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Conseils, science, sante et bien-être


Sida: La prévention par la peur est-elle efficace?

Publié par MaRichesse.Com sur 7 Avril 2016, 03:20am

Catégories : #SANTE-BIEN-ETRE, #SCIENCE, #VIDEO

Les campagnes de santé publique qui jouent sur les peurs conduisent à prendre moins de risques. Mais elles doivent être crédibles et proposer des solutions simples.

Vous les avez sûrement déjà vues: sur ces affiches, on voit des individus isolés derrière des persiennes fermées, au lit et visiblement souffrantes, ou soulageant leur douleur en jouant une chanson triste. «Si elle n’est pas venue bosser, ce n’est pas parce que c’est une grosse feignasse», dit l’une. «S’il a raté son examen, ce n’est pas parce que c’est un petit branleur», dit l’autre. Toutes se terminent par le même message: «Avec le sida, la vie est beaucoup plus compliquée».

La campagne 2016 du Sidaction a tenté ce numéro d’équilibriste: lutter contre la stigmatisation autour du VIH, tout en montrant que le virus atteint réellement les individus, et qu’ils peuvent en être affectés dans leur vie quotidienne. 

 

Refus de l'étiquette sida 

Une position délicate, puisque montrer que le VIH fatigue ou isole peut indirectement stigmatiser les personnes qui estiment que le virus ne les amoindrit pas du tout dans leurs forces et leur vie quotidienne. Un paradoxe que n’a pas manqué de relever Bryce L., étudiant en gestion financière, qui s’est fendu d’une tribune sur Le Plus affirmant que «jouer sur les peurs» «nuit» aux personnes séropositives:

«Mon traitement est un succès total, le virus est indétectable. [...] Mon médecin et les infirmières m'assurent que j'ai encore de belles années devant moi. [...] C'est avec surprise et une certaine amertume que j'ai suivi cette campagne 2016. [...] C'est en communiquant sur les peurs que l'on façonne les comportements extrêmes que l'on peut connaître aujourd'hui. (...) Je comprends qu'un message du type “Le sida ne se guérit pas mais se soigne très bien n'aurait pas le même impact et les mêmes conséquences sur l'épidémie, mais je refuse qu'on me colle l'étiquette du séropositif marginalisé, qui doit prendre une batterie de médicaments, qui a/a eu une vie de débauche.»

 

Effet faible mais «solide»

Mais justement, quelle est l’efficacité de ces campagnes de prévention «qui jouent sur les peurs»? Sont-elles efficaces? La réponse est assez claire et nette: oui.

«Plus le niveau de peur est élevé, plus l’impact persuasif de l’appel à la peur est important. La peur apparaît comme ayant un effet relativement faible, mais néanmoins solide, sur les attitudes, les intentions et les comportements»,analysent Mike Allen et Kim Witte dans une méta-analyse publiée en 2004, qui revient sur cinquante ans d’études. «Un vocabulaire cru et des images décrivant les conséquences horribles de la menace pour la santé, augmentent les perceptions de la sévérité de la menace», écrivent même les auteurs, en guise de recommandation aux autorités.

Une autre méta-analyse publiée en 2015, résumé de 127 études sur près de 27.000 personnes entre 1962 et 2014 aboutit au même résultat, et dément l’idée que les messages de peur inciteraient à la prise de risques.

 

Message accessible et crédible

Petit bémol cependant: pour être vraiment efficaces, les appels à la peur des campagnes de prévention doivent véhiculer l’idée que les actions à faire sont à la portée des gens. Mettre un préservatif, réduire sa consommation d’alcool est accessible à toute personne lambda, mais «arrêter de fumer» est un conseil qui ne suffit pas pour la personne qui est dépendante. Sans quoi la peur peut être contreproductive, car les individus qui ont l’impression qu’ils ne peuvent agir pour se prémunir d’une menace construisent des mécanismes de défense et d’évitement.

«En somme, les appels à la peur semblent efficaces quand ils dépeignent une menace significative et pertinente (pour augmenter les perceptions de la sévérité et de la vulnérabilité) et quand ils décrivent des recommandations efficaces qui paraissent faciles à réaliser (pour augmenter le sentiment d’auto-efficacité et l’efficacité des recommandations)», écrivent les auteurs.

 

Difficile équilibre

Et la peur doit aussi être crédible: «Quand les faits présentés pour faire peur aux consommateurs sont trop extrêmes, les gens n’y croient pas et se mettent à douter de tout»écrit Dolores Albarracin, professeure à l’université de l’Illinois Urbana-Champaign. «On ne peut plus dire que sida = mort», résume Christian Andréo, directeur général délégué de l’association Aides, contacté par Slate.fr. Il ajoute: «On est pour ce qui concerne le VIH dans un contexte post-crise. Plutôt que de communiquer pour faire peur aux jeunes, il vaudrait mieux les informer des risques de transmission qu’ils connaissent mal, et leur expliquer qu’une personne séropositive sous traitement ne peut pas transmettre le VIH.»

L’efficacité de ces campagnes sur le plan de la prise de risques n’exonère cependant pas leurs promoteurs d’une réflexion quant à leurs effets«secondaires» en matière de stigmatisation. C’est ce que Christian Andreo appelle «l’effet boomerang», le boomerang se retournant ici sur les porteurs du VIH qui sont dépeints comme moins capables de travailler. Un vrai dilemme pour les pouvoirs publics: la diffusion de messages mettant en avant des personnes séropositives «tout aussi capables de travailler que les autres» n’aurait-elle pas pour effet de banaliser les effets de la maladie, et de favoriser la prise de risques? Difficile équilibre.

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