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Conseils, science, sante et bien-être


À l'hôpital, l'arsenal terroriste oblige à repenser le «damage control»

Publié le 9 Mai 2016, 10:31am

Catégories : #SCIENCE, #SANTE-BIEN-ETRE

À l'hôpital, l'arsenal terroriste oblige à repenser le «damage control»

À l’Académie de médecine, des professionnels ont livré cette semaine les nouveaux enseignements qu'ils tiraient des vagues d'attentats de 2015.

«Application de la médecine des catastrophes aux fusillades.» C’est sous ce titre qu’étaient rangées les différentes communications faites, le 3 mai, lors d’une séance thématique devant l’Académie nationale de médecine sur les derniers attentats terroristes perpétrés en France et leurs conséquences en termes de médecine et de chirurgie d’urgence.

Parmi les présentations, une analyse détaillée des armes et des munitions utilisées par les terroristes. Elle était signée Hubert Valard, ancien commissaire divisionnaire, retraité de la Police nationale et membre de la Société française de médecine de catastrophe.

«Lors des dernières attaques terroristes à Paris, des armes de guerre ont été utilisées toutes d’origine illicite, souvent issues des anciens conflits d’Europe centrale. C'était des armes militaires, des armes légères et de petit calibre, explique-t-il. La demande en armes reste forte, leur disponibilité est toujours très bonne, et elles sont peu onéreuses. De plus, elles sont faciles à obtenir car les terroristes sont souvent d’anciens délinquants qui disposent des contacts nécessaires.»

«Soft target, high value»

Pour ce spécialiste, les attaques terroristes de Charlie Hebdo, de l’Hyper casher, des terrasses et du Bataclan répondent à une volonté claire: «optimiser leur cheminement mortifère grâce à une forte répercussion émotionnelle, relayée et amplifiée par les médias d’information continue». L'objectif est de massacrer un maximum de victimes se trouvant dans un lieu symbolique selon le principe stratégique «soft target, high value»

Pour cela, les terroristes emploient notamment des armes utilisées par deux ou trois personnes qui «travaillent en équipe». On trouve notamment dans cette catégorie les mitrailleuses lourdes, les lances grenades portatifs amovibles et son affût, les canons portatifs antiaériens et antichar, les fusils sans recul, les lances missiles antichar et les lances fusées portatifs, les lances missiles antiaériens portatifs et les mortiers d'un calibre inférieur à 100 m/m. 

Nous vivons dans une poudrière, ces délinquants, ces tueurs potentiels disposent d’une source d’instruments de mort quasi inépuisable

Dans sa communication Hubert Valard décrit dans le détail les armes utilisées lors des dernières attaques terroristes perpétrées en France. Les frères Kouachi disposaient «d’un arsenal varié constitué de fusils d’assaut de type kalachnikov, lance-roquette anti char de type RPG 7, de pistolets semi-automatique, de grenades fumigènes et offensives, de bouteilles incendiaires.» Quant à Coulibaly, il avait «un fusil d’assaut kalachnikov, un pistolet semi-automatique de type Tokarev, un revolver, des générateurs lacrymogène, une arme à impulsions électriques et un couteau de combat

La faible moisson après l'État d'urgence

Pour les attaques de novembre dernier, Hubert Valard recensait «ceintures d’explosifs et fusils d’assaut [pour les terrasses plus de 400 coups tirés en vingt  minutes dont 116 étuis retrouvés aux abords du Petit Cambodge et du Carillon, ndlr]». Un véhicule a également été retrouvé le lendemain dans lequel était cachés trois AK47, cinq chargeurs garnis plus onze vides. Les terroristes disposaient enfin d'un lance-roquette antichar «dont l'usage sur une ambulance aurait provoqué un fort impact dans la communauté professionnelle des secours».

Les spécialistes estiment que les civils détiennent près de 75% (650 millions) de toutes les armes légères et de petits calibres dans le monde sur un total 875 millions. Et la plupart de ces ALPC sont utilisées, stockées illégalement, volées ou détournées vers le commerce illicite des armes.

Dans Tout ce qu’il ne faut pas dire (éd. Plon, mars 2016), le général Bernard Soubelet, ex-directeur des opérations et de l’emploi de la gendarmerie nationale, écrit:

«Nous vivons dans une poudrière, ces délinquants, ces tueurs potentiels disposent d’une source d’instruments de mort quasi inépuisable: dans les grands centres urbains de France, il y a des stocks d’armes illicites qui sont des reliquats des guerres d’Europe centrale. Ce qui nous fait peur, à nous gendarmes, c’est que ces stocks d’armes qui dorment pour le moment, sortiront un jour ou l’autre entre les mains de gens déterminés et organisés.»

