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Conseils, science, sante et bien-être


L’inversion de la courbe du chômage est peut-être déjà là (mais trop tard)

Publié le 21 Mai 2016, 09:09am

Catégories : #ECONOMIE

L’inversion de la courbe du chômage est peut-être déjà là (mais trop tard)

François Hollande l’a dit et redit: il ne se représentera pas en 2017 s’il ne réussit pas à faire baisser le chômage. Il est en passe de gagner ce pari risqué, mais un peu tard et de façon trop limitée pour que ce soit un argument de campagne très efficace.

Le «ça va mieux» du président de la République fait sourire ou agace. Il fait songer à la méthode Coué de celui qui veut se persuader lui-même de ce qu’il affirme ou aux méthodes des publicitaires qui comptent sur l’effet de répétition pour imposer aux autres leur message. Et, pourtant, ce mieux correspond à une réalité. Que nous dit la dernière enquête de conjoncture de la Banque de France? L’activité progresse dans l’industrie, elle continue de croître dans les services, elle repart à la hausse dans le bâtiment et les défaillances d’entreprises marquent une légère tendance à la baisse. Selon l’Insee, le PIB a augmenté de 0,5 % au premier trimestre avec des dépenses de consommation en fort redressement et un investissement dynamique.

Évidemment, il n’y a pas de quoi pavoiser. Si l’on regarde les statistiques européennes, on constate que 0,5% de croissance au premier trimestre, c’est exactement la moyenne de l’Union européenne et de la zone euro. Cela va mieux chez nous, mais nous ne faisons que suivre la tendance à une modeste amélioration qui se dessine sur le continent.

Pour l’ensemble de l’année et pour  2017, la Commission européenne prévoit une croissance de 1,6% puis 1,8% dans la zone euro; la France devrait rester un ton au-dessous, à 1,3% cette année et 1,7% l’an prochain. Et on peut rappeler que, en mars dernier, la production industrielle s’établissait encore à un niveau inférieur de près de 12% à celui qui était enregistré huit ans auparavant, en mars 2008, avant la crise financière. Dans beaucoup de secteurs, le «mieux» est très relatif.

Un mieux relatif

Une activité un peu plus soutenue débouche logiquement sur des créations d’emplois. Les deux phénomènes ne sont pas exactement concomitants et proportionnels: une entreprise peut généralement faire face à un certain surcroît de production avant de devoir embaucher. L’OFCE, par exemple, estime que les entreprises françaises étaient en sureffectif de 70.000 personnes à la fin de 2015. Lorsque la croissance accélère, l’entreprise commence d’abord par résorber ses sureffectifs et, si le mouvement se poursuit, les embauches arrivent.

Pour la France, la Commission prévoit que le pic du chômage a été atteint en 2015 avec une moyenne de 10,4% sur l’année et qu’on redescendrait doucement à 10,2% en 2016 et 10,1% l’an prochain

Selon la Commission européenne, la zone euro a encore détruit des emplois en 2012 et 2013, elle a recommencé à en créer en 2014 et 2015 et le mouvement devrait se poursuivre: +1,1% cette année, +1% en 2017. La France, en ce domaine, suit une trajectoire un peu différente, du fait notamment de ses politiques actives de l’emploi (avec ses diverses formes de contrats aidés): pas de destructions d’emplois en 2012 et 2013, mais une reprise des créations plus modeste ensuite: +0,5% en 2016 et +0,7% en 2017 selon les estimations bruxelloises.

Le pire serait passé

Les créations d’emplois peuvent ne pas suffire à faire reculer le chômage: tout dépend de l’évolution de la population active (jeunes qui arrivent sur le marché du travail, personnes qui partent à la retraite, gens qui décident de recommencer à chercher du travail si la situation s’améliore, immigration, etc.). Dans la zone euro, après avoir culminé à 12,1% au début de 2013, le chômage serait revenu à 10,2% de la population active en mars dernier, selon les calculs d’Eurostat.

La situation ne devrait plus beaucoup évoluer dans les prochains mois puisque la Commission prévoit sur l’ensemble de l’année une moyenne de 10,3% (contre 10,9% en 2015), avant une modeste baisse à 9,9% en 2017. Pour la France, la Commission prévoit que le pic du chômage a été atteint en 2015 avec une moyenne de 10,4% sur l’année et qu’on redescendrait doucement à 10,2% en 2016 et 10,1% l’an prochain. Il y aurait donc une timide inversion de la courbe.

