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Cellules souches : stop à la survente

Publié le 13 Mai 2016, 10:24am

Catégories : #SCIENCE

Cellules souches : stop à la survente

L’information, oui, le «hype» non. C’est un appel au calme, à la raison et à une information maîtrisée de l’opinion publique que lancent les biologistes spécialistes des «cellules souches».

Et cet appel n’est pas en priorité destiné aux journalistes et rédacteurs en chef avides de nouvelles sensationnelles. De gros titres sur un nouvel espoir de guérison. De Unes qui claquent et font vendre. Non qu’ils soient innocents. Mais les« «lignes de conduite» pour la recherche sur les cellules souches que vient d’éditer l’International Society for Stem Cell Research (ISSCR)abordent explicitement, et de manière assez rude, les fautes de communication commises par des biologistes. Résultats exagérés, promesses de thérapies prématurées… on trouve aussi tout cela dans des résumés d’articles scientifiques, des communiqués à la presse ou des déclarations de chercheurs. «Hyperbole, distorsion et survente», titre l’article (1) de la revue Science du 13 mai où cinq chercheurs présentent et soutiennent cette démarche.

Suicide au Japon

La tension dans les labos où l’on travaille sur les cellules souches – ces cellules encore non différenciées et susceptibles de devenir n’importe quelle de nos cellules spécialisées – a connu un épisode terrible. Avec le suicide du Japonais Yoshiki Sasai en août 2014, après la découverte de fraudes commises par l’une de ses collaboratrices dans la présentation de résultats pour la revue Nature. Mais, plus généralement, les spécialistes du domaine estiment que nombre de biologistes sont allés trop loin dans la présentation de leur résultats. Les auteurs de l’article pointent une sorte de « hyping » généralisé. Surtout des promesses prématurées de thérapie qu’un effet boule de neige via les communiqués des universités ou laboratoires, repris par des journaux puis les réseaux sociaux en exagère encore la portée. Et débouchent sur le risque d’essais cliniques trop risqués pour les patients. Ce faisant, un «fossé» s’est creusé entre les attentes du public et l’état réel de la science regrettent les chercheurs.

Jeu malsain

Or, notent les auteurs, s’il est normal que des «spéculations optimistes» sur une recherche soient avancées pour structurer une communauté nouvelle ou obtenir des financements, il ne faut point «exagérer». Sinon, le risque de débats publics trompeurs se profile. Les spécialistes des cellules souches ne sont pas les premiers à se faire prendre à ce jeu malsain. De nombreuses autres communautés scientifiques l’ont été. Comme lorsqu’un groupe de physiciens américains de la matière condensée a inventé le terme de « nanotechnologies » et lui a promis le destin formidable de sauver le monde de tous ses maux. Sauf qu’ils se sont retrouvés avec un débat public où la crainte de voire la Terre dévorée par des automates auto-reproducteurs, ou de transformer tous les hommes en cyborgs, dont les plus riches deviendraient immortels… a détourné l’attention des véritables risques à étudier et réguler.

Les causes de cette situation, expliquent les cinq biologistes, sont diverses. La pression que subissent les chercheurs pour publier vite afin d’assurer leur carrière, des communiqués de presse trop optimistes, la pression pour une commercialisation rapide, sans oublier les médias, classiques et sociaux.

Vérification des faits

L’appel est donc lancé aux scientifiques concernés pour travailler à une meilleure information du public. En particulier en évitant une «confusion entre le langage de la recherche et celui des thérapies». En ne promettant pas pour demain matin des applications cliniques alors qu’une recherche n’est que préliminaire. Et en incitant les spécialistes à ne pas laisser la presse ou les média sociaux déformer la réalité. «Hype is not inevitable», concluent-ils.

Cette incitation à ne pas se laver les mains de ce que la presse dit de leurs activités de recherche peut sembler vaine aux scientifiques. Habitués à ce que journaux et médias sociaux déforment propos et faits. Mais, certains se sont attelés au boulot. Ainsi, le site climate feed back permet à des spécialistes de se livrer à la «vérification des faits» sur des articles parus dans la presse. Et de «noter» la fiabilité de l’article. Le résultat est parfois cruel, comme avec cet article de Bjorn Lomborg, publié le 5 mai par The Telegraph qui affirmait que, côté santé publique, le changement climatique allait apporter plus de bien que de mal. Soumis à l’analyse critique de 14 spécialistes du sujet  s’appuyant sur la littérature scientifique, il se retrouve noté «crédibilité scientifique basse ou très basse». Surtout, les analystes reprochent à Lomborg de faire une présentation mensongère de résultats scientifiques publiés, au mépris de la déontologie journalistique professionnelle. Un exemple à suivre ?

(1) Timothy Caulfield, Douglas Sipp, Charles E. Murry, George Q. Daley et Jonathan Kimmelman.

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