Pour sa part, Hubert Valard qualifie de «relativement faible» le bilan des opérations réalisées après l'instauration de l'état d'urgence: «3.336 perquisitions pour 578 armes saisies, dont seulement 48 armes de guerre», selon le ministère de l'Intérieur. «Ceci prouve que les dépôts criminels ont été dispersés et/ou mieux dissimulés», explique-t-il.

La montée du «damage control»

Toutes ces données doivent être prises en compte par les services de médecine et de chirurgie d’urgence, tous potentiellement concernés désormais par les menaces d’attentats terroristes. En novembre 2015, de nombreux chirurgiens parisiens avaient fait part de leur surprise d’être brutalement confrontés à une véritable«chirurgie de guerre». Une surprise et des difficultés d’autant plus grandes que le nombre des blessés à prendre en charge dans un court laps de temps était considérable, la réponse collective ayant alors été facilitée par un exercice de simulation organisé quelques heures avant les attentats.

L’absence de protection balistique pour les victimes civiles est à l’origine d’une plus forte proportion d’atteintes du tronc et de la tête et d'une plus grande mortalité

Les nouvelles modalités d’action des terroristes imposent une évolution constante dans l’anticipation de la réponse. Avec, notamment, le développement du concept de «damage control». Né dans le monde de la marine militaire, celui-ci détaillait à l’origine des actions spécifiques (l'extinction d’un départ de feu, l’occlusion d’une brèche à l’aide de matelas ou la fixation de portes étanches pour circonscrire une inondation) visant à limiter la propagation des dégâts. Il s’agissait de maintenir le navire à flot et en ordre de bataille le temps qu’une réparation pérenne puisse être organisée. Une forme, en somme, de politique de réduction des risques avant l’heure.

«Le “damage control” chirurgical fut utilisé pour la première fois sur des patients victimes d’hémorragie abdominale traumatique massive afin de limiter la durée d’intervention et de prévenir l’installation de processus mortels, a rappelé devant l’Académie le Pr Jean-Pierre Tourtier [médecin-chef de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris, ndlr]. Appliqué aux traumatismes hémorragiques, ce concept permet une approche hiérarchisée d’une blessure qui, sinon, serait mortelle.»

Lésions de guerre

Le Professeur Tourtier a notamment détaillé les particularités des fusillades terroristes pour les services de secours:

«Les lésions rencontrées lors d’une fusillade peuvent être comparées à des blessures de guerre. Toutefois, l’absence de protection balistique pour les victimes civiles est à l’origine d’une plus forte proportion d’atteintes du tronc et de la tête et d'une plus grande mortalité. Lors de la tuerie d'Utoyaen 2011, les lésions consécutives à des tirs de fusil semi-automatique et de pistolet automatique ont ainsi entraîné le décès immédiat de 68 des 129 victimes.»

Les urgentistes ont également tiré les leçons de l’expérience acquise depuis quelques années par plusieurs armées occidentales. L’analyse systématique des causes de décès survenus chez des militaires américains en Irak et en Afghanistan a montré que près de 90% des décès au combat surviennent dans la première heure après la blessure et qu’un quart d’entre eux décède d’une cause potentiellement curable. Les spécialistes ont ainsi pu procéder à l'analyse de 976«décès évitables»: 888 hémorragies, 77 obstructions des voies aériennes et 11 pneumothorax compressifs.

La question du pré-hospitalier

Le développement de nouvelles techniques pré-hospitalières de réanimation traumatique, de lutte contre les hémorragies massives et contre l’hypothermie est désormais une absolue nécessité que les attentats terroristes rendent plus que jamais prioritaire.

«Le concept de “damage control” de réanimation a trouvé une application enthousiaste au sein des milieux pré hospitaliers, résume le Pr Tourtier.Nous établissons ainsi un continuum de soins cohérent pour le patient traumatisé. Il est essentiel que les praticiens civils et militaires continuent de partager de manière constructive leur expérience des patients traumatisés.»  

On peut voir là, au travers de la somme des actions médico-chirurgicales, une réponse sans cesse adaptée émanant des forces de vie contre celles, terroristes, de mort.

Jean-Yves Nau

source

 

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