Les chiffres trimestriels de l’Insee semblent confirmer ce pronostic. Le pic du taux de chômage a été touché au troisième trimestre 2015 à 10,2% –chiffre qui vient d'être revu à la hausse– si l'on s'en tient à la France métropolitaine. Au quatrième trimestre, on est revenu à 9,9%, chiffre qui vient d’être revu à la baisse (la première estimation était de 10%). Et ce taux de 9,9 % a été encore enregistré au premier trimestre 2016.

Si cette tendance est confirmée, il y aura bien inversion de la courbe. Mais il faut rester prudent, car on avait déjà eu le même espoir au début de 2015 et il avait été déçu: le taux de chômage, après une pointe à 10,1 % au quatrième trimestre 2014, était revenu à 10% au premier trimestre de 2015, puis il était remonté à 10,1% et 10,2%. Il est encore un peu tôt pour crier victoire. Et, de toute façon, on n’aura probablement pas retrouvé dans un an le niveau de 9,3% qui avait été enregistré au deuxième trimestre 2012, au moment de l’élection présidentielle.

Beaucoup a été fait pour les jeunes

Si l’on regarde dans le détail, on constate des évolutions qui ne correspondent pas tout à fait aux discours que l’on entend très souvent sur la jeunesse sacrifiée, que François Hollande aurait oubliée parmi d’autres promesses. En fait, pour les 15-24 ans, le point haut du chômage a été atteint dès le début du quinquennat, à 25,4% au quatrième trimestre 2012. Mais la décrue est lente et irrégulière, avec des retours en arrière, comme c’est le cas pour ce début de 2016, à 24,2% contre 23,9% fin 2015 et 22,8 % au deuxième trimestre 2012, au début du quinquennat. Et cette modeste décrue par rapport à la fin de 2012 doit beaucoup aux emplois aidés, notamment aux emplois d’avenir (destinés aux jeunes peu ou pas qualifiés) dont la montée en charge s’est faite en 2013 et 2014, ce qui ne témoigne pas d’une véritable amélioration de la situation. Mais on ne peut pas dire que rien n’a été fait pour les jeunes: c’est précisément en leur direction que l’action a été la plus vigoureuse, ce qui est d’ailleurs normal, puisque c’est là que le problème se pose avec le plus d’acuité. Une fois que l’on a admis ce point, on peut discuter de la qualité et de l’efficacité de cette action…

Pour la tranche d’âge centrale des 25-49 ans, qui connaissait un taux de chômage de 8,7% au deuxième trimestre 2012, le point haut a été atteint à 9,5% à plusieurs reprises, à la fin de 2014 et en 2015, avant un retour à 9,3% début 2016. Les plus de 49 ans sont proportionnellement les moins touchés, mais leur situation est à peine stabilisée: de 5,9% au deuxième trimestre 2012, leur taux de chômage est monté jusqu’à 7,1% au troisième trimestre 2015 et commence seulement à se réduire (6,5% au premier trimestre).

Fragile retournement

Quant aux derniers chiffres mensuels publiés par Pôle Emploi, ils confirment le sentiment d’un fragile retournement en cours, avec un recul du nombre de chômeurs de catégorie A (ceux qui sont complètement sans emploi) sur le mois de mars et le premier trimestre, mais encore en hausse sur un an. Et la montée continue du nombre de ceux qui sont en activité réduite (catégories B et C) tempère encore davantage ce sentiment. 

Pour l’ensemble des catégories ABC, on est à 5.465.280 demandeurs d’emploi (en chiffres bruts, non corrigés des variations saisonnières), contre 4.239.730 en mai 2012, quand François Hollande est entré en fonction, et 5.561.445 au plus haut en janvier dernier. Ce qui, là encore, confirme l’amorce d’une baisse, mais après une détérioration de près de quatre ans, et cette baisse est encore trop modeste pour être sensible dans l’opinion.

En résumé, si les prochains chiffres continuent d’aller dans le sens d’une amélioration trimestre après trimestre (les variations mensuelles sont plus aléatoires), le président pourra dire que les conditions sont réunies pour qu’il se représente, mais il lui sera très difficile de faire figurer cette évolution à l’actif de son bilan. Tout au plus pourra-t-il suggérer qu’il est en train de réussir et qu’il a besoin de cinq ans de plus pour mener à bien ce qu’il a entrepris.

