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Football : Y a-t-il un pilote à l’UEFA ?

Publié le 4 Mai 2016, 11:33am

Catégories : #SPORTS

Football : Y a-t-il un pilote à l’UEFA ?

Grand amateur de golf, Michel Platini a eu tout le loisir de travailler son swing ces six derniers mois. Entre deux virées à Cassis (Bouches-du-Rhône), où il possède une résidence secondaire, l’ex-numéro 10 des Bleus, 60  ans, commence toutefois à trouver le temps long dans son duplex de Genolier, village suissesitué à un petit quart d’heure en voiture du siège de l’Union des associations européennes de football (UEFA), bâtiment de verre niché à Nyon, sur les berges du lac Léman. Passablement désœuvré, le patron de la confédération du Vieux Continent n’a plus remis les pieds dans son bureau depuis le 8 octobre  2015. Ce jour-là, le comité d’éthique de la Fédération internationale de football (FIFA) l’a suspendu pour trois mois.

Puis, le 21 décembre 2015, le tribunal interne de l’instance faîtière du ballon rond l’a radié pour huit ans – tout comme Joseph Blatter, alors encore président de la FIFA – pour« abus de position »« gestion déloyale » et « conflit d’intérêts ». La décision sanctionne le fameux paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) effectué en février 2011 par l’ex-patron du foot mondial à Platini pour des travaux réalisés entre 1999 et 2002.

Soutien unanime du comex

Le 24 février, le comité des recours de la FIFA a allégé de deux ans la sanction infligée au tandem au regard des « services » rendus au ballon rond. Modérément optimiste, Platini a joué son avenir à quitte ou double, vendredi 29 avril, devant le Tribunal arbitral du sport (TAS). Escorté par ses avocats Mes Thibaud d’Alès et Yves Werhli, il devaitêtre auditionné par les juges de Lausanne, et espère être blanchi avant le 10 juin, jour de l’ouverture de l’Euro 2016 en France. Le TAS a indiqué qu’il rendrait sa décision au plus tard le 9 mai. Le triple Ballon d’or joue sa survie politique à la tête de l’UEFA. A ses proches, il assure qu’il ne s’accrochera pas à son trône si la plus haute juridiction sportive confirme la décision de la FIFA.

 

« C’est vraiment nécessaire pour le foot et l’UEFA que Michel revienne et poursuive sa tâche, insiste le Slovaque Frantisek Laurinec, membre du comité exécutif (comex) de la confédération, et l’un des principaux partisans de « Platoche » depuis son élection en 2007. Je continue à penser qu’il s’agit d’une forme de conspiration contre lui. D’accord, il a fait quelques erreurs administratives, mais la sanction est disproportionnée. J’espère qu’il sera à Paris pour l’Euro. »

Depuis la suspension de son président, la position du comex de l’UEFA n’a pas évolué. Officiellement, les caciques de la confédération soutiennent unanimement leur leader et attendent la décision du TAS. L’hypothèse d’un remplacement de l’icône et d’une nouvelle élection présidentielle est pour l’instant balayée.

« Michel et point barre »

Une séance extraordinaire du comité exécutif sera organisé le 18 mai à Bâle, avant la finale de l’Europa League, pour statuer sur le cas Platini, a annoncé l’UEFA à l’issue de son 40e Congrès organisé à Budapest le 3 mai. « Le 18 mai, soit nous acterons le retour de Michel Platini ou nous aurons une discussion sur la situation à la présidence et nous discuterons de l’étape suivante », a expliqué Theodore Theodoridis, secrétaire général par intérim de l’UEFA depuis que Gianni Infantino est passé de N°2 du foot européen à N°1 de la FIFA.

« Je suis convaincu que Michel sera blanchi par le TAS », déclare son ami et ancien coéquipier à la Juventus Zbigniew ­Boniek, patron de la fédération polonaise. « Le président Platini a droit à une procédure équitable, que l’on définira après la décision du TAS », confie l’Italien Giancarlo Abete, troisième vice-président de la confédération.

Car l’union sacrée derrière le soldat Platini reste de façade, et une fracture est perceptible parmi les 54 fédérations européennes. « Michel a beaucoup fait pour les petites fédérations. Qui le défend aujourd’hui  ? Pour les pays de l’Est et des Balkans, c’est “Michel” et point barre, analyse Noël Le Graët, le dirigeant de la fédération française (FFF). Quant aux pays de l’Ouest, on ne va pas en citer, ils sont déjà presque tous prêts à le remplacer. » Perplexes, ­attentistes, les patrons des associations scandinaves, eux, jouent la montre, préférant ­attendre courant mai pour se positionner.

La suspension de Platini a décapité l’UEFA, confrontée à une vacance du pouvoir et à un vide politique ankylosant. « La situation n’est pas idéale : c’est le premier vice-président en titre qui, quand c’est nécessaire, dirige les réunions du comex. Il n’y a pas de président actif pour le moment », souffle, sous couvert d’anonymat, un membre du gouvernement de la confédération. Ce « premier vice-président » est l’Espagnol Angel Maria Villar Llona, 66  ans, patron à succès (deux titres à l’Euro 2008 et 2012, et un sacre au Mondial 2010) de la fédération de son pays depuis 1988 et vice-président de la FIFA depuis deux décennies.

