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Conseils, science, sante et bien-être


Worksim : le logiciel qui simule les conséquences de la loi travail

Publié le 19 Avril 2016, 10:37am

Catégories : #HOMME-FEMME

Worksim : le logiciel qui simule les conséquences de la loi travail

En 2010, c’était un poisson d’avril. Rue89 annonçait que le président de la République interrogeait un logiciel d’intelligence artificielle pour chaque décision en Conseil des ministres. Aujourd’hui, c’est possible.
 
Jean-Daniel Kant, chercheur en informatique à l’université Pierre et Marie Curie, a mis au point un logiciel de simulation du marché de l’emploi avec son collègue Olivier Goudet et Gérard Ballot, professeur émérite d’économie à Panthéon-Assas. L’engin répond au nom de WorkSim.

« Enter the Matrix »

Cette immense force de calcul prend en compte le nombre d’enfants par ménage, la durée moyenne d’un contrat, le montant du SMIC, etc. Le logiciel crée une multitude d’individus et d’entreprises virtuelles, des agents, censés représenter la société française à l’échelle 1/4700.

De quoi faire tourner une quarantaine de machines dans les entrailles inaccessibles du laboratoire d’informatique de Paris VI. Et comme l’homme est imparfait, les algorithmes reproduisent leur « rationalité limitée ». Olivier Goudet explique :

« Nous partons de l’idée que pour la recherche d’emploi, les individus ne peuvent pas connaître le meilleur poste disponible. Ils s’en satisfont à un instant T. »

Jean-Daniel Kant enchaîne :

« De même, les entreprises ne savent pas quelle sera la productivité d’un employé, elles font une estimation qui ne correspondra peut-être pas à ce qu’elles souhaitent. L’intelligence artificielle des agents peut ensuite apprendre de ses erreurs et corriger leurs décisions. »

Le logiciel recrée fidèlement la situation du marché du travail actuel en trouvant lui-même certains calculs. Puis, les chercheurs introduisent une politique économique. Nous ne pouvions pas trouver meilleur ami pour nous éclairer sur le projet de loi El Khomri.

Moins de chômage chez les jeunes

Résultat : après une diminution du chômage de 0,5% au bout de deux ans, retour à la case départ au bout de quatre ans.
 
Pour le côté positif, on remarque une baisse du chômage des jeunes (15-24 ans) de 6% après quatre ans. Mais, c’est au détriment des tranches d’âges supérieures : les 25-49 ans comptent 25 000 chômeurs en plus, et 122 000 pour les 50-64 ans.

De gauche à droite : Olivier Goudet, Gérard Ballot et Jean-Daniel Kant
De gauche à droite : Olivier Goudet, Gérard Ballot et Jean-Daniel Kant - Rémy Demichelis

C’est la conséquence directe de la possibilité des licenciements économiques quand l’entreprise connaît une baisse de sa demande durant deux trimestres consécutifs. Ce qui pourrait être autorisé par accord de branche avec le projet de loi El Khomri (article L.1233-3-1) [PDF]. 

Pour les chercheurs, c’est le « cœur de la réforme », et donc la principale mesure sur laquelle ils se sont focalisés. Gérard Ballot précise que cela modifierait profondément le monde du travail :

« Les entreprises auront beaucoup moins recours au CDD. C’est un aspect massif : les embauches en CDD passent d’environ 85% à 24%. Mais le taux de licenciement économique passe de 1% à 19%. »

Les grands gagnants de l’opération sont les sociétés dont les bénéfices annuels moyens sont en hausse de 20% (sur quatre ans). « L’explication, c’est la diminution des situations de sureffectif », indique l’économiste.

 Quant à la possibilité des licenciements économiques au bout de quatre trimestres consécutifs de baisse du chiffre d’affaires aussi prévu par le projet (L.1233-3-2), elle mène à des constatations comparables.

Un amendement pour le principe ?

Mais jeudi 7 avril, on a bien cru qu’il fallait recommencer tous les calculs : la commission des Affaires sociales a adopté un nouvel amendement. Il prévoit de moduler la période prise en considération pour un licenciement économique selon la taille de l’entreprise.

Seulement, les députés doutent que le Conseil constitutionnel le valide. C’est aussi l’avis de Jean-Daniel Kant :

« Jusqu’ici, le Conseil constitutionnel a refusé les références à la taille des entreprises. Dans tous les cas, ça ne changerait pas nos conclusions. »

Le CDD dévalué

Actuellement, le code du travail ne définit pas clairement les conditions pour un licenciement économique, comme l’explique Gérard Ballot :

« La loi parle de mutations ou de difficultés économiques. Après, c’est la jurisprudence qui fait loi. Nous retenons que cette jurisprudence est assez stricte, elle exige qu’il y ait des pertes dans l’entreprise pendant un an. Elle regarde aussi la santé des filiales à l’étranger, mais on n’a pas modélisé ce dernier point. »

Capture d'écran du projet WorkSim
Capture d’écran du projet WorkSim

Donc, si les licenciements sont facilités avec la loi El Khomri, les entrepreneurs seront moins réticents à embaucher en CDI. Ce qui entraînerait mécaniquement une dévaluation du CDD. Gérard Ballot y voit un outil pour l’insertion sur le marché du travail :

« Il y a des jeunes qui ne peuvent pas être embauchés en CDI parce qu’ils ne satisfont pas le niveau de qualification, et qui se révèlent en CDD. »

Seulement, si on ne change rien, WorkSim prédit une légère augmentation du chômage. Pour arriver à ce résultat, il ne regarde pas du côté de la conjoncture internationale afin d’observer uniquement les conséquences d’une modification du droit du travail.

Selon WorkSim, des solutions existent

Alors que recommande-t-il ? Déjà, le logiciel ne préconise rien, il ne fait qu’étudier des politiques économiques. Ce sont les chercheurs qui proposent ces politiques. Et là, l’informaticien et l’économiste ne sont pas d’accord. Jean-Daniel Kant :

« Je ne pense pas que la flexibilité soit une solution. La baisse du temps de travail fonctionne avec WorkSim. La diminution du chômage est significative, mais difficilement quantifiable. »

Des travailleurs en plastique
Des travailleurs en plastique - Sonny Abesami/Flickr/CC

L’économiste Gérard Ballot n’abonde pas dans son sens, même s’il n’est pas totalement convaincu par le projet El Khomri.

« Selon WorkSim, on voit que davantage de formation permettrait l’embauche de jeunes qui, pour l’instant, ne conviennent pas aux exigences des employeurs. Car il y a de nombreux emplois non pourvus, y compris en CDD. »

Les trois scientifiques s’apprêtent maintenant à travailler sur un contrat unique à droits progressifs. Peut-être que leurs résultats intéresseront des hommes politiques Seulement, aucun ne les a encore approchés, ni aucun éditeur de jeu vidéo. Dommage pour ceux qui cherchaient un remplaçant à « SimCity ».                                                                                        source

 

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