Qui est responsable?

Cela dit, il a eu tort de lier son sort à celui de ces chiffres. Car ce n’est pas sur eux que l’on doit le juger. Paradoxe: le niveau de l’emploi et du chômage joue un rôle déterminant dans la formation du jugement des électeurs et, pourtant, les résultats en ce domaine dépendent assez peu du chef de l’exécutif, du moins sur un mandat de cinq ans. Peut-on reprocher  à Nicolas Sarkozy  la hausse du chômage enregistrée lors de son séjour à l’Elysée alors qu’il a eu à faire face aux conséquences de la crise financière de 2008 et de la crise de l’euro ? Peut-on reprocher  à François Hollande la hausse du chômage dans les premières années de son mandat et doit-on le féliciter pour la baisse qui semble s’amorcer, alors que l’Europe dans son ensemble a très mal géré l’après-crise et commence maintenant à aller mieux ?  Dans les économies ouvertes d’aujourd’hui, la bonne ou mauvaise santé  du marché du travail dépend avant tout de la conjoncture internationale.

Au cours des dernières années, les politiques budgétaires européennes n’ont fait qu’entretenir un climat morose

Cela ne veut pas dire que les gouvernants ne peuvent rien faire en ce domaine. Ils peuvent mettre leur pays en situation de profiter des périodes favorables et peuvent aussi prendre des mesures permettant de limiter l’impact négatif des périodes de basses eaux. Mais leurs moyens sont limités et, surtout, l’impact de leur action est surtout sensible à moyen ou long terme, sans considération des échéances électorales.

Concrètement, que peut faire une chef d’État pour lutter contre le chômage? Il peut agir sur la conjoncture, pour soutenir la croissance et stimuler la création d’emplois, et prendre des mesures d’ordre structurel.

Un cadre peu favorable

Pour agir sur la conjoncture, deux outils sont disponibles: la politique budgétaire et la politique monétaire. La première est menée aujourd’hui dans un cadre européen, et celui-ci n’a guère été favorable à la croissance au cours des dernières années. Après une détérioration rapide de leur situation au lendemain de la crise financière, les Européens se sont imposé des «politiques budgétaires d’austérité très précoces et probablement surdimensionnées», selon une formule employée par Isabelle Job-Bazille, économiste en chef du Crédit Agricole, lors d’un récent atelier du CEPII; autrement dit, au cours des dernières années, les politiques budgétaires européennes n’ont fait qu’entretenir un climat économique morose et, constate l’OFCE, c’est seulement maintenant que cette austérité excessive commence à s’atténuer, du moins pour la France. 

Quant à la politique monétaire, dans la zone euro, elle n’est plus du ressort des banques centrales nationales, mais de la BCE. Et, là encore, cette politique monétaire a connu quelques «atermoiements», pour reprendre une autre formule d’Isabelle Job-Bazille. Elle est maintenant clairement orientée vers un soutien à l’activité (assouplissement quantitatif, taux négatifs), mais un peu tardivement, à tel point que beaucoup d’économistes se demandent si cette action va être réellement efficace.

Les politiques structurelles ont généralement un coût immédiat pour un bénéfice éloigné dans le temps

En tout cas, il est certain que François Hollande n’a eu qu’une liberté d’action relative dans le domaine budgétaire et aucune possibilité d’influencer la politique monétaire. De surcroît, trompé par des prévisions excessivement optimistes, il a cru que les hausses massives d’impôts du début du quinquennat lui permettraient de rééquilibrer les comptes publics très vite et de revenir ensuite à une politique fiscale nettement plus généreuse; en fait, il n’a fait que retarder et affaiblir la reprise.

Quant aux politiques structurelles (organisation du marché du travail, enseignement, formation, recherche, innovation, etc.), non seulement il n’est pas facile de les mettre en œuvre (voir la loi El Khomri), mais elles ont généralement un coût immédiat pour un bénéfice éloigné dans le temps. Si l’Allemagne a aujourd’hui un taux de chômage au plus bas (4,2% de la population active), elle le doit à son positionnement industriel, qui est le fruit de plusieurs décennies d’action continue, et à des réformes qui datent du début des années 2000: avec la France, le croisement s’est fait en 2008 et l’écart n’a ensuite pratiquement pas cessé de se creuser. 

Hollande n’y est pour presque rien. Et c’est pourtant là-dessus qu’il risque d’être jugé…

Gérard Horny

 
 
 

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