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Économie: et la confiance, bordel?

Publié le 10 Mai 2016, 11:58am

Catégories : #ECONOMIE

Économie: et la confiance, bordel?

Au moment où la mécanique économique semble pouvoir être relancée, la France se crispe sur de vieux antagonismes entre les salariés et les entreprises, qui ont pourtant partie liée.

La confiance est certainement ce qui fait le plus défaut en France pour relancer l’économie et donner un peu de chair aux propos jugés hors sol de François Hollande lorsqu’il déclare, le 14 avril, sur France 2 que «la France va mieux». Car même un peu encourageantes, ce ne sont pas les statistiques du chômage et de la croissance française qui peuvent expliquer cet optimisme jugé bien excessif.

Certes, l’Insee a indiqué pour le premier trimestre une estimation de croissance de 0,5%,supérieure de 0,1 point à la prévision. Mais on a fait beaucoup de gorges chaudes de ce minuscule dixième de point alors que le rebond de l’économie française demeure en-deçà de l’essor de la zone euro, évalué à 0,6% sur le trimestre par Eurostat. La France reste collée dans le peloton des élèves médiocres de la zone.

Même chose pour le nombre de demandeurs d’emploi: le nombre d’inscrits à Pôle emploi fin mars a baissé de 60.000 sur un mois et de près de 50.000 sur trois mois (durée plus pertinente). Mais les statistiques font apparaître une augmentation des entrées en stage, qui fausse la vision d’une reprise solide du marché du travail. En outre, si le nombre de chômeurs sans aucun travail a reculé, le nombre de chômeurs n’ayant qu’une activité réduite a augmenté, ce qui introduit des réserves sur la qualité des emplois proposés. La précarité ne recule pas.

Des tendances de fond pourtant favorables

Malgré tout, une fois ces nuances apportées au concert de satisfactions déclenché par la publication de ces statistiques, il reste des tendances de fond favorables et qui devraient se traduire par des résultats plus probants qu’aujourd’hui.

Par exemple, au premier trimestre, l’activité s’est redressée dans le bâtiment, avec une hausse de 7,5% des permis de construire et de 3% des mises en chantier par rapport au début 2015. Après quinze trimestres de baisse continue, l’artisanat du bâtiment respire enfin. Et quand le bâtiment va… De même, dans l’automobile, les ventes ont augmenté de 7,7% dans l’Hexagone sur les quatre premiers mois de 2016.

 

On retrouve illustrée, à travers les statistiques de ces deux secteurs, l’explication donnée par l’Insee sur les causes du rebond de début d’année, soutenu en grande partie par la consommation des ménages.

Or si le contexte est porteur, les entreprises devraient relancer les investissements, ce qui conforterait la reprise et amorcerait la spirale vertueuse de la croissance. Mais ce sont précisément ces investissements qui font aujourd’hui défaut. A cause du manque de vision sur l’activité à venir, et sur la pérennité de la reprise.

Pourtant, grâce au crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), au pacte de responsabilité et à d’autres mesures comme par l’allongement de la durée d’amortissement, les trésoreries des PME ne sont plus aussi tendues. Bpifrance le notait déjà en début d’année: «Le stress sur les trésoreries des entreprises observé de 2012 à 2014 semble s’être globalement estompé en 2015», indiquait-elle dans son enquête de conjoncture. De bon augure, en théorie, pour 2016.

Mais si la banque soulignait une tendance à une relance de l’investissement, force est de constater que la situation n’est toujours pas revenue à son étiage: «44 % des PME ont prévu d’investir au cours du prochain exercice, contre 41 % seulement fin 2014.» Une proportion encore bien trop faible.

D’ailleurs, en volume d’investissements, les anticipations restaient en-dessous de leur moyenne de long terme, concédait Bpifrance, qui qualifiait la reprise de «modeste». Pourquoi la frilosité des entreprises perdure-t-elle, alors que le climat des affaires semble se réchauffer?

