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Conseils, science, sante et bien-être


Fuck les conseils de classe

Publié par MaRichesse.Com sur 29 Mai 2016, 06:51am

Catégories : #ECOLE

Fuck les conseils de classe

Avant, pendant les conseils de classe, il y avait de la vie, de l’échange et le rassemblement de tous les membres de l’équipe éducative semblait servir à quelque chose. Depuis la fin du siècle dernier, les choses ont bien changé.

C’est une échéance qu’appréhendent souvent les élèves, qui savent qu’on va résumer leur trimestre en quelques phrases laconiques pouvant faire office de couperet. Trois fois par année scolaire, «dans les collèges, les lycées et les établissements régionaux d’enseignement adapté», comme le précisent les textes officiels, le conseil de classe se réunit pour dresser un bilan du travail et du comportement de chaque classe en général et de chaque élève en particulier. Les membres de l’Éducation nationale ont beau être moins angoissés à l’idée de se réunir pour parler des élèves, on ne peut pas dire que les périodes de conseils de classe soient propices à l’enthousiasme et à l’émerveillement. Principal motif de râlerie: les horaires. Lorsqu’on a l’habitude de quitter chaque jour son établissement à 17 heures au plus tard (18 heures pour les plus mal lotis), il est difficile de se résoudre à devoir passer plusieurs soirées au sein de son collège ou de son lycée et de le quitter parfois à la nuit tombée.

Vu comme cela, le problème est évidemment dérisoire, et se résume au pire à quelques soucis de garde d’enfants (des tas de corporations vivent bien pire). Pour autant, difficile de se satisfaire du mode de fonctionnement actuel des conseils de classe, qui donne véritablement une impression de temps perdu à l’ensemble de ses membres.

Voilà comment se déroule un conseil de classe: sur une heure ou une heure trente (la durée n’est pas fixée dans les textes et dépend des habitudes et des impératifs de chaque établissement), il faut donner la parole aux délégué(e)s de classe, écouter les délégué(e)s des parents d’élèves relayer les questions posées par celles et ceux qu’ils représentent, effectuer un tour de table pour que chaque membre de la communauté éducative puisse donner son opinion personnelle sur la classe, puis revenir sur la situation scolaire de chaque élève. Dans le cas d’une classe de Seconde d’une trentaine d’élèves, cela laisse moins de deux minutes par dossier, avec une nette tendance à expédier la deuxième partie de l’alphabet dans le but de rattraper le retard pris en début de séance.

 

Lorsque j’étais encore élève, c’est-à-dire il y a une quinzaine d’années, il m’est arrivé d’être élu délégué de classe. Lors des conseils de classe, j’avais pu assister à des débats houleux entre des profs absolument pas d’accord sur la récompense à attribuer ou non à chaque élève. Pour décerner les félicitations du conseil de classe à tel(le) élève ou se mettre d’accord sur la nécessité de faire redoubler tel(le) autre, j’avais vu certains de mes profs se muer en véritables bêtes sanguinaires prêtes à montrer les crocs pour parvenir à leurs fins. Il est possible que mon imagination me joue des tours et que ces souvenirs soient légèrement excessifs, mais, quoi qu’il en soit, il y avait de la vie, de l’échange, du débat d’idées. Il s’agissait de prendre des décisions en direct. La rencontre en chair et en os entre tous les membres de l’équipe éducative semblait servir à quelque chose.

Pilotage automatique

Depuis la fin du siècle dernier, les choses ont bien changé. Grâce aux logiciels de vie scolaire, on peut préremplir les appréciations dans chaque discipline, mais aussi l’appréciation générale (quitte à la modifier après le conseil de classe si elle n’a pas donné satisfaction). Les absences sont comptabilisées et les vœux d’orientation ont été également rentrés. Un ordinateur, un vidéoprojecteur et c’est tout un trimestre de l’élève –voire toute une année– qui s’affiche soudain devant les membres du conseil de classe. Tout le travail a été fait en amont. Il n’y aura plus qu’à imprimer chaque bulletin et à y apposer la signature de la personne qui dirige l’établissement.

 

On se contente de résumer pour l’assemblée ce qui a été décidé sans grande concertation avant même le conseil de classe

En tant que professeur principal, mon travail consiste désormais à m’assurer que les bulletins ont été correctement remplis par tous mes collègues, à discuter au préalable avec les élèves pour savoir si des sujets importants doivent être soulevés par les délégués et à choisir seul devant mon ordinateur quelle appréciation et quelle éventuelle récompense attribuer à chaque élève. Ensuite, la réunion en elle-même se fait en mode pilotage automatique.

