plus tard. Je me sentais mal aussi vis-à-vis des voyages. On m’offre des vacances en famille au ski et je ne publie que des photos floutées… Ça n’était pas très correct. En revanche, je ne donne pas leur prénom. Et quand mon fils aura 9 ans, je lui demanderai son avis avant de publier sa photo pour éviter qu’il ait des soucis avec ses amis.

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