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Trigano : la fabuleuse histoire des Mama Shelter

Publié le 25 Avril 2016, 12:54pm

Catégories : #ECONOMIE

Trigano : la fabuleuse histoire des Mama Shelter

Casser les codes surannés du confort pour permettre au plus grand nombre de se mettre au repos, bercé par la douce illusion de goûter aux joies du tourisme de luxe, c'est une histoire de famille chez les Trigano. Dans les années 1950, Gilbert Trigano emmène des millions de vacanciers dans les villages paradisiaques du Club Med grâce à une formule révolutionnaire : le « all inclusive ». Un demi-siècle plus tard, Trigano fils et petits-fils réitèrent l'exploit avec Mama Shelter. Pensés comme des « kibboutz urbains », leurs refuges branchés jouent les contrastes entre adresses mal famées et design léché, prestations haut de gamme et prix démocratiques. Le pari est osé, mais le succès insolent. Un peu plus de sept ans après l'ouverture du tout premier Mama, six adresses ont vu le jour et de nombreux établissements ont répliqué le concept du lieu multicarte invitant touristes et autochtones à faire le tour du cadran sans changer d'adresse.

 

 

 

Restaurant et chambre du Mama Shelter. © DR

 

 

Le Point.fr : Quelle est la philosophie du Mama Shelter ?

Serge Trigano : C'est un restaurant avec des chambres au-dessus.

Jérémie Trigano : C'est un lieu de vie. Nous vendons un moment de bonheur, que l'on vienne pour manger, lire ou dormir.

Est-ce un hôtel populaire ?

Serge : Oui, on a voulu des hôtels chics, abordables et populaires. On revendique cette mixité sociale. Il n'y a d'ailleurs pas de client type. Vous avez des enfants en bas âge qui cassent tout, des jeunes, des seniors, des riches, des moins riches, des bobos...

Jérémie : Question prix, on parle à tout le monde. Les chambres commencent à 79 euros. Quant au restaurant, vous pouvez tout aussi bien déguster une belle pièce de viande, flamber avec une bonne bouteille de vin ou vous en tirer avec une addition à 18 euros avec une pizza.

L'importance que vous accordez au tourisme accessible et de qualité serait-elle le fruit de l'héritage communiste de votre père, Gilbert Trigano ?

Serge : C'est un mélange d'héritage et de vision stratégique. Mon père m'a toujours dit qu'un lieu de vie n'est réussi que s'il y a un mélange de toutes les populations. Je n'aime pas les lieux clivants, qui ne sont faits que pour les bobos ou que pour les riches. Lorsque je me balade dans un Mama, je suis fier de voir une clientèle aussi métissée.

Vous avez rompu les dogmes standardisés des chaînes d'hôtels. Vous ne craignez pas à votre tour de figer les codes de l'hôtellerie branchée ?

Jérémie : Non. Les codes ne seront pas figés tant que ceux qui oeuvrent au Mama garderont cet esprit à la fois rebelle et convivial. Celui-là même qui est au cœur de notre ADN.

Justement, vous avez surpris en misant sur le tourisme urbain.  Comment choisissez-vous vos lieux ?

Serge : Le XXIe siècle est celui du tourisme urbain et des séjours courts. Pour choisir les villes, on va là où on a envie de passer du temps. En ce qui concerne le quartier, les gens veulent ressentir les vibrations de la ville et ne pas se sentir comme des touristes. Vacanciers, hommes d'affaires et autochtones doivent se mélanger.

 

 

Mama Shelter Marseille © DR

 

 

En ouvrant à Paris rue de Bagnolet, vous avez le sentiment d'avoir tué un quartier populaire ou de favoriser une gentrification devenue nécessaire ?

Serge : À l'ouverture de l'hôtel, les réactions étaient positives. Bien sûr, certains avaient peur que le quartier perde un peu de son âme et que nous attirions les bobos… Mais on ne peut pas dire qu'autour de l'hôtel il y ait des Zara, des hôtels Costes et compagnie.

Vous travaillez avec vos fils. Quelle importance accordez-vous à la famille ?

 

Serge : Aucune ! Je plaisante. J'ai longtemps travaillé avec mon père, et c'est drôle de constater que les relations changent. En réunion, je n'aurais jamais contesté sa parole. Avec mes fils Benjamin et Jérémie, je me fais traiter de vieux con et d'incapable avec une facilité déconcertante ! Plus sérieusement, nous sommes dans le dialogue. Heureusement que je n'ai pas fait le Mama Shelter à mon image. La vraie modernité, ce sont mes fils. Ce sont eux qui gèrent l'affaire au quotidien et on s'en porte plutôt bien.

 

Trigano, Club Med… N'est-ce pas un héritage trop lourd pour faire carrière dans l'hôtellerie ?

Jérémie : Je ne sais pas si c'est un héritage, en tout cas, c'est une volonté qu'on a eue de travailler ensemble. J'avais le choix de faire autre chose, Serge m'a proposé de travailler avec lui, je suis venu par choix.

 

 

Le restaurant et le rooftop du Mama Shelter de Los Angeles. © DR

 

 

Êtes-vous surpris de votre succès ?

Serge : Le Mama est une prise de risque depuis le début. S'installer dans le 20e arrondissement et avoir la prétention de remplir 172 chambres avec un grand restaurant dans une rue où personne ne passait, c'était culotté.

Jérémie : Quand on est retourné voir les investisseurs pour ouvrir un deuxième Mama, ils pensaient qu'on avait eu un énorme coup de bol avec Paris, et qu'on était fous de vouloir dupliquer. Huit ans plus tard, on ouvre à Los Angeles, bientôt à Rio et très probablement à Bangkok. Après avoir commencé rue de Bagnolet, même dans nos rêves les plus fous, nous n'avions pas envisagé ça.

Le succès de Mama Shelter est-il une revanche personnelle ?

Serge : Ce n'est pas une revanche, non. Même si elle a existé au début. Cette notion n'est pas dans nos gènes. Mais je ne vous cache pas qu'on est heureux que notre aventure se porte bien et d'ouvrir des Mama au fur et à mesure que le Club Med (dont il a été écarté de la direction en 1997, NDLR) ferme ses villages !                                                                                                         source

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