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Conseils, science, sante et bien-être


Fuite des cerveaux : les risques et les remèdes

Publié le 21 Mai 2016, 09:47am

Catégories : #ECONOMIE

Fuite des cerveaux : les risques et les remèdes

Les outils manquent pour mesurer l’ampleur du phénomène, car celui-ci est complexe. Les deux auteurs de la note, Cécilia Garcia-Penalosa et Etienne Wasmer, le relativisent d’ailleurs, notamment en comparant les chiffres français avec ceux d’autres pays comme la Grande-Bretagne ou l’Allemagne. Nombreux sont, au reste, les observateurs qui tentent de se rassurer en estimant qu’il n’y a rien là d’inquiétant, qu’il est normal et sain que les jeunes s’intéressent à l’international, que beaucoup d’expatriés reviennent en France au bout de quelques années, etc.Certes, il faut se réjouir de la mobilité des étudiants et des jeunes diplômés. Qu’ils soient ouverts sur le monde, mobiles, curieux des autres, avides de découvertes, dynamiques, c’est un signe de vitalité, c’est porteur de promesses pour notre pays. Que ne dirait-on pas, en effet, si les jeunes générations choisissaient de vivre repliées sur l’Hexagone, à l’abri de nos frontières ?La réalité est tout de même inquiétante. Parce que le phénomène des départs à l’étranger est en forte progression. Et parce qu’il touche particulièrement deux populations : les jeunes diplômés – et parmi ceux-ci, les plus « proactifs » et les plus entreprenants ; ensuite, les plus aisés. Autrement dit, deux populations qui jouent un rôle clé dans la production de richesses, l’innovation, la croissance et le développement économique.

Le financement de l’enseignement supérieur en question

Wasmer

Etienne Wasmer.

A l’évidence, c’est notre modèle de société tout entier qui est « impacté » et questionné par l’essor de la mobilité internationale. Le CAE pointe d’ailleurs le danger suivant : que des jeunes diplômés, après des études financées, pour partie ou pour l’essentiel, par le contribuable, décident d’aller sous d’autres cieux « rentabiliser » leur bagage, quitte à revenir ensuite dans l’Hexagone pour y bénéficier de la scolarité gratuite de leurs enfants et de notre système de soin. Ce qui, selon les auteurs, soulève un problème d’équité, « les contribuables finançant des études pour des individus qui ne contribueraient pas au système fiscal, ni à la croissance du pays » ; et aussi le risque que, faute de rentrées fiscales, l’Etat en vienne à réduire ses investissements dans l’enseignement supérieur – à un moment où, au contraire, il faudrait investir davantage dans les universités et les écoles. « Une part importante de l’enseignement supérieur est financée par des prélèvements obligatoires pour former des “cerveaux” qui in fine sont de plus en plus nombreux à partir renforcer des économies étrangères, rappellent les auteurs de la note. Cette situation n’est pas tenable si les flux s’accélèrent. »

 

Cécilia Garcia-Penalosa.

Le CAE propose donc de prendre (enfin) le problème à bras-le-corps, et d’élaborer une « stratégie cohérente« , pour faire face à cet enjeu. La prochaine élection présidentielle peut être l’occasion, sur ce sujet comme sur bien d’autres, d’une réflexion collective et d’une remise à plat. Il suggère notamment d’instaurer des droits d’inscription « différenciés » (traduisez : plus élevés) pour les étudiants non Européens. Ces droits devraient représenter au moins la moitié du coût réel d’une année d’études, soit 4.000 à 6.000 euros par an. De quoi procurer une sérieuse bouffée d’oxygène à des universités en mal de financement. En contrepartie, les étudiants internationaux bénéficieraient d’un meilleur accueil dans nos établissements.

Autre proposition du CAE : encourager (y compris par des aides financières ?) le retour en France des docteurs et des titulaires d’un master. Ou encore, favoriser de la même façon l’accueil de diplômés étrangers.

De même, la note préconise de « coordonner les politiques européennes en matière de financement de l’enseignement supérieur, notamment par le biais d’un système de compensation forfaitaire par étudiant, comme le pratiquent les pays nordiques. » Enfin, le CAE propose de lever les obstacles à la mobilité, en simplifiant les démarches administratives : portabilité des droits à la retraite, délivrance de la carte « passeport talents », plate-formes d’accueil des étudiants étrangers mutualisées entre universités.

Vers une politique d’immigration choisie ?

Mais cela ne suffira pas. Au-delà de ces mesures ponctuelles, certes bienvenues, il faut sans doute repenser l’ensemble de notre dispositif fiscal, social, de santé, éducatif… Il faut, de façon générale, en finir avec les blocages et les archaïsmes de notre société – tout ce qui fait que, vue de Shanghai, de Boston ou de Singapour, la France ne fait décidément pas envie, surtout lorsqu’on est jeune diplômé et qu’on déborde d’énergie et de projets. Le chantier est immense : il est à la mesure des retards accumulés, des réformes repoussées depuis des décennies, et par tous les gouvernements.

On peut ainsi citer quelques pistes :

-revoir notre système de protection sociale face à la mobilité. Il est juste qu’il favorise les plus modestes et les plus faibles. Pourquoi ne serait-il pas aussi attractif pour les plus actifs, pour les créateurs de richesse ?

-conduire enfin une réflexion pragmatique, dépassionnée et débarrassée de tout préjugé idéologique sur notre fiscalité. Et notamment, n’ayons pas peur de le dire, sur l’ISF. Si cet impôt est efficace et juste, gardons-le ; mais s’il est injuste et contre-productif, s’il incite au départ massif des plus aisés, alors mieux vaut ne pas hésiter à le remettre en cause ;

-travailler sur l’attractivité de nos établissements d’enseignement supérieur : qualité de l’enseignement et de l’ensemble des prestations (accueil, orientation, hébergement, accompagnement, insertion professionnelle), aide à l’apprentissage du français, initiation à la culture française…

Faut-il s’engager, en définitive, dans une politique d’immigration choisie ou « sélective » ? La question se pose, en effet, dans un contexte où nombre de nos voisins et partenaires (l’Allemagne, la Suisse, le Canada, la Grande-Bretagne…) n’ont pas ces pudeurs, et pratiquent allègrement le « brain drain ». Les réticences ne manquent pas, certes. Après tout, cela s’appelle être pragmatique.

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