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L'amalgame des conflits fait courir un énorme risque au gouvernement

Publié le 21 Mai 2016, 09:11am

Catégories : #ECONOMIE

L'amalgame des conflits fait courir un énorme risque au gouvernement

Même si les préavis de grèves n’ont pas tous le même objet, ils font courir un risque de blocage de l’économie. L’heure n’est plus à la pédagogie, mais à la recherche d’une solution d’apaisement.

La contestation sociale s’emballe. Après les grèves tous azimuts lancées à partir de cette semaine dans les transports par la CGT, FO et SUD-Rail, la CFDT et l’Unsa ont décidé à leur tour de déposer des préavis de grève reconductible à partir du 31 mai.

Dans le détail, les motifs sont distincts: les deux derniers syndicats cherchent seulement à exercer une pression sur les négociations qui se tiennent actuellement à propos de la future convention collective des cheminots, qui concernera aussi bien la SNCF que les entreprises privées du secteur (présentes aujourd’hui dans le transport de fret et dans le transport de voyageurs après l’ouverture à la concurrence).

La CFDT et l’Unsa rejoignent en ce sens les sections cheminotes de la CGT et SUD-Rail qui cherchent aussi à peser sur les discussions. Mais les motifs se télescopent: les revendications sectorielles se superposent à la contestation contre la loi Travail sur laquelle se mobilisent les autres syndicats. Et il sera très difficile à la CFDT, si le préavis débouchent effectivement sur des journées d’action, de faire la distinction avec le rejet de cette loi.

Une pédagogie inaudible

À la tête de la centrale réformiste, Laurent Berger est dans une position délicate. Bien qu’il ait condamné le passage en force du gouvernement pour faire adopter la loi en question en court-circuitant le débat parlementaire, sa centrale a fortement influencé la réécriture de la loi dans sa deuxième mouture. «Oui, nous avons pesé. Je l’assume», martèle-t-il. Il ne saurait donc piétiner un texte qu’il a lui-même contribué à élaborer. Mais il est aussi sous la pression de ses militants, dont certains allèrent grossir les rangs des contestataires à l’occasion des manifestations du 31 mars contre la loi Travail.

 

Or, aujourd’hui, toute pédagogie sur cette loi est devenue inaudible –qu’elle provienne du gouvernement ou du syndicat. Les interprétations réductrices du texte par les opposants ont imprégné l’opinion publique. Manuel Valls a reconnu des erreurs à l’occasion de la présentation du projet. La principale a été de ne pas engager en amont un travail de concertation avec les partenaires sociaux. La seconde a porté sur l’incapacité du gouvernement à expliquer le texte pour contrer les simplifications et présentations abusives qui ont été faites, laissant la contestation diffuser son message sans parvenir à le neutraliser. Ayant négligé toute concertation préalable à cause d’un calendrier inadapté pour mener cette réforme, l’exécutif s’est privé des relais nécessaires pour toucher l’opinion publique.

L’utilisation de l’article 49 alinéa 3 de la Constitution pour imposer la loi a offert un argument supplémentaire aux opposants pour dénoncer un déni de démocratie, bien que le recours à cette procédure s’inscrive dans le cadre constitutionnel. Enfin, les propos de François Hollande affirmant «Je ne céderai pas» sur la loi Travail alors que Manuel Valls avait déjà déclaré vouloir aller«jusqu’au bout» sont repris par les syndicats contestataires comme autant de défis pour électriser leurs troupes.

Dans ces conditions, l’heure n’est plus aux explications de texte sur la loi Travail et aux nuances sur les appels à la grève des différents syndicats. L’amalgame s’opérera. Le risque alors est celui de l’emballement et du blocage de l’économie, par des mouvements sociaux dont la violence aujourd’hui compense la participation relativement réduite pour occuper le champ médiatique.

Des précédents dans l’escalade de la contestation

Ce ne sont pas les premières manifestations auxquelles François Hollande se trouve confronté. Il eut contre lui les «pigeons» et autres «poussins», bonnets rouges, ouvriers de la sidérurgie et taxis… Il dut faire face surtout à l’opposition au mariage pour tous. Toutefois, cette autorisation du mariage homosexuel figurait dans ses promesses de campagne, ce qui conférait une légitimité démocratique à cette révolution sociétale.

