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Il faut regarder «Marseille» pour les sublimes textos de Depardieu

Publié le 6 Mai 2016, 10:11am

Catégories : #TECHNOLOGIE, #INTERNET

Il faut regarder «Marseille» pour les sublimes textos de Depardieu

Tout au long des dix épisodes, les scénaristes et les acteurs nous régalent d’incongruités technologiques.

«Liberté, égalité, nullit黫bouse»«rat黫navet»… Avant même que Marseille ne soit disponible, depuis le 5 mai, sur Netflix, qui signe là sa première série française, les critiques s’en donnaient à cœur joie pour dézinguer ce qui devait être un événement. Dan Franck, scénariste de la série, n’a pas caché sa colère et sa déception face à cet accueil, se disant«effondré» sur BFM TV.

Quand on se force un peu à regarder la série dans les détails, et qu’on oublie la pauvreté des dialogues et du jeu d’acteurs, on s’aperçoit vite qu’il y a des fils conducteurs très intéressants. Un peu comme dans House of Cards (également produite par Netflix, qui refuse de la comparer avec Marseille), le rapport aux smartphones et à la technologie est très présent, mais de manière plus grossière et incongrue. 

Tout d’abord grâce aux textos, qui apparaissent régulièrement sur l’écran et dont la qualité des dialogues se passe de commentaire. 

 

Extraits de la série Marseille (Netflix).

Quand il est énervé, Robert Taro (Gérard Depardieu) répond en Caps Lock, évidemment.

Extrait de la série Marseille (Netflix).

Vous l'avez compris, la série donne la part belle au placement de produit. En quelques minutes, on comprend que le maire de Marseille et toute la ville font partie des rares Windows addicts, que ce soit sur ordinateur, smartphone ou tablette. Les gros plans sur la technologie de l’entreprise américaine sont complètement assumés: Windows 10, OneNote, Outlook… un seul plan suffit pour montrer la gamme de produits et rappeler que l’application Netflix est disponible sur ce système d’exploitation. 

Extraits de la série Marseille (Netflix).

Les placements de produits ne sont pas rares dans les séries (Frank Underwood a longtemps adoré son BlackBerry dans House of Cards), et ils participent au financement du projet, mais dans Marseille, ils ne font que souligner un peu plus les incohérences liées au numérique. Dans un premier temps, on croit avoir affaire à un Depardieu néophyte dans le domaine: il nous fait comprendre à plusieurs reprises que lui et la technologie ne sont pas très amis et, tenez-vous bien, cherche le nom d’un médecin dans les Pages Jaunes papier. Et pourtant, quand il s'agit d'utiliser un produit Windows (sa boîte mail Outlook, son ordinateur Lenovo tournant sous Windows 10, ou son Windows Phone) ou même de retrouver un tweet, l'acteur est toujours au rendez-vous.

Extrait de la série Marseille (Netflix).

La série regorge aussi d’incohérences d’ordre purement technologiques. Dans l’épisode 3, Taro essaye de comprendre qui le fait chanter par mail avec la photo d’un vieil article mentionnant un braquage à Arles. On découvre, dans la scène suivante, le visage d’une femme potentiellement impliquée dans cette affaire, depuis la prison où elle est détenue. Après une fouille de sa cellule, les surveillantes découvrent qu’elle a réussi à se procurer un téléphone où est stockée l’image du fameux article compromettant. On n’en saura pas plus. Ni sur la femme, ni sur l’origine de cette image, ni sur comment elle s’est retrouvée sur cet appareil  (un Thomson Tlink 28, qui ne peut pas envoyer de mails et dont l’appareil photo ne permet pas de faire des photos d’une telle qualité). Il y a certainement une explication logique, mais que les auteurs de la série ne prendront pas le temps de développer. Ce passage apparaît comme un simple prétexte pour présenter ce nouveau personnage et son lien avec le chantage, quitte à se moquer de la cohérence technologique.

Extraits de la série Marseille (Netflix).

