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En attaquant le FN, Merkel cible sa propre extrême droite

Publié le 6 Mai 2016, 12:35pm

Catégories : #POLITIQUE

En attaquant le FN, Merkel cible sa propre extrême droite

Les propos anti-Front national de la chancelière allemande sont autant à usage interne qu'externe.

Un proverbe allemand dit: tu frappes le sac, mais tu penses à l’âne (Man schlägt den Sack und meint den Esel). C’est l’impression qu’a donnée Angela Merkel devant les élèves du lycée français de Berlin, mardi 3 mai, quand elle s’en est prise au parti de Marine Le Pen. Elle a tapé sur le Front national mais elle visait tout autant l’AfD (Alternative für Deutschland), le parti populiste de droite qui monte en Allemagne.

Evidemment, la président du Front national a pris la chancelière au pied de la lettre et s’est indignée, dénonçant des propos «très graves»«Je vais essayer de contribuer à ce qu'évidemment d'autres forces politiques soient plus fortes que le Front national, pour autant qu'on puisse le faire de l'étranger», a déclaré Angela Merkel. Une «ingérence dans nos affaires intérieures aussi outrancière qu'humiliante pour la France, a aussitôt réagi Marine Le Pen, [qui] marque une cruelle vérité: celle de la soumission de notre pays à l'Allemagne. […] Pour s'autoriser de tels propos, il faut en effet que la chancelière allemande considère définitivement la France comme son pré-carré et François Hollande comme son vice-chancelier.»

Berlin confrontée au même problème que Paris

Les propos d’Angela Merkel sont-ils aussi scandaleux que feint de le croire Marine Le Pen, par ailleurs députée européenne qui avait eu, à l’automne dernier, une altercation particulièrement violente avec la chancelière et le président français au Parlement de Strasbourg? Du point de vue de la présidente du Front national, qui rejette l’Europe intégrée, sans doute. Mais dans une Union qui se veut théoriquement «de plus en plus étroite», comme le dit le traité de Lisbonne, les frontières entre la politique européenne et la politique intérieure des pays membres s’estompent. Il n’est pas anormal que les dirigeants des partenaires s’intéressent à la vie politique des voisins, surtout quand il s’agit de partis mettant en cause l’existence même de l’Union européenne. Alors que pendant la campagne électorale de 2012, François Hollande se promettait de «renégocier» le pacte de stabilité budgétaire européen cher à l’Allemagne, Angela Merkel n’avait pas hésité à marquer sa préférence pour une réélection de Nicolas Sarkozy. Et son  ministre des finances, Wolfgang Schäuble, vient d’accuser –en privé– le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, d’être responsable pour moitié du succès du parti de la droite extrême en Allemagne, par sa politique des taux zéro qui pénalise les retraités allemands. Comme quoi la politique de la BCE n’est pas toujours dictée par Berlin, contrairement à ce que se plaît à dénoncer Marine Le Pen.

 

 
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Mais le Front national en France n’est pas la préoccupation principale d’Angela Merkel. S’il est vrai qu’au cours des dernières années, et en particulier avant les municipales de 2014 et les régionales de 2015, les milieux dirigeants allemands se sont inquiétés des succès du FN pour l’avenir de l’Union européenne, ils sont maintenant directement confrontés au même problème, bien qu’à une échelle plus limitée. Créée en 2013, quelques mois avant les élections générales, l’AfD s’est désormais installée dans le paysage politique allemand. Ce parti a obtenu jusqu’à 24% des suffrages au dernier scrutin régional dans un Land de l’ex-Allemagne de l’est, la Saxe-Anhalt. Les sondages l’ont crédité de 15% des intentions de vote au niveau national, seulement cinq points en-dessous du SPD.

Le programme que l’AfD vient d’adopter à son congrès de Stuttgart offre une parenté frappante avec celui du Front national. L’AfD est un parti national-conservateur, qui se présente cependant comme «moderne» et prône un «patriotisme décomplexé». Il est contre l’establishment représenté par les partis politiques traditionnels qui, selon lui, se sont coupés par élitisme de la majorité silencieuse. Il tempête contre les médias qui sont également élitistes et menteurs. Et s’il accepte une faible dose d’immigration, il est contre l’islam qui, déclare-t-il, «ne fait pas partie de l’Allemagne», autrement dit est un corps étranger. Parfois, certains de ses membres adoucissent cette pétition de principe en précisant «l’islam politique», mais c’est pour immédiatement ajouter que tout islam est politique. Des adhérents de l’AfD ont cultivé une proximité avec les marcheurs du lundi du mouvement Pegida (Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident), surtout implanté dans les villes de l’est de l’Allemagne. Et lors du Congrès de Stuttgart, il a été précisé que quand on est contre l’islamisation de l’Occident, «on ne peut pas être pour une occidentalisation de l’islam», soit une fin de non-recevoir à ceux qui estiment qu’un islam «éclairé» est compatible avec les valeurs fondamentales –de la Constitution, dit-on en Allemagne, de la République, dit-on en France.

Deux partis attrape-tout

Vis-à-vis de l’Europe, l’AfD tient un discours analogue à celui du Front national. Elle se prononce pour une sortie de la zone euro et pour la fin de l’UE dans sa forme actuelle, qui devrait devenir une union économique souple dans laquelle les Etats retrouveraient leur pleine souveraineté. Contre toute la tradition allemande de l’après-guerre, l’AfD met en cause les liens étroits avec l’Alliance atlantique et l’Otan, instrument du cosmopolitisme anglo-saxon.

Au-delà de ces quelques principes, l’AfD est comme le FN un parti attrape-tout soucieux de donner satisfaction à toutes les revendications poujado-catégorielles, fussent-elles contradictoires entre elles, des défenseurs des animaux, des adversaires de la limitation de vitesse sur les autoroutes, des petits commerçants et des retraités, des tenants de la libre-entreprise et des bénéficiaires de l’Etat-providence, etc.

L’autre similitude avec la situation française, qui explique en partie, les déclarations d’Angela Merkel devant les élèves du lycée français de Berlin, est la perplexité des partis établis face à un phénomène politique qu’ils ne maîtrisent pas. Ils oscillent entre la diabolisation de l’AfD ou de ses dirigeants et la sollicitude pour ses électeurs égarés, entre la dénonciation de thèses souvent nauséabondes et la prise en compte des revendications de ceux qui se sentent incompris, entre le rejet pur et simple et l’adaptation à une nouvelle donne politique.

Daniel Vernet

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