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Conseils, science, sante et bien-être


Une asso anticancer poursuit une blogueuse malade du cancer

Publié par MaRichesse.Com sur 1 Avril 2016, 05:29am

Catégories : #SANTE-BIEN-ETRE, #CANCER, #JUSTICE

Pour décliner notre demande d’interview, Manuela Wyler envoie un message simple et bouleversant.

« Contactez mon avocate s’il vous plaît, je n’ai pas l’énergie, ni l’envie de répondre. Ma vie se compte en jours. »

 

Une asso anticancer poursuit une blogueuse malade du cancer

Car, oui, elle est malade. Sur son blog, c’est ainsi que l’auteure du livre « Fuck my cancer » se raconte :

« Je suis une femme de 55 ans, et j’ai un cancer du sein. Je suis une femme de caractère, ou une emmerdeuse, si vous préférez.

Mon cancer du sein a modifié mon espérance de vie, mais n’a pas changé cela. »

Si elle ne nous répond pas, c’est aussi qu’elle a déjà fait l’effort de dire tout ce qu’elle pensait, en effet, de l’affaire qui nous occupe : ce courrier qu’elle a reçu la semaine dernière et qui lui annonce sa mise en examen prochaine. A l’origine de la plainte : une association de « lutte contre le cancer ». 

Agacée par le marketing rose

On reprend du début. Tout a commencé avec une note de blog postée le 21 mai 2015. La blogueuse s’agaçait des « courses roses », et des « événements sportifs censés financer la lutte contre le cancer du sein et promouvoir le dépistage organisé ». Une critique du marketing rose qui a aussi le don d’agacer bien d’autres personnes.

« Les laboratoires pharmaceutiques s’associent à ces courses qu’[ils] financent en partie ainsi que des marques variées de produits dits féminins qui vous fournissent des échantillons de lessives, tampons hygiéniques et autres produits chargés de substances toxiques mais non interdites. »

Et elle évoquait en guise d’exemple une course en particulier, subventionnée par le département du Rhône :

« L’association Courir pour elles, toutes solidaires ne publie pas ses comptes ni sur son site ni ne les dépose au greffe du tribunal ou à la préfecture. Jusqu’au seuil de 153 000 euros [de subventions reçues, ndlr], c’est son droit, ça n’est pas très éthique, ni responsable mais cela reste dans le cadre légal. »

« J’en appelle à nos chers élus »

Avant de conclure :

« J’en appelle donc à nos chers élus et à la cour régionale des comptes à faire preuve d’un peu de responsabilité et à aller regarder de plus près ce qui mijote dans ces marmites roses opaques.

Je m’interroge sur l’utilisation de fonds publics alors que nous manquons cruellement de moyens pour soutenir les malades. »

En bref, Manuela Wyler notait qu’on voit des associations et des initiatives se multiplier (courses, etc.), sollicitant des citoyens émus, sans trop savoir où va cet argent ensuite. Pour développer ses craintes, elle revenait sur des précédents. Un scandale aux Etats-Unis « avec le détournement de fonds de 187 millions d’euros censés financer la recherche et la lutte contre le cancer du sein » ou encore notre Jacques Crozemarie national.

Si Les Restos attaquaient un SDF...

La note de blog aurait pu rester une gueulante dans l’océan des coups de gueule sur Internet. Mais le 22 juin 2015, l’hébergeur du blog reçoit une demande des avocats représentant l’association et de sa présidente. Ils demandent la fermeture du blog et estiment que cette critique est diffamatoire.

« Ce n’est absolument pas une diffamation », répond Clothilde Chapuis, l’avocate de Manuela Wyler :

« C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons laissé l’article en ligne. »

Elle estime qu’il y avait « mille autres manières de réagir, demander un droit de réponse pour commencer » :

« Ils choisissent la pire voie : traîner en justice une malade du cancer... Le recours à la Justice doit avoir du sens. C’est comme si Les Restos du cœur attaquaient un SDF qui leur aurait demandé plus de transparence... »

« C’est un brûlot diffamatoire »

En face, Xavier Vahramian, l’avocat de la présidente de Courir pour elles, ne mâche pas ses mots :

« C’est un brûlot diffamatoire, un article gravement diffamatoire. Il est indiqué des choses complètement incroyables, mensongères et diffamatoires. Elle fait des liens inadmissibles avec des scandales passés. »

Il reproche à Manuela Wyler le ton de son article et de ne pas avoir contacté l’association avant d’écrire sa note de blog.

« Je ne sais pas combien il existe d’associations en France, regardez combien d’entre elles publient leurs comptes. Il n’y a pas de nécessité de les publier et si Mme Wyler avait contacté Mme Moreau, elle aurait pu obtenir les infos. »

Sur l« ’indécence » de la plainte pointée par Clothilde Chapuis, Xavier Vahramian réagit : « Ce n’est pas parce qu’on est malade qu’on peut diffamer une association », avant de parler des lenteurs de la justice pour justifier ce « timing » pour le moins gênant.

Manuela Wyler : « Je m’en moque »

L’avocat ajoute qu’il n’y a pas d’animosité envers Manuela Wyler.

« Elle sera renvoyée devant le tribunal et nous aurons un débat pour savoir si oui ou non il s’agit d’une diffamation. »

Rien n’est moins sûr. Car comme l’écrit la blogueuse accusée, elle ne sera certainement plus là pour se défendre au tribunal. Cette plainte, elle s’en moque donc.

« Je m’en moque.

Je m’en moque comme des deux seins que je n’ai plus.

Je m’en moque comme de ma première chimio.

Je m’en moque comme de ma première métastase et de la méningite carcinomateuse qui va m’emporter me privant de voir grandir mes petits-enfants, me privant de la naissance des autres à venir. Me privant de mes quatre enfants, me privant de la vie. »

 

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