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Au procès de la cellule de Verviers, la petite entreprise d’Abaaoud

Publié le 16 Mai 2016, 10:29am

Catégories : #POLITIQUE

Au procès de la cellule de Verviers, la petite entreprise d’Abaaoud

Quand le procès de la « cellule de Verviers » s’est ouvert, lundi 9 mai à Bruxelles, il n’était pas écrit qu’il s’agirait du passage au crible d’une véritable petite entreprise terroriste. Presque une « start-up », avec sa planque étriquée, ses employés dévoués et son patron à tout faire – Abdelhamid Abaaoud –, embarqués dans l’objectif, jamais avoué à la barre, de tuer au nom d’Allah. Mais déjà, l’essentiel du « modèle Abaaoud » a été mis au jour : celui qui avait échoué à Verviers (Belgique), lors du démantèlement de la cellule djihadiste en janvier 2015, mais a réussi à Paris, au soir du 13 novembre 2015.

Le président de la 70e chambre correctionnelle, Pierre Hendrickx, s’est transformé malgré lui en minutieux analyste de l’intérieur de cette micro-société. Son chef présumé, Abdelhamid Abaaoud, étant décédé depuis le 18 novembre 2015, lors de l’assaut de Saint-Denis, ce biais s’est imposé de lui-même. Consciencieux, M. Hendrickx a relu à voix haute les centaines de pages d’écoutes téléphoniques qui alimentent le dossier d’instruction. Des écoutes où le cerveau présumé des tueries de Paris apparaît en patron aussi surdoué que débordé : sans vrai bureau, scotché à ses seuls réels outils de travail, ses dizaines de cartes SIM et son GSM.

Durant les trois mois de préparatifs de la « cellule de Verviers » identifiés par les enquêteurs avant la date du 15 janvier 2015 – jour de l’assaut –, Abdelhamid Abaaoud a toujours été séparé de ses exécutants par plusieurs milliers de kilomètres. Mais le contact est permanent. Pendant qu’eux s’organisent progressivement entre Bruxelles et Verviers, cette petite ville-dortoir près de Liège, lui tente de revenir de Syrie vers la Belgique, profitant comme il peut du début de la vague migratoire. Le quartier général de l’entreprise terroriste se résume à un deux-pièces loué vide, situé à l’étage d’une maisonnette sage de centre-ville.

 

Son retour est loin d’être simple. « Je dois essayer de monter encore », résume-t-il un jour. Abdelhamid Abaaoud passe par la Turquie et la Grèce. Il va jusqu’à faire une incursion en décembre 2014 en Bulgarie où il essaye vainement de traverser « la rivière » (la frontière) mais échoue parce qu’« ils ont lâché l’eau ». Début janvier, il est encore barré dans un aéroport dont on ignore le nom, sans doute repéré pour ses faux papiers. « Ils ont su que ce n’était pas moi », dit-il. A bout, il finit par réclamer qu’on lui trouve les services d’une escorte belge qu’on enverrait jusqu’en Grèce, pour l’aider à passer en couple les contrôles.

Sept prévenus présents

Mais ses mésaventures ne l’empêchent jamais de tanner ses soutiers par téléphone sur la suite des opérations. De « laissez la musique [les armes] à la maison, ça n’a aucune utilité », en passant par des commandes de « brouilleurs » et de « détecteurs de micro », Abaaoud ordonne tout, à tout le monde. Lui seul semble avoir l’agenda prévisionnel de son projet en tête, la vision d’ensemble du flux tendu que représente l’acheminement des hommes de main dont il a besoin.

Les enquêteurs n’ont jamais réussi à déterminer avec précision la dimension qu’aurait pu avoir le commando s’il avait été au bout, pas plus que sa véritable cible (un commissariat ? un aéroport ?) Mais dans une écoute de janvier 2015, le principal exécutant d’Abaaoud, Arshad Mahmood Najmi, alias « Pachtoune », lâche ce qui ressemble à un quota : « Dès qu’on habite à dix, on doit prévenir »…

Des sept prévenus présents au procès, c’est lui qui s’est retrouvé en première ligne de l’infernal pilotage à distance de son boss sourcilleux. Un Abdelhamid Abaaoud dont les écoutes montrent qu’il semble lui-même rendre des comptes à un « patron » en Syrie. Petit brun athlétique, 27 ans, père pakistanais, mère algérienne. S’il avait fait partie du commando du 13 novembre, Pachtoune aurait sans doute eu un rôle similaire à celui de Salah Abdeslam ou de Mohamed Belkaïd, mort à Forest (Belgique), dans une descente de police, le 15 mars. Un rôle à mi-chemin entre le factotum et le chef-logisticien, prêt à mourir, mais en dernier, une fois la tâche accomplie.

Missions commandées

Des appels d’Abdelhamid Abaaoud, Pachtoune en a reçu plus qu’il n’en faut : le soir, le matin, des calmes, des aimables, des furieux. « Au moins un par jour », a reconnu à la barre cet ancien conducteur de tramway de Bruxelles, habillé en jean, baskets et pull-over. Tellement, que c’était parfois « oppressant ». C’est lors d’un court séjour en Syrie, en septembre-octobre 2014, qu’il aurait reçu le kit de lancement de leur première entreprise terroriste : un « pense-bête » avec une recette pour fabriquer des explosifs, des photos d’identité de ses futurs camarades de djihad et environ « 10 000 euros ».

Mais le pense-bête n’a pas prévenu des erreurs. Une fois rentré en Belgique, Pachtoune a recours aux services d’un faussaire, ami avec tout ce que compte Molenbeek de jeunes gens radicalisés, suivis de près par les services de renseignement. Un costaud aux cheveux ramenés en courte queue-de-cheval. Il s’appelle Souhaib El Abdi et est prévenu aussi au procès. La leçon sera retenue pour le 13 novembre. Abaaoud s’appuiera sur un atelier de faussaires moins voyant. Des « Syriens » du quartier un peu plus aisé de Saint-Gilles, à Bruxelles, dévoués à la cause des sans-papiers.

Autre leçon qui sera sans doute retenue pour le 13 novembre : la trop grande charge de travail sur les épaules d’un nombre insuffisant d’hommes. Les missions commandées par « Omar »  [le surnom d’Abaaoud] à Pachtoune notamment s’enchaînent et ne se ressemblent pas : meubler la planque chez Ikea, acheter les produits nécessaires à la fabrication des explosifs lors d’une tournée improbable jusqu’au Castorama de Lille ; aller chercher à Aix-la Chapelle (Allemagne) ou en France les combattants de retour de Syrie, etc. Pour le 13 novembre, Abdelhamid Abaaoud prendra les services d’un vrai artificier : Najim Laachraoui. Et les frères Abdeslam seront deux pour faire l’équivalent du travail de Pachtoune.

De l’importance aussi du recrutement. Est-ce grisé par sa « mission » que Pachtoune a eu le péché d’orgueil de louer pendant un mois une BMW pour ses déplacements ? Abdelhamid Abaaoud s’en étrangle quand il apprend cette liberté : « C’est un fou ou quoi ? », hurle-t-il au téléphone à Soufiane Amghar, un des deux combattants ramenés de Syrie qui mourra dans l’assaut final des forces de l’ordre, le 15 janvier 2015. « Il faut couper avec Pachtoune ! », ordonne-t-il. « Il faut qu’il aille faire une formationapprendrel’anglais ! », crie-t-il comme pistes pour se fondre dans la masse. Ses injonctions trop tardives resteront vaines.

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