Problème de gouvernance

Le comité d’éthique de la fédération internationale a infligé, en novembre 2015, un avertissement à ce dirigeant affable et matois, ainsi qu’une amende de 25 000 francs suisses (23 150 euros) pour ne pas avoir apporté tout le concours nécessaire à l’enquête interne sur l’attribution des Mondiaux 2018 et 2022, respectivement à la Russie et auQatar« Il ne remplace pas Michel Platini au jour le jour », insiste-t-on à l’UEFA. L’Ibère a d’ailleurs témoigné en faveur du dirigeant suspendu devant le TAS.

De facto, la confédération européenne ­connaît un problème de gouvernance depuis le départ en campagne, en octobre 2015, de Gianni Infantino, secrétaire général de l’institution depuis 2009 et suppléant de dernière minute de Platini dans la course à la présidence de la FIFA.

Le 26 février, l’intronisation de l’Italo-Suisse au sommet de la pyramide du foot mondial a privé l’UEFA d’un nouveau rouage essentiel après la mise à l’écart de son président. Depuis le 4 mars, le Grec Theodore Theodoridis fait office de secrétaire général par intérim de l’UEFA. « C’est lui qui dirige ­l’administration », précise-t-on à Nyon.

« Panama papers »

Pour son baptême du feu, Theodoridis, qui était le bras droit d’Infantino depuis 2010, a été confronté au scandale des « Panama papers » après que les patronymes de Platini et d’Infantino ont été retrouvés dans les données du cabinet Mossack Fonseca, chargé de créer des sociétés offshore. Le 6 avril, la justice suisse a perquisitionné le siège de l’UEFA pour des «soupçons de gestion déloyale et d’éventuels abus de confiance ».

Lire aussi :   « Panama papers » : la mystérieuse société offshore de Michel Platini

« Indisponible pour une interview », Theodoridis, ex-directeur des relations internationales de l’institution, gère une « administration qui fonctionne parfaitement grâce au professionnalisme et à l’expérience de ses employés », selon les communicants de l’UEFA.

Mais, en creux, cette vacance du pouvoir irrite certains cadres de la confédération. « On n’a pas de vrais problèmes, mais l’UEFA ne peut pas rester comme ça pendant longtemps. Ce n’est pas ­possible. Les hommes sont compétents mais il faut redéfinir les postes, indique Noël Le Graët. Je souhaite que le TAS donne satisfaction à ­Michel. Après, chacun sa vie ; si ça passe pas, ça passe pas. Il faudra alors qu’il se remette en cause. Il faut attendre mai. » « On apporte un soutien moral à Michel mais la situation est difficile pour l’UEFA », soupire Frantisek Laurinec.

Vide politique

Ce vide politique est d’autant plus délicat que l’UEFA organise, dans moins d’un mois et demi, son premier Euro élargi à vingt-quatre équipes. Dans ce contexte agité, y avait-il urgence à régler cette question de gouvernance d’ici au 10 juin ? « Si la sanction de Platini était confirmée, cela voudrait dire qu’il n’y aurait pas de président en titre de l’UEFA pour l’Euro 2016. Ce serait donc probablement le premier vice-président qui ferait office de », indique un taulier de l’institution.

Sur le plan logistique, cette vacance du pouvoir a-t-elle un impact sur l’organisation de l’Euro ? « L’UEFA va très bien. Cela aurait été mieux si nous avions clarifié l’atmosphère avant un grand tournoi de ce type, mais l’organisation avance sans à-coups », insiste Zbigniew Boniek.

Ami de longue date de Platini et président de la société organisatrice de l’Euro, l’ex-préfet Jacques Lambert assure « que cette situation d’attente n’a pas de conséquences dommageables sur la préparation technique de l’événement »« Je serais plus à l’aise si j’avais un président en titre, que ce soit Michel Platini ou quelqu’un d’autre, pour régler certaines questions d’ordre protocolaire », admet tout de même l’ex-numéro 2 du Comité français d’organisation du Mondial 1998, codirigé alors par Platini.

« La situation n’est pas durable »

A Zurich, dans les couloirs du siège de la FIFA, on s’alarme volontiers des déboires de l’UEFA. « Il aurait été souhaitable que le congrès de ­Budapest trouve une solution, car la situation n’est pas durable », grince un haut cadre de l’instance faîtière, qui « doute que le TAS modifie la décision du comité d’éthique. »

Depuis son nouveau bureau, comment Infantino voit-il la situation de son ancienne organisation, en querelle permanente avec la FIFA sous le règne de Blatter ? « Il a intérêt à ce que la vacance du pouvoir dure longtemps, et pas intérêt à ce que Platini revienne, croit savoir l’un de ses ex-collaborateurs. Des dissensions seront inévitables quand il y aura un président de l’UEFA. A terme, Infantino prépare l’élection à l’UEFA du Portugais Fernando Gomes, lié au fonds d’investissement Doyen Sports et à l’agent Jorge Mendes, qui a soutenu sa campagne. »

Au congrès de Budapest, la FFF avait choisi de présenter la candidature de sa numéro 2, Florence Hardouin, pour le seul siège féminin au comex de l’UEFA. Le règlement autorise désormais un membre du gouvernement du foot européen à avoir la même nationalité que son président. Mais cette candidature réussie traduit-elle la volonté des dirigeants français d’anticiper la chute de Platini et de tenter de garantir à leur pays une représentation au comex  ? Cette atmosphère florentine est ­propice à toutes les spéculations. Même si, comme le résume Giancarlo Abete, « tout ­dépendra de la décision du TAS ».

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