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Économie française: ce qui ne va vraiment pas mieux

Publié le 17 Mai 2016, 10:02am

Catégories : #ECONOMIE

Économie française: ce qui ne va vraiment pas mieux

Dire que la croissance s'améliore et qu'un espoir se dessine sur le chômage est acceptable. Prétendre que nous sommes sortis d'affaire est abusif. Deux déficits, celui du budget et celui des échanges extérieurs, plombent la France.

Plus personne ne l'ignore, la France souffre de deux déficits. Le premier, budgétaire, est le résultat d'une très mauvaise gestion publique depuis des décennies. Les progrès enregistrés par l'actuel gouvernement, sous la pression de nos partenaires européens, sont minces, sinon négligeables. La faiblesse des taux d'intérêt est une bénédiction pour ne quasiment rien faire. Hélas! Avec une croissance (1,5%) miraculeusement (pétrole, taux d'intérêt) revenue à son«potentiel», voire un peu au-dessus, la réduction du déficit devrait être beaucoup plus décidée et plus rapide. Sinon, quand le fera-t-on? Sans avoir reconstitué un amortisseur, comment abordera-t-on la prochaine récession? Le gouvernement, en matière budgétaire, n'est pas sérieux.

Le deuxième déficit est celui de nos échanges extérieurs. Le premier éclaire la mauvaise situation de l'État. Le second est encore plus grave, puisqu'il provient de la mauvaise forme de l'économie dans son ensemble. Il est profondément structurel. François Hollande, candidat, ignorait cette gravité, ou la minorait. Il ne l'a découverte qu'à l'été 2012, grâce à Louis Gallois, dont le rapport était parfait. Virage sur l'aile, le président de la République a compris que le défaut de compétitivité française était à la racine de tous les maux du pays, il lance le Cice et ne déviera pas. Mais il n'a pas jamais su trouver les mots pour l'expliquer, d'où ses ennuis politiques avec ses électeurs et avec son ancien parti. La politique de l'offre est totalement incomprise par les appareils à gauche, elle est vue comme une«trahison». L'éclatement de la majorité auquel on assiste à propos de la loi El Khomri montre combien n'est pas partagée cette analyse du mal économique français.

Nouveau souffle?

Le bilan global du Cice n'est pas encore fait, à cause de la lenteur des statistiques. La polémique peut dès lors perdurer, notamment sur les emplois «sauvés» ou «créés» par la politique de l'offre et sur le ciblage des mesures vers des bénéficiaires qui n'en ont pas forcément besoin (comme La Poste). Il est acquis que les marges des entreprises se redressent, préalable à l'investissement et à l'embauche. Il est acquis que les coûts du travail, abaissés de 6 % entre 1 et 2,5 SMIC par ces mesures, sont repassés sous les niveaux allemands mais qu'entre-temps Espagnols et Italiens ont fait des efforts. Il est acquis aussi que ce regain de compétitivité n'est dû qu'à sa composante «charges»et non pas aux salaires eux-mêmes, les chefs d'entreprise ne faisant pas leur partie du chemin de la modération.

Y aura-t-il en 2016 un retour des investissements et des embauches? C'est très probable. L'Insee, qui le dit, en souligne aussi la faiblesse. L'inversion de la courbe du chômage ne sera que légère, elle laissera toute la place à tous les commentaires politiques possibles.

Soit les entreprises délocalisent pour produire sur les marchés étrangers, soit elles renoncent, ce qui est pire

Le fait principal est que le déficit du commerce extérieur ne s'améliore pas. Il ne va mieux (amélioration de 12 milliards d'euros en 2015) que grâce à la chute du prix du pétrole et des matières premières (gain sur la facture de 14 milliards). Le regain de compétitivité de l'économie française, grâce à la politique de l'offre, a permis une stabilisation des parts de marché des exportateurs français. L'amélioration vient d'Airbus, des ventes d'armes, du luxe, de l'agriculture et de l'industrie agroalimentaire, et d'un léger mieux des automobiles.

Contraction des exportations

Mais la faiblesse reste double. D'abord, le tissu industriel est si dégradé, si plein de trous, que la France importe de plus en plus de tout. Toute hausse de la consommation creuse le déficit de façon alarmante, ce que refusent de voir les frondeurs, cela dit au passage. Aucun secteur n'est plus «tenu». Peut-être est-ce inévitable, les économies modernes sont imbriquées, les chaînes de fabrication sont désossées, faites d'allers-retours, d'import-export, et ce qui compte est la valeur ajoutée opérée en France. Mais les chiffres ne sont pas rassurants. En clair, la politique de l'offre sauverait in extremis un tissu industriel déchiré de toute part, mais nous sommes loin de le recoudre, encore plus loin d'une refondation industrielle française.

L'examen des exportations va dans le même sens. La France ne regagne encore aucune part de marché. Patrick Artus, de Natixis, évoque une «contraction du secteur exportateur». De moins en moins d'entreprises exportent. Soit elles délocalisent pour produire sur les marchés étrangers, ce qui devrait pouvoir être limité avec un regain de compétitivité du sol France. Soit elles renoncent, ce qui est pire. L'inquiétant est d'observer une baisse de l'excédent de nos échanges de services, qui, hier, compensaient un peu le déficit des échanges de biens.

Le déficit de paiement finira par être jugé inquiétant par les marchés financiers

L'inquiétant repli

L'économie française se désengage-t-elle de l'économie mondiale? Un repli sur l'économie symétrique du repli de l'Allemagne de la géopolitique? La France est loin d'aller mieux. L'analyse du déficit extérieur persistant laisse deviner une évolution profondément mauvaise, poursuit Patrick Artus. D'abord, le déficit de paiement finira par être jugé inquiétant par les marchés financiers, qui le feront payer sur les taux d'intérêt. Ensuite, la déformation de l'économie vers des secteurs des services abrités de la concurrence, «ce qui réduira le niveau de productivité et des salaires». Enfin, une sorte d'enfermement dans une spirale d'un chômage structurel élevé: les seuls besoins de main-d'oeuvre sont à qualification faible, mais la hauteur du Smic les bloque.

La persistance des deux déficits français montre que «cela ne va pas mieux», loin de là. Les chiffres de la surface, croissance améliorée, et même chômage, sont très superficiels. Le redressement en profondeur de la situation économique ne se voit pas, au contraire.

Eric Le Boucher

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