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Economie collaborative ou économie capitaliste? Nos choix économiques sont des choix de société

Publié le 15 Mai 2016, 14:42pm

Catégories : #ECONOMIE

Economie collaborative ou économie capitaliste? Nos choix économiques sont des choix de société

Dans une chronique intitulée: "Quand l'économie du partage aveugle les anti-capitalistes". Jean Peyrelevade, ancien président de Suez, de l'UAP et du Crédit lyonnais, formule un jugement sans appel contre l'économie collaborative et ses acteurs et partisans, qu'il enferme avec condescendance et mépris dans un même gros sac étiqueté "anti-capitalistes" et "utopistes" de la dernière heure, ignorant ou feignant d'ignorer que les premiers travaux sur le sujet remontent au moins au début du siècle dernier avec Mauss (1), bien avant le prix "Nobel" décerné à Mme Ostrom (2009).

Quels intérêts défend en réalité M. Peyrelevade lorsqu'il écrit que l'utopie de l'économie du partage (du "commun") qui est en train de se développer -et pas seulement "aux franges extrêmes de la gauche"-, viserait à détruire les trois piliers sur lesquels repose l'économie capitaliste, à travers "Moins de propriété privée, moins de marché, moins de monnaie"?

L'économie collaborative: rien à voir avec "Demain on rase gratis"

L'argumentaire repose sur une confusion soigneusement entretenue entre économie collaborative, gratuité et solidarité redistributive, avec l'idée sous-jacente que seule la production du secteur capitaliste permet au reste d'exister. Une recherche rigoureuse d'informations lui aurait appris que l'économie collaborative, la gestion de communs, n'ont rien à voir dans leurs pratiques avec un "demain on rase gratis" et articulent au contraire une grande diversité de logiques économiques entre une multitude de parties prenantes.

Les formes solidaires de l'économie collaborative (toutes ne sont pas celles du partage) permettent effectivement plus de propriété collective et plus d'échanges. Et grâce aux monnaies complémentaires, elles disposent des liquidités nécessaires à leur fonctionnement, là où les "monnaies officielles" se voient assignées en priorité voire exclusivement un rôle de financement des dettes publiques ou privées sur les marchés internationaux.

Une alternative au rapport social instauré par le capitalisme

Il est possible que ces nouveaux modes de consommation et d'échanges soient des utopies au sens noble du terme, et qu'elles répondent à la critique radicale de l'économie néolibérale et de la folle course à la destruction de la planète et des humains formulée par le Pape François dans l'encyclique "Laudato Si". Mais bien que chrétien de gauche, Jean Peyrelevade ne voit aucune alternative au rapport social qu'installe le capitalisme. Ignorant tout de l'entrepreneuriat social qui expérimente pourtant, hic et nunc, d'autres formes de circulation des biens et des services (2) et amalgamant encore une fois économie de partage et gratuité, il ne croit pas "le peuple prêt à échanger davantage de satisfaction collective contre moins de revenus monétaires". L'économie non marchande ne peut donc être que le fruit d'une redistribution après que les vrais producteurs de richesse ont "fait du fric".

A visage à peine couvert se dessine la vision fondamentalement anti-démocratique du monde que le néolibéralisme véhicule. Dans La route de la servitude (3), Hayek écrit : "L'usage efficace de la concurrence en tant que principe d'organisation sociale exclut certains types d'intervention coercitive dans la vie économique, mais il en admet certains autres qui peuvent parfois l'aider considérablement, et exige même certains genres d'action gouvernementale." Quelques chapitres plus loin, il clarifie son propos: "Il n'y a rien de bas ni de déshonorant à approuver une bonne dictature honnête. [...] Sans aucun doute, un système 'fasciste' instauré en Angleterre serait très différent de ses modèles italien ou allemand."

A la même époque Wilhelm Roepke, chantre de l'ordo-libéralisme allemand et co-fondateur de la Société du Mont Pèlerin, n'hésitait pas lui aussi à défendre les vertus d'une démocratie "autoritaire": "Si la concurrence ne doit pas agir comme un explosif social ni dégénérer en même temps, elle présuppose un encadrement d'autant plus fort, en dehors de l'économie, un cadre politique et moral d'autant plus solide: un État fort."(4)

Aujourd'hui, les ravages de la crise ont conduit à remplacer l'arrogance par une humilité de façade. Le prix dit "Nobel d'économie" Jean Tirole affirme dans le quotidien Le Monde daté du 9 mai 2016 que " l'économie, ma science, n'est pas une science parfaite, on a des incertitudes, des choses qu'on connait mal mais je dis ce que dit la science. L'économie n'est pas au service des intérêts particuliers, ni de la propriété privée (...). Donc l'économiste est neutre fondamentalement". Jean Tirole siège dans la section IV de l'Académie des sciences morales et politiques, dédiée à l'économie politique, à la statistique et aux finances, au côté de Michel Pébereau, l'ancien président de BNP Paribas, Yvon Gattaz, président du CNPF (ex-Medef) entre 1981 et 1986 et Denis Kessler, dirigeant de la SCOR qui a affirmé dans la revueChallenges le 4 octobre 2007: "La liste des réformes? C'est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance!"

Nos choix économiques sont des choix de société

Le philosophe de Harvard, Sandel, dans son livre best-seller Ce que l'argent ne saurait acheter, affirme le contraire, puisque nos choix économiques sont pour lui, de fait, des choix de société: "La question des marchés est au fond la question de ce que nous voulons vivre ensemble. Voulons-nous une société où tout est disponible à la vente? Ou y a-t-il des biens publics et moraux que les marchés ne peuvent faire prospérer et que l'argent ne peut acheter?"

Au moment où les responsables du Fonds Monétaire International et de la Banque mondiale s'inquiètent (enfin) des effets négatifs d'un creusement des inégalités de revenus et de patrimoine, et où le modèle même de croissance quantitative est remis en cause par le risque environnemental et climatique, explorer les utopies collaboratives est, à l'opposé des craintes de M. Peyrelevade, une ardente nécessité.

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