Des entreprises dans le doute

La réponse tient au psychodrame dans lequel la société française s’enracine, et qui n’est pas de nature à inciter les entrepreneurs à prendre des risques.

D’abord, alors que les résultats de la lutte contre le chômage ne cessent d’être repoussés malgré les primes à l’embauche (plébiscitées par 60% des très petites entreprises) et les réductions de charges, trois PME sur quatre estiment qu’il est aujourd’hui difficile d’embaucher lorsqu’on est une petite entreprise –la principale difficulté pour plus d’une entreprise sur deux consistant à trouver les bons salariés sur les postes à pourvoir, selon le dernier baromètre de petite-entreprise.net. Problèmes de formation, mais aussi de désaffection pour certaines branches. C’est une première contradiction, qui freine la résorption du chômage.

Ensuite, le débat parlementaire sur la loi Travail, qui a commencé dans la douleur face à la stratégie d’obstruction menée par les opposants de droite comme de gauche, alimente la perplexité des entrepreneurs. A priori, la réforme telle qu’elle a été engagée n’était pas une priorité pour eux. Pour la moitié des PME, les embauches en CDI sont toujours privilégiées et le plafonnement des indemnités de licenciement n’aurait été susceptible de favoriser des recrutements que pour 20% d’entre elles.

Dans les entreprises plus grandes, une enquête du cabinet Robert Half montre que, selon les directeurs administratifs et financiers, les freins à l’embauche proviennent surtout de la situation économique, des performances et des budgets pour recruter, le code du Travail et la réglementation relative à l’emploi n’arrivant qu’en quatrième position.

Ainsi, la société française s’est crispée sur un dossier qui ne constituait pas une priorité. Mais le débat a surtout révélé des problèmes de méthode de la part du gouvernement sur un sujet aussi sensible que le code du Travail.

Comble de maladresse, cette crispation a réveillé de vieux antagonismes qui minent la société française, comme celui qui consiste à opposer systématiquement les entreprises et les salariés, caricaturant les relations sociales dans les PME (qui emploient en France six salariés sur dix). Ainsi, au moment où la mécanique économique pourrait passer à une vitesse supérieure, l’incertitude sur la santé à venir de l’économie française reprend le dessus.

Panne de confiance

Face à une explosion de violence dont les ressorts sont souvent fort éloignés d’un projet de loi détourné par ses opposants, les chefs d’entreprise choisissent l’attentisme. En avril, «la confiance en l’économie française marque un net coup d’arrêt par rapport à début mars», souligne l’observatoire de la banque Palatine sur les PME-ETI. Conséquence de cette panne de confiance: les prévisions d’investissement et d’embauche sont impactées à la baisse. La réforme, dans l’immédiat, a un effet inverse à celui recherché.

Et comble de malchance, les rémunérations ahurissantes de certains patrons de grands groupes –chez Renault et Sanofi– viennent polluer un peu plus l’atmosphère autour de la réforme du code du Travail. Les adversaires de la réforme, qui dénoncent une part trop belle faite aux entreprises, se sentent confortés dans leur opposition, alors que le problème soulevé, qui concerne des multinationales, n’a pourtant rien à voir avec la réalité des relations sociales dans les PME et le contenu du projet.

Dans ces conditions, la panne de confiance –même irrationnelle– ne peut que se répandre, illustrée non seulement par la contestation syndicale dans la rue et par l’attentisme des chefs d’entreprise, mais aussi par la baisse de popularité de l’exécutif.

Et après les reculs du gouvernement sur des dossiers tels que l’écotaxe ou les taxis, on peut s’attendre à ce que les opposants fassent le choix du jusqu’au-boutisme, comptant sur la radicalisation pour faire plier Matignon et l’Elysée. Ce qui n’incitera pas les acteurs de l’économie à s’engager, tant que la visibilité sur la reprise ne s’améliorera pas.

Gilles Bridier

 
 
 

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