En revanche, rien n’annonçait dans le programme du candidat une réforme du code du Travail, ce qui fournit pour s’y opposer un argument supplémentaire à ceux qui se considèrent trahis. Même si l’évolution du monde du travail implique que le code en question en tienne compte.

L’ex-président Nicolas Sarkozy avait également mené la réforme des retraitesdans l’urgence, alors que le recul de l’âge du départ en retraite ne faisait pas partie du programme de gouvernement présenté lors de sa campagne à l’élection de 2007. Le processus fut engagé sans concertation avec les partenaires sociaux, le travail de pédagogie intervenant dans un deuxième temps et sans qu’il ait été prévu d’organiser de réelles négociations.

Finalement, le débat pollua quasiment toute l’année 2010, avec des manifestations massives de septembre à novembre contre cette réforme.

Toutefois, compte tenu de la majorité de l’époque, elle fut adoptée par l’Assemblée nationale, le Sénat n’adhérant que de mauvaise grâce au projet à cause de ses insuffisances financières. Malgré la forte contestation, le processus démocratique fut mené à son terme par la voie parlementaire. C’est une différence avec la loi Travail.

Il y eut, dans l’histoire récente, d’autres épisodes qui déclenchèrent la violence de la rue. Notamment en 1995 contre le plan d’Alain Juppé, alors à la tête du gouvernement, pour réformer la sécurité sociale et les retraites. Face aux évènements, le Premier ministre de Jacques Chirac s’était présenté «droit dans ses bottes», refusant toute remise en question du projet. Comme un défi et un refus de tout aménagement.

À l’époque, certains conseillers au gouvernement restaient marqués par la façon dont Margaret Thatcher avait, une dizaine d’années plus tôt, réprimé la contestation des syndicats de mineurs britanniques. Et imaginaient d’obtenir le même résultat en France face aux syndicats de cheminots, en pointe dans les grèves. Mais la méthode de la Dame de fer ne fut pas transposable.

Face aux deux millions de manifestants qui défilèrent contre le passage en force, le gouvernement recula finalement sur la réforme des retraites, qui visait à aligner le public sur le privé. En l’occurrence, le chef de l’Etat, qui était resté relativement effacé durant le conflit social avait pu le désamorcer en cédant du terrain.

L’impossible désaveu

Dans la séquence actuelle sur la loi Travail, François Hollande étant intervenu directement dans le débat pour manifester sa totale détermination, il a rendu plus difficile toute forme de retour en arrière dans la mesure le chef de l’Etat se désavouerait lui-même. Il s’est ainsi privé de la possibilité de faire sauter un fusible, qu’il s’agisse d’un ministre du Travail ou d’un Premier ministre.

C’est pourquoi l’amalgame des grèves et des préavis fait courir un énorme risque au gouvernement, même si, jusqu’à présent, les défilés dans la rue sont loin d’attirer autant de manifestants qu’en 1995 et 2010. Surtout avec une crispation particulière dans les transports, et le blocage de l’économie qui peut rapidement en résulter si la mobilisation persiste.

Les adversaires de la loi Travail ont pour eux le calendrier avec  la proximité de l’Euro de football et les départs en vacances, l’impopularité de la réforme, avecprès de trois Français sur quatre qui s’y déclarent hostiles, et le renfort des grévistes de la SNCF à propos d’une nouvelle convention collective qu’ils refusent d’autant plus qu’elle accompagne un mouvement de déréglementation que les cheminots condamnent. C’est beaucoup, d’autant que les syndicats contestataires poursuivent des stratégies de durcissement pour rallier les déçus de la gauche.

A l’inverse, l’exécutif peut espérer qu’une grande partie de l’opinion publique condamne la violence des casseurs qui accompagnent les manifestations, et renonce à soutenir le mouvement, encore moins à y adhérer. Mais ce n’est pas pour autant que la perception de la loi Travail changera. L’exécutif est dans une seringue… à moins que l’entrée en lice de la CFDT, même sur un sujet annexe, permette in fine de mieux tempérer la contestation dans un but d’apaisement. Un scénario fort complexe.

Gilles Bridier

 
 
 

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