Un peu plus tard dans la série, on aperçoit Barrès envoyer un mail anonyme à la femme de Taro (Géraldine Pailhas) pour la prévenir des infidélités de son mari. Toujours grâce à un plan sur son compte Outlook, on aperçoit dans la partie émetteur «(expéditeur inconnu)».Sans tomber dans la mauvaise foi, on peut se demander comment l’homme réussit une telle manœuvre, depuis sa boîte mail classique, et sans s’inquiéter que l’on remonte sa trace via son adresse IP. De plus, il est difficile d’imaginer que Windows, qui sponsorise la série de A à Z, accepte qu’on laisse croire aux spectateurs qu’il est très facile de se transformer en corbeau avec ses propres outils.

Extrait de la série Marseille (Netflix).

Dernier point important dans Marseille, le rapport aux réseaux sociaux et à la viralité. Par exemple, lorsque Depardieu explique à son homme de main Fred qu’il va envoyer dans une enveloppe anonyme des documents compromettants à la presse, ce dernier lui propose une alternative plus sûre. Il va alors scanner les documents et les poster sur internet, toujours anonymement: «Ils seront lus par des petits malins qui font de la veille sur les uploads, et à midi, ça explosera sur Twitter.» Belle leçon de viralité proposée par cet ancien flic, qui reste très flou sur la plateforme d’upload. Qu’importe, les «petits malins» semblent avoir détecté les fichiers car dès le lendemain à 13h07, i-Télé a déjà repris l’information. 

Extraits de la série Marseille (Netflix).

Twitter revient à plusieurs reprises dans la série, toujours comme une source de scandales. C’est par ce réseau social, difficile d'utilisation pour les débutants, que Depardieu découvre la relation de sa fille (interprétée par Stéphane Caillard) avec un dealer. Marseille va alors nous livrer un moment d’anthologie dans la carrière de l’acteur, lorsqu’il envoie un texto à sa fille pour lui demander des explications. 

Extraits de la série Marseille (Netflix).

En terme de construction d’un bad buzz, jusque-là tout va bien: une photo compromettante, une diffusion en ligne via un hashtag et un écho médiatique. Car cette liaison dangereuse va prendre une autre tournure quand Twitter découvre que la jeune femme travaille comme journaliste à La Provence.

C’est là qu’un simple plan sur une tablette vient ajouter une nouvelle incohérence à la série. Sur l’image ci-dessous, on voit la page Twitter du journal et son fil de tweets. Sauf que le message qui apparaît en grand vient d’un autre compte, et que ce n’est pas le journal qui l’a rediffusé sur son propre compte. Il n’y a donc aucune raison qu’un tel message se retrouve sur cette page web. L’effort de mise en scène est réel, mais il tombe à plat sur quelques détails montrant le manque de connaissance du fonctionnement de Twitter. 

Extrait de la série Marseille (Netflix).

Le climax du malentendu technologique de la série apparaît lors d’un débat télévisé, dans le dernier épisode, entre les deux rivaux. Alors que le débat tourne autour de l’économie et du port de Marseille, Barrès propose un argument sorti de nulle part pour mettre à mal Taro.«Un homme de votre génération ne comprend pas la place qu’occupent aujourd’hui les réseaux sociaux dans notre monde», affirme-t-il.

Cette phrase pourrait aussi s’appliquer à Marseille. Prétextant un souci de modernité et de crédibilité, les scénaristes ont décidé d’inclure des ressorts numériques. Et, au fond, ils ont raison: la politique se joue aussi sur internet. Mais en tordant les codes de la technologie pour faciliter des ressorts dramatiques souvent grotesques, même s'il s'agit souvent de détails, les auteurs continuent d’alimenter des clichés sur la technologie et le numérique, dont la représentation commençait à peine à évoluer (que ce soit en terme de cohérence ou d’intérêt narratif) à la télévision grâce à des séries comme Mr. Robot ou Black Mirror. Marseille est bel et bien un naufrage, mais elle vaut la peine d’être vue, pour la bonne tranche de rire (jaune) qu’elle nous offre sur le plan technologique. 

Vincent Manilève

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