Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Marichesse.com

Marichesse.com

Conseils, science, sante et bien-être


Les astronomes et l’énigme du poème de Sappho

Publié le 20 Mai 2016, 10:15am

Catégories : #SCIENCE

Les astronomes et l’énigme du poème de Sappho

La mécanique céleste, avec sa régularité de métronome, est un merveilleux instrument de datation pour les œuvres d’art anciennes qui évoquent des astres. Ainsi, il y a quelques années, il a été possible de préciser le jour exact où le firmament a présenté la configuration astrale décrite par un observateur attentif des cieux nommé Vincent Van Gogh, dans son célèbre tableau La nuit étoilée. Toujours chez Van Gogh, mais au sujet d’une toile moins connue, La maison blanche, la nuit, que l’artiste a peinte quelques semaines avant de se suicider, une enquête à Auvers-sur-Oise et l’utilisation d’un logiciel astronomique ont permis de déterminer que l’astre visible dans le ciel était la planète Vénus.

C’est une nouvelle énigme mêlant art et étoiles que vient de résoudre une équipe internationale dans une étude publiée par le Journal of Astronomical History and Heritage. Cette fois, les chercheurs se sont intéressés non pas à une représentation graphique du ciel mais à une description littéraire vieille de plus de deux millénaires et demi puisqu’ils ont concentré leurs efforts sur un fragment de texte de Sappho, poétesse grecque célèbre pour ses évocations de la passion amoureuse. La plus grande partie de ses œuvres a été perdue mais, dans un des rares extraits qui soient parvenus jusqu’à nous, Sappho parle d’une solitude profonde à laquelle même les astres concourent : « La Lune s’est couchée, ainsi que les Pléiades ; il est minuit, l’heure passe, et je dors solitaire. »

A partir de ces quelques mots, les auteurs de l’étude ont essayé de déterminer… la saison de l’année à laquelle le texte a été composé. Il leur a fallu considérer comme acquis un certain nombre de présupposés, à commencer par le fait que Sappho ait décrit dans ce poème ce qu’elle voyait. Ces chercheurs ont dû aussi lui faire confiance pour son indication horaire, supputant que la poétesse utilisait une clepsydre pour savoir qu’il était bien minuit.

En revanche, ils ne doutent pas que Sappho ait été capable d’identifier les Pléiades dans le ciel. Situé dans la constellation du Taureau, ce groupe de sept étoiles jeunes, chaudes et très brillantes, faisait référence, chez les Grecs de l’Antiquité, aux filles du titan Atlas, qui, poursuivies pendant des années par le guerrier Orion, furent transformées en colombes par Zeus puis portées au ciel (ou la constellation d’Orion les poursuit toujours, d’ailleurs…). Les Pléiades sont en réalité les représentantes les plus visibles d’un amas ouvert d’étoiles situé à près de 450 années-lumière de nous et elles font partie de la cosmogonie de très nombreux peuples, des Aborigènes australiens aux Arabes, des Celtes aux Chinois, des Maoris aux Mayas.

Nos scientifiques ont donc regroupé leurs indices – les Pléiades sont couchées à minuit –, il les ont entrés dans un logiciel d’astronomie en précisant les coordonnées géographiques du lieu d’observation – la ville de Mytilène sur l’île grecque de Lesbos, où vivait Sappho – ainsi que l’époque – 570 avant notre ère, date aux environs de laquelle la poétesse antique est morte –, puis ils ont laissé la mécanique agir. Verdict : autour de 570 av. J.-C., les Pléiades disparaissent sous l’horizon avant minuit entre le 25 janvier et le 6 avril. Il s’agirait donc d’un poème de l’hiver ou du tout début du printemps. Si les chercheurs avaient su l’année exacte de sa composition, ils auraient pu être d’une précision supérieure, en incluant le coucher de la Lune à leur simulation…

L’exercice est joli, qui rappelle que les astres ont longtemps été les principales horloges de l’humanité. Le résultat final de cette étude importe assez peu au fond étant donné la fragilité des hypothèses qui sous-tendent ce travail. Il n’est d’ailleurs pas impossible que Sappho ait tout inventé et que cette poétesse célèbre pour son homosexualité ait voulu, en évoquant la fuite de tous ces personnages féminins que sont Séléné – la Lune – et les sept filles d’Atlas, donner des dimensions cosmiques à son sentiment de solitude et d’abandon.

source

Commenter cet article

Archives