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Conseils, science, sante et bien-être


Les erreurs médicales à l’hôpital, cause majeure de mortalité

Publié le 5 Mai 2016, 11:49am

Catégories : #SCIENCE

Les erreurs médicales à l’hôpital, cause majeure de mortalité

Les erreurs médicales constitueraient la troisième cause de décès aux Etats-Unis, derrière les maladies cardio-vasculaires et les cancers. C’est le constat auquel parviennent deux médecins américains, Martin Makary et Michael Daniel, tous deux du service de chirurgie de l’université Johns-Hopkins à Baltimore (Maryland). Pour parvenir à ce classement, ils ont effectué un calcul très simple, en appliquant aux données d’hospitalisation dans leur pays en 2013 – un peu plus de 35 millions d’admissions – le pourcentage d’événements indésirables mortels évitables dans des études antérieures, remontant parfois à la période 2000-2002. C’est ainsi qu’ils en concluent que les erreurs médicales sont à l’origine de 251 000 morts par an.

Publié mercredi 4 mai dans le British Medical Journal, l’article des docteurs Makary et Daniel n’a pas l’ampleur d’une vaste étude. Il tient sur deux pages, enrichies de deux tableaux. Il présente des limites méthodologiques : les quatre grandes études utilisées par les auteurs avaient-elles toutes adopté la même définition, très large, des erreurs médicales (acte involontaire ou n’obtenant pas les résultats escomptés, erreur d’exécution, erreur de planification, erreur de diagnostic, déviation d’une procédure, surdosage de médicaments, problèmes de communication dans un service…) ? La situation de 2013 est-elle identique à celle de 2000, ce qui impliquerait qu’aucun progrès n’ait été accompli dans la prévention des erreurs ?

 
Ce document constitue un plaidoyer pour l’amélioration des données sur le coût humain de ces erreurs

Néanmoins, ce travail est à prendre en considération. Malgré ses approximations, il constitue un plaidoyer pour l’amélioration des données sur le coût humain des erreurs médicales. D’autres travaux avaient déjà placé ces dernières au même rang dans les causes de décès, en extrapolant à partir d’études américaines.

50 000 décès en France ?

« Avec 15 millions d’hospitalisations en France en 2013, le nombre de décès liés aux erreurs médicales pourrait ainsi avoisiner les 50 000, en faisant la troisième cause de mortalité du pays après les cancers et les maladies cardio-vasculaires », indiquait Le Lien, association de défense des patients victimes d’accidents médicaux, en 2015, à partir des données de l’Organisation mondiale de la santé. En 2013, un rapport sur la iatrogénie (conséquences néfastes liées aux soins), rédigé par le pharmacologue Bernard Bégaud et par l’épidémiologiste Dominique Costagliola, relevait que « des études de pharmacovigilance permettant d’avancer la fourchette de 10 000 à 30 000 décès attribuables chaque année en France à un accident médicamenteux ». Sans compter ceux dus à d’autres causes médicales ou chirurgicales.

« Nous demandons depuis des années la publication de données sur la mortalité liée aux erreurs médicales en France », explique-t-on au Lien. « On commence seulement àfaire en sorte que les événements indésirables graves liés aux soins soient déclarés », ajoute l’association.

Ces événements défavorables pour le patient, qui peuvent conduire au décès, doivent obligatoirement être déclarés. Le réseau des CHU en France l’estime à environ 400 000 par an. Pour l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France, les signalements ont progressé de 24 % en 2014, dont la moitié a conduit au décès du patient. Cela peut être des erreurs concernant le côté à opérer par exemple, des oublis de compresse, des greffes qui n’ont pu être réalisées en raison de « matériel » manquant, des suicides… c’est ce que pointe le bilan 2015 des événements indésirables graves dans les hôpitaux de l’AP-HP. Dans la loi sur la santé adoptée en janvier, il est prévu de renforcer cette mesure. La réglementation reste complexe. Et les médecins sont peu enclins à les déclarer.

Des statistiques sous-estimées

Les docteurs Makary et Daniel dénoncent un problème commun à beaucoup de pays : les données officielles sur les effets indésirables mortels liés aux soins s’appuient sur la cause initiale de la mort telle qu’elle apparaît sur le certificat de décès. Faut-il encore qu’une erreur médicale soit déclarée en tant que telle. Les statistiques officielles sous-estiment donc grandement le phénomène comme cause de la mort.

« Comme les soins surviennent, le plus souvent heureusement, sur des personnes malades, la discussion doit tourner autour de questions comme “qu’est-ce qu’une erreur médicale ?”, car il faut se méfier des imputations rétrospectives, “à partir de quel niveau d’imputabilité considère-t-on qu’un décès est dû à une erreur médicale ?”, car la situation est rarement binaire, ou “combien d’années de vie sont-elles perdues en raison d’une erreur médicale ?” », affirme Grégoire Rey, qui dirige le Centre d’épidémiologie des causes médicales de décès.

Estimation « limitée et dépassée »

« L’estimation des décès annuels dus à des erreurs médicales aux Etats-Unis, la plus souvent citée – un rapport de 1999 de l’Institut de médecine  est limitée et dépassée », écrivent les deux praticiens américains. Il n’existe aucune statistique officielle. Ils réclament donc de meilleures données, identifiant de manière plus fidèle les décès dus à des erreurs médicales lors des soins, ce qui permettrait de mieux les prévenir en améliorant les pratiques, en les rendant plus transparentes.

En France, « l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé [ANSM] a lancé un appel d’offres à la communauté scientifique pour réaliser, à partir de septembre 2017, une étude de grande ampleur sur la iatrogénie », précise le professeur Mahmoud Zureik, directeur scientifique à l’ANSM. Malgré des travaux menés entre-temps, la dernière grande enquête datait de 1998.

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