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Télécommunications - Afrique - Guy Zibi : "La croissance des applications de messagerie est phénoménale"

Publié le 21 Avril 2016, 10:17am

Catégories : #ECONOMIE

Télécommunications - Afrique - Guy Zibi : "La croissance des applications de messagerie est phénoménale"

Après plus d'une décennie de croissance et de profits, les opérateurs de téléphonie mobile sur le continent connaissent une période de mutation sans précédent, bousculée par les fournisseurs d'applications Over-the-top (OTT) que sont WhatsApp, Viber, Skype, etc. « Comme les technologies en réseau et téléphoniques ne sont pas aussi matures, et comme les gens ont moins d'argent à dépenser dans les technologies, les applications de messagerie à bande passante faible comme WhatsApp sont devenues la principale passerelle vers Internet dans son ensemble », selon un récent rapport de Sandvine, Wired.com. Dans le document, on apprend comment WhatsApp, considérée au départ comme un outil de base pour pénétrer le marché africain, a su jouer des limitations de la largeur de bande passante pour s'imposer. Les jeunes sont les premiers utilisateurs des applications de messagerie, mais tout indique qu'ils seront bientôt rattrapés par les adultes, et surtout les professionnels. Au-delà des facilités d'usage, ces nouveaux outils poussent les opérateurs de téléphonie mobile à revoir leurs modèles économiques. Le cabinet américain Xalam Analytics, dont Guy Zibi est le directeur, a publié récemment une étude sur l'avenir des opérateurs mobiles en Afrique. Et il est ferme : l'ère du big data appelle à un changement de paradigme pour tous les opérateurs.

Le Point Afrique : Quels sont les nouveaux enjeux du secteur de la téléphonie en Afrique ?

Guy Zibi : Le secteur connaît beaucoup d'enjeux : la nécessité d'accélérer la croissance des infrastructures de services internet et de données au sens large, pour développer l'économie numérique et s'assurer que l'Afrique ne reste pas à la remorque dans un monde qui évolue rapidement vers les technologies 4G et 5G.

De même, l'expansion de la couverture des réseaux de téléphonie mobile dans les zones rurales reste un enjeu fondamental. Un troisième enjeu est l'amélioration de la santé économique des acteurs du marché ; c'est un enjeu qui, de mon point de vue, est vital pour maintenir les flux d'investissement dans les nouvelles technologies en Afrique.

Est-ce que le secteur se porte bien, qui sont les acteurs en place, et comment peuvent-ils s'adapter à un marché en pleine mutation ?

Le secteur est quelque peu dans une phase de transition, et c'est toujours un peu difficile. À certains égards, c'est un marché qui est arrivé à un certain niveau de maturation pour ce qui est des services traditionnels du secteur de la téléphonie comme les services voix ou messagerie.

D'un autre côté, le marché est au tout début d'une nouvelle dynamique de croissance, tournée principalement vers les services data et l'évolution vers un style de vie ou le digital tient une place beaucoup plus prédominante – que ce soit dans la vie de tous les jours, avec des services bancaires, de santé, d'éducation beaucoup plus ancrés dans le digital. C'est aussi le cas dans la vie en entreprise, et même dans les relations entre le citoyen et les institutions publiques qui sont à son service.

Donc, on est en train de passer de l'ère de la téléphonie voix à l'ère du smartphone, et ça va très vite, et ça a un impact sur les acteurs. Il y a les acteurs traditionnels, les grandes boîtes d'opérateurs de réseau de téléphonie comme Orange, MTN, Vodafone ou Etisalat, mais aussi toute une pléiade de nouveaux acteurs, que ce soit dans les infrastructures de fibre optique ou de data centers. Il y a également une nouvelle dynamique de croissance et d'innovation apportée par la multitude de start-up qui apparaissent à travers le continent.

 

 

 ©  DR
© DR

 

 

Les services OTT, tout le monde en parle, mais qu'est-ce que c'est exactement ?

Les services OTT sont des services accessibles directement par les utilisateurs à travers la plateforme internet ; ça peut être des applications de communication ou de collaboration comme Skype, Viber ou WhatsApp, des applications vidéo comme Netflix et YouTube, ou encore toute une autre gamme de services. Tout le monde en parle parce que tout le monde (ou presque) en utilise, et la croissance de ce type de service au cours de ces dernières années est assez phénoménale. Alors, ils sont appelés « Over-the-top », parce qu'ils empruntent les capacités fournies par les réseaux de télécommunication pour être accessibles aux utilisateurs ; c'est une appellation qu'ils trouvent quelque peu péjorative d'ailleurs, beaucoup préfèrent parler de fournisseurs de services ou d'applications internet.

Comment ces services sont-ils appréciés sur le continent africain ?

