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Comment Europol lutte contre la propagande djihadiste sur Internet

Publié le 4 Mai 2016, 12:29pm

Catégories : #TECHNOLOGIE

Comment Europol lutte contre la propagande djihadiste sur Internet

Le Point.fr : La EU Internet Referral Unit (EIRU, « Unité européenne de signalement internet » en français) a été créée en juillet 2015 et est chargée de soutenir les États membres de l 'Union européenne contre le terrorisme. Comment agit-elle ?

Didier (le prénom a été modifié) : Cette cellule est composée de 17 personnes et a été mise en place très rapidement après les attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher de Vincennes. Le cœur de métier d'Europol est l'analyse criminelle. Historiquement, nous possédions un service appelé « check the web » dont l'objectif était de surveiller sur Internet toutes les sources ouvertes, c'est-à-dire les sources que tout le monde peut consulter. Nous suivons ainsi depuis une dizaine d'années l'évolution de la propagande terroriste et nous concentrons principalement sur deux groupes que sont Al-Qaïda puis l'État islamique (EI). Qui en sont les grands penseurs ? Quels thèmes sont le plus souvent abordés ? Vers quelles plateformes se tournent-ils pour diffuser leurs contenus ? C'est une approche très stratégique et basée sur une véritable expertise. Nous avons parmi nous des agents de nombreux pays, qui parlent donc plusieurs langues et qui sont spécialisés dans la propagande islamiste, celle du salafisme sunnite, notamment.

 On arrive à être « dans le temps » de la propagande. 

Vous êtes également chargés, pour le compte des États qui collaborent avec vous, de signaler un certain nombre de contenus aux plateformes internet afin qu 'elles les suppriment sans autre forme de procès 

C'est effectivement une partie de notre activité. Mais soyons clairs : nous n'avons pas le pouvoir de supprimer nous-mêmes les contenus, nous ne faisons que des propositions aux plateformes qui les hébergent et nous centralisons les demandes des États membres. Cela permet d'instaurer une relation de confiance et de longue durée avec nos interlocuteurs. Les chiffres sont encourageants. Depuis notre création en juillet dernier, nous avons évalué 7 300 contenus et avons fait 6 400 propositions de retrait. 94 % de nos demandes ont été acceptées par les plateformes.

Arrivez-vous à obtenir des réponses rapides des grands réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter qui ont, au début, été très réticents à supprimer ou à suspendre des comptes 

Chaque réseau a sa propre politique, mais la suppression peut être extrêmement rapide. On arrive à être « dans le temps » de la propagande. C'est d'ailleurs indispensable, car elle se déplace très vite. Juste après les attentats de Paris, on avait sur Twitter près de 7 500 tweets toutes les 15 minutes qui utilisaient le hashtag #ParisisBurning. En 2015, Twitter affirme avoir fermé 125 000 comptes promouvant des actes terroristes (voir ici la communication de Twitter).

Il faut cependant faire attention à ne pas se tromper. Aujourd 'hui, de nombreux internautes utilisent ces hashtags justement pour traquer et dénoncer ceux qui participent au djihad médiatique, non ?

Oui, c'est bien là le problème. Personne n'a encore réussi à mettre au point un algorithme qui permette de faire la distinction. Prenons le cas de la pédophilie : il n'y a aucune zone d'ombre. Personne, pas même un journaliste, n'a le droit de diffuser sur les réseaux sociaux la photo d'un enfant abusé sexuellement. Pour le djihadisme, c'est différent. De nombreux commentateurs, experts et journalistes diffusent des photos, vidéos ou communiqués de l'EI pour les remettre en contexte. Et il faut veiller à ne pas les censurer.

Comment qualifieriez-vous la propagande de l 'État islamique ?

Agressive et manichéenne : tout est noir ou blanc, il n'y a pas de place pour le gris. Le conflit en Syrie est considéré comme un djihad défensif par la majorité des penseurs. Le simple fait de ne pas le faire, de ne pas aller combattre pour la cause, vous place en position d'ennemi pour l'État islamique (EI). La seule excuse pour ne pas voyager est de tuer des gens dans le pays où vous vous trouvez. C'est un musulman victime qui devient musulman conquérant. C'est une propagande qui s'adresse aux jeunes avec des vidéos bourrées d'effets spéciaux et de voix de narrateurs charismatiques. Le message est moins chargé religieusement et plus efficace que la propagande d'Al-Qaïda. On est passé d'une propagande de comptes coordonnés par des médias centraux à une propagande de contenus, diffusés par des comptes qui n'ont en apparence aucun lien entre eux. Il y a un côté très simpliste, très héroïque dans cette propagande. Selon l'EI, la fin des temps approche et cela sert à justifier cet héroïsme.

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