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Conseils, science, sante et bien-être


Comment la psychologie peut-elle se mettre au service de la sécurité routière

Publié par MaRichesse.Com sur 29 Mai 2016, 12:24pm

Catégories : #SANTE-BIEN-ETRE, #SCIENCE

Comment la psychologie peut-elle se mettre au service de la sécurité routière

A première vue, il semblerait normal que les mesures prises par nos gouvernements pour améliorer les comportements des automobilistes tiennent compte des connaissances fondamentales sur le comportement humain.

Pourtant, en France, la sécurité routière est principalement une affaire politique (elle est gérée notamment par le ministère de l’Intérieur). C’est bien dommage, car si l’on utilisait ce que l’on sait des principes de base qui gouvernent les comportements humains, nous pourrions proposer des mesures politiques bien plus efficaces… 

La science du comportement : un domaine encore peu connu en France 

Le champ de recherche qui s’intéresse aux principes du comportement humain et aux mécanismes de l’apprentissage s’appelle la science du comportement. B. F. Skinner (1904-1990) est l’un des psychologues qui est à l’origine de ce champ de recherche et aujourd’hui plusieurs centaines d’études sont publiées chaque année dans de nombreuses revues scientifiques spécialisées. Cette science a pour visée l’application éthique de ses recherches pour améliorer les comportements d’intérêt social.

Malgré l’étendue de ses domaines d’application et sa reconnaissance auprès de la communauté scientifique internationale, la science du comportement est un domaine encore peu connu dans notre pays. Parmi ses nombreux champs d’application : la santé, le handicap, le travail, le social, l’économie, l’écologie, ou encore… la sécurité routière.

La science du comportement au service de la politique de sécurité routière

Pour bien comprendre comment cette science du comportement peut être appliquée à la sécurité routière, nous allons prendre trois exemples de principes de base du comportement issus de la recherche.  

Principe n°1 : l’apprentissage par les conséquences

  • En résumé : L’être humain apprend des conséquences de ses comportements.
  • Le fait que nos comportements soient modifiés par leurs conséquences est un principe de base qui concerne tous les êtres humains, sans exception.
  • Dans de nombreux pays dont la France, les comportements des automobilistes sont modifiés principalement par le biais de conséquences « désagréables » (méthodes répressives). Exemples de conséquences qui visent à diminuer les comportements inappropriés des automobilistes : contraventions, radars, prisons, menaces, réprimandes, etc.

Ce que la recherche en science du comportement nous apprend au sujet des apprentissages par des conséquences « désagréables » (ou méthodes répressives) :

  • Effets à court terme  (après le radar, je ré-accélère ; nombreuses récidives).
  • Répression différée = perte d’efficacité : les contraventions reçues par courrier plusieurs jours après l’infraction ont beaucoup moins d’impacts sur les comportements que si la sanction tombe dans les 3 secondes qui suivent l’infraction (actuellement des expérimentations sont en cours pour évaluer les effets d’alertes envoyées instantanément par sms sur les smartphones des contrevenants).
  • Apprend à ne pas faire certains comportements, mais n’apprend pas forcément des comportements alternatifs adaptés.
  • Réactions émotionnelles impactant la santé et encourageant les comportements agressifs.
  • Répression : « mauvais » modèle de comportement donné aux automobilistes.
  • Habituation : au bout d’un moment, la répression perd de son efficacité. 

En parallèle d’un système répressif, il existe des stratégies d’apprentissages basées sur les conséquences « positives ». Par exemple :

Ce que la recherche en science du comportement nous apprend au sujet des apprentissages par des conséquences « positives » :

  • Effet et apprentissage à long terme (les comportements se maintiennent plus longtemps en mémoire).
  • Apprend les comportements appropriés, et se focalise moins sur les mauvaises conduites.
  • Pas de réactions émotionnelles impactant la santé (au contraire).
  • Pas d’agressivité (au contraire).
  • Conséquence « positive » : « bon » modèle de comportement donné aux automobilistes.

 

Principe n°2 : nos comportements sont influencés par les normes sociales

Autre principe comportemental pouvant changer les comportements plus efficacement : les comportements sont motivés par les normes sociales.

Les expériences en psychologie sociale montrent que :

  • les gens ont tendance à se conformer aux comportements de la majorité.
  • motivation apprise : pression des pairs, désir de conformité, ne pas être l’objet de la désapprobation du groupe.
  • le jugement du groupe s’internalise : les individus finissent par penser comme le groupe.

Donc : les groupes unanimes fournissent des modèles puissants pour modifier les comportements. Exemple d’application de ce principe pour faire respecter les vitesses et les panneaux de signalisation :

Une des stratégies actuelle : les radars de feu. Inconvénients des radars de feu : couteux, stratégie critiquée par les populations et surtout efficacité limité (revenus annuels engendrés en 2015 pour violation au code de la route : 48, 90 et 41 millions de dollars respectivement pour les villes d’Edmonton au Canada, Chicago et NYC). Nous sommes donc nombreux à ne pas respecter le code de la route…

Exemple d'alternative : Etude princeps en 1981répliquée en 1991 :

Installation d’une signalisation indiquant régulièrement aux automobilistes le pourcentage d’automobilistes respectant la vitesse autorisée.

>> Résultat : stratégie 10 fois plus efficace et moins couteuse que les stratégies classiques.

Principe n°3 : la motivation est un levier puissant pour changer nos comportements

Expérimentation aux Texas pour réduire la quantité de détritus au bord des autoroutes (population ciblée : jeunes hommes 18/24 ans) :

1ère stratégie : campagnes couteuses pour convaincre la cible de cesser de jeter leurs ordures >> échec (résultats non significatifs)

2ème stratégie : utiliser la motivation des jeunes (patriotisme important envers l’équipe de football « Dallas Cowboy ») : spot TV des joueurs de l’équipe ramassants eux-mêmes les ordures et grondant « don’t mess with Texas ! »

>> Baisse de 29% des déchets la 1ère année, 72% après 6 ans : résultats significatifs  et surtout les comportements civiques se maintiennent à long terme.

Pour conclure…

Ces quelques exemples représentent une petite illustration de comment la recherche en science du comportement peut améliorer la sécurité routière. Il existe des stratégies fondées sur les preuves (méthodologie scientifique) qui démontrent l’efficacité de certaines procédures issues de cette science (littérature très importante). Tenir compte de la façon dont les comportements humains fonctionnent peut donc permettre de changer les comportements plus efficacement qu’ils ne le sont actuellement.

Mais les principes comportementaux sont peu pris en compte par nos dirigeants politiques. Résultat : les mesures actuelles ont des effets non « contrôlés », aléatoires et sont souvent peu efficaces sur nos comportements. Pourtant, la sécurité routière est un enjeu majeur de santé publique.

La sécurité routière est un exemple de domaine parmi beaucoup d’autres pour lesquels nos gouvernements se limitent à une action uniquement politique. La consommation de tabac, d’alcool, les comportements alimentaires, les problématiques sociétales, le travail,l’économiel’écologie et bien d’autres domaines pourraient être gérés avec beaucoup plus de pertinence si l’on prenait un peu plus en compte la façon dont fonctionne l’être humain. De nombreux pays appliquent déjà avec succès les principes issus de la science du comportement pour les aider à résoudre leurs problématiques. Alors pourquoi pas en France ? 

Hypothèses :

  • Méconnaissance de la science du comportement 
  • Culture et stratégies actuelles ancrées depuis longtemps
  • Raisons financières

 

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