Les services OTT sont extrêmement populaires en Afrique. Entre 80 % et 90 % des utilisateurs qui ont un smartphone utilisent ce type de service, et le parc de smartphones sur le continent est en croissance accélérée. Pour les opérateurs traditionnels, c'est une opportunité, mais c'est également une menace.  L'opportunité vient du fait que les services OTT contribuent assez fortement à l'adoption des services internet en Afrique. Les utilisateurs achètent des forfaits data pour faire du Facebook ou du WhatsApp entre autres. De ce point de vue, les services OTT contribuent à la croissance assez forte du chiffre d'affaires data des opérateurs traditionnels que l'on voit sur le marché depuis quelques années.

Dans le même temps, on dit qu'ils représentent une réelle menace pour les opérateurs classiques, est-ce vrai ? 

Par contre, il est également évident qu'il y a un impact négatif de ces services OTT sur les services traditionnels des opérateurs classiques, notamment la voix (surtout sur les appels internationaux) et le SMS, qui est en train de se tarir comme source de revenus. Il y a donc un tassement du chiffre d'affaires sur ce type de service que ne compense pas - ou du moins, pas encore - la croissance du data, ce qui crée de véritables risques économiques pour les opérateurs. Ça restera un problème tant que l'impact net restera négatif.

2G, 3G, 4G, où en est le continent africain ?

La 3G avance, il y a au moins un ou deux réseaux 3G dans tous les pays africains. Le nombre d'utilisateurs actifs reste relativement modéré, de l'ordre de 10 % à 25 % du parc d'utilisateurs total, mais ça croît assez vite. La 4G, c'est autre chose, l'Afrique est un peu à la traîne avec un nombre de réseaux très limité, le fait que les fréquences ou autorisations idoines ne soient souvent pas disponibles et les prix de smartphones de quatrième génération qui restent élevés. Il faut aussi dire que c'est un peu difficile pour les opérateurs d'aller à fond sur la 4G alors qu'ils commencent juste à véritablement pousser la 3G.

Et quels rôles les États peuvent-ils jouer pour accélérer leur accès en Afrique ? 

Pour les États, c'est une équation assez difficile. D'un côté, ils tiennent à protéger les désirs du consommateur, pour qui les services OTT sont extrêmement populaires ; les États veulent également encourager l'esprit d'innovation dans les nouvelles économies du numérique qui est porté par les OTT, et permettre, pourquoi pas, l'éclosion de start-up locales. D'un autre côté, ils veulent préserver leur industrie de télécommunication locale, qui est, il faut le rappeler, l'un des plus forts contributeurs au PIB, en termes de rentrées fiscales et en termes d'emplois directs et indirects. Tous ces objectifs sont très souvent en conflit.

Que dire de ces quelques États comme l'Afrique du Sud ou le Maroc qui veulent interdire ou bloquer l'usage des OTT ? Quelles sont leurs motivations ? Est-ce vraiment possible ?

Bloquer l'usage des OTT est extrêmement pénalisant et nous ne pensons pas que ce soit une solution réaliste à long terme. Vous pouvez bloquer quelques services, mais la technologie et les applications vont tellement vite que ça fera probablement plus de mal que de bien. À terme, il faut certainement un encadrement juridique pour les services OTT, sous une forme ou sous une autre, et les opérateurs ont probablement besoin d'un tout petit peu d'espace pour s'adapter. Mais la clé, à long terme, c'est l'adaptation à l'environnement technologique, pas le blocage de la technologie qui ne plaît pas.

À nouvel environnement nouveau modèle économique ?

C'est une question compliquée. Le monde des technologies de l'information est en évolution constante, et les modèles doivent évoluer avec. C'est même plus difficile maintenant que les plateformes internet permettent à de nouveaux acteurs d'émerger d'un peu partout pour véritablement contester la dominance des acteurs traditionnels du marché. Nous sommes dans un environnement où des acteurs comme Netflix ou Viber peuvent lancer des services dans cinquante pays différents, et en un jour, sans avoir besoin d'être physiquement présents dans tous ces pays.

Les rôles changent, les facteurs de force et de faiblesse évoluent, et les modèles doivent évoluer avec. Par exemple, les services SMS étaient une forte source de revenus pour les opérateurs il y a juste trois ou quatre ans, cette source de revenus aura pratiquement disparu dans deux ou trois ans.

Un autre exemple, c'est l'évolution de modèles de prix au détail, vers des modèles de prix au forfait et plus de flexibilité dans l'utilisation. Avant, l'utilisateur payait au détail – c'est-à-dire à la minute, par film, par chanson téléchargée. Maintenant, l'utilisateur paie une fois, et peut utiliser tout un paquet de contenu à volonté sur une certaine période. Ce modèle va s'appliquer à la plupart des applications, et l'approche économique qui rend ce type de modèle possible est fondamentalement différente de celle pour des services au détail.

Donc, il faut des modèles économiques qui soient assez flexibles, qui permettent non seulement d'anticiper les menaces, mais aussi d'y répondre au bon moment avec assez d'agilité pour éviter les traditionnelles inerties institutionnelles. C'est plus facile à dire qu'à faire, mais ce type de transformation est, à mon sens, une question de survie à long terme pour les acteurs traditionnels du secteur.

souce

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