Je suis prof principal d’une classe de Seconde générale et technologique de trente-deux élèves. À chaque conseil de classe, il nous faut non seulement nous prononcer sur le trimestre de l’élève, mais aussi sur ses voeux d’orientation. Cerise sur le gâteau: mes élèves appartenant à des sections sportives (footballeuses, cyclistes…), il faut également décider de leur prolongation ou non dans ces sections, en fonction de leurs résultats scolaires (un niveau minimum est requis) mais aussi de la satisfaction donnée à leurs coachs. Comme il est absolument impossible de faire rentrer tout cela dans une réunion d’une heure et demie, tout a été décidé et traité au préalable. Échanges d’e-mails ou de coups de téléphone, discussions informelles en salle des professeurs: le conseil de classe se joue en fait bien avant l’heure à laquelle il a été fixé.

Figuration

Tout le monde étant désormais conscient de cela (et tout le monde ayant envie de rentrer chez soi avant 22 heures), les conseils de classe ressemblent désormais moins à des conseils de classe qu’à leur propre bilan. On se contente d’y résumer pour l’assemblée ce qui a été décidé sans grande concertation avant même la réunion. À vrai dire, il ne serait sans doute pas très compliqué de coder une application qui scanne le bulletin des élèves (notes et appréciations) pour en tirer elle-même une appréciation générale et livrer son verdict quant à leurs demandes d’orientation.

Les profs ont de plus en plus l’impression de faire de la figuration. «Quand je souhaite positiver, je me dis que notre présence est requise afin de montrer notre cohésion aux élèves et à leurs parents, confie Muriel, professeure de français dans un collège picard. Le reste du temps, je me dis juste que nous gaspillons lors de chaque trimestre une dizaine d’heures de notre existence, que nous pourrions passer avec nos familles ou à plancher sur des projets importants.»

Pire: on semble se diriger vers une démocratisation des pré-conseils de classe ou des conseils de mi-trimestre, qui consistent à se réunir pour effectuer un bilan provisoire du trimestre des élèves afin de pouvoir traiter d’éventuels problèmes au plus vite. Dans certains établissements, cette pratique est désormais monnaie courante, avec un planning fixé par la direction. Dans d’autres, il est simplement demandé à l’équipe enseignante de livrer un bilan écrit à mi-trimestre afin de repérer les élèves qu’il faudrait éventuellement recadrer. Les syndicats rappellent toutefois que ce genre de réunion ne relève en rien d’une obligation de service, comme on peut le lire sur le site du Snes«Les éventuelles réunions préparatoires relèvent en effet de l’initiative de l’équipe pédagogique, qui les organise dès lors selon son gré.»

Chronophage

Plutôt que de supprimer les conseils de classe, on peut opposer une alternative: en modifier le déroulement, quitte à ce que l’exercice soit encore plus chronophage

Pour lutter contre la réunionnite et le temps perdu, deux solutions sont à proposer. La première s’appelle le Google Doc, dans lequel chaque professeur(e) principal(e) pourrait consigner ses propositions d’appréciations, de récompenses, d’orientations… Il suffirait ensuite que chaque collègue y inscrive son approbation ou son désaccord, et le tour serait joué. En cas de profonde différence de point de vue entre membres de l’équipe enseignante (ce qui arrive assez rarement), une rencontre pourrait être envisagée. Puis le bilan du conseil de classe serait effectué sur une séance ou deux, devant les élèves.

À cette proposition de supprimer purement et simplement les conseils de classe, on peut opposer une alternative singulièrement différente mais relativement efficace. Il s’agirait de maintenir ces réunions mais d’en modifier le déroulement, quitte à ce que l’exercice soit encore plus chronophage qu’actuellement. Le principe: convoquer les élèves tour à tour afin de se livrer en direct à un véritable bilan (doublé d’un échange sur les bonnes résolutions à prendre pour l’avenir).

J’ai pu expérimenter ce dispositif lorsque j’étais professeur principal d’une classe de Quatrième constituée d’une quinzaine d’élèves en difficulté. Chaque trimestre, cette réunion solennelle permettait de féliciter celles et ceux qui avaient donné satisfaction, de remettre les plus pénibles à leur place, et de leur donner des conseils pour les aider à progresser scolairement et humainement. Le résultat était plutôt convaincant: en entendant les profs s’exprimer d’une même voix, les élèves prenaient davantage acte de nos propos.

Pour quinze élèves, il nous fallait généralement près d’une heure et demie. Pas besoin d’être fortiche en proportionnalité pour comprendre qu’un conseil de classe de ce type pourrait prendre pas loin de trois heures pour les classes d’une trentaine d’élèves. Sauf que, si doubler le temps de réunion pouvait permettre de décupler les effets positifs de celle-ci, nous serions sans doute un certain nombre à signer des deux mains.

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