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SFR : les bons calculs de Patrick Drahi

Publié le 30 Avril 2016, 10:54am

Catégories : #ECONOMIE

SFR : les bons calculs de Patrick Drahi

Comment Patrick Drahi a-t-il réussi à tirer une plus-value de ses investissements dans la presse, alors même que le secteur est à la peine ? La question est posée depuis que l’opérateur téléphonique SFR – détenu par l’homme d’affaires – a annoncé, mercredi 27 avril, la reprise des actifs d’Altice Media Group (AMG), l’entité dans laquelle le même M. Drahi avait logé ses médias. Dans la corbeille acquise par SFR au nom de la convergence entre contenus et tuyaux figurent vingt titres de presse (LibérationL’Express,L’Etudiant, etc.), une chaîne d’information en continu (i24News) et une participation de 49 % au capital de NextRadioTV, l’éditeur de BFM-TV et RMC.

Lire aussi :   SFR fait le pari du mariage des médias et des télécoms

Dans son communiqué, SFR n’a pas divulgué le montant des transactions. L’opérateur se réfère en revanche à des « valeurs d’entreprise ». Celle de NextRadioTV a été fixée à 741 millions d’euros, ce qui paraît cohérent avec la valorisation de 670 millions d’euros retenue lors de la prise de participation d’Altice en 2015, qui a été suivie de l’acquisition par NextRadioTV de 39 % de la chaîne Numéro 23.

Par contre, la valeur de 241 millions d’euros retenue pour AMG (les vingt journaux et i24News) a surpris, car elle est éloignée des faibles prix d’achat des journaux concernés. Comment ce chiffre a-t-il été déterminé ? Cet indicateur est censé refléter la valeur intrinsèque de l’activité, indépendamment de sa dette.

 
« SFR paie l’amélioration des résultats d’AMG et les synergies qu’il va pouvoir retirer de l’intégration des titres », explique un analyste parisien.

Lourde restructuration

Pour évaluer AMG, les experts ont appliqué un multiple assez élevé de 4,5 sur le résultat opérationnel, pris en compte les synergies qui allaient se créer au sein de SFR Médias, la nouvelle entité créée par l’opérateur, et évalué les économies d’impôt que l’opérateur va réaliser grâce à l’intégration des 140 millions d’euros de « déficit reportable », actuellement supportés par AMG. En intégrant ce dernier, SFR pourra imputer ce déficit à ses résultats, réduire d’autant ses éventuels bénéfices et donc son imposition d’une cinquantaine de millions d’euros, selon les estimations.

AMG supporte une dette comprise entre 100 à 150 millions d’euros, que doitrécupérer SFR

Si AMG vaut autant, c’est parce que Patrick Drahi a lourdement restructuré le groupe ces deux dernières années. Selon nos informations, l’ensemble de l’entité pourrait dégager 25 millions d’Ebitda (équivalent du résultat brut d’exploitation) cette année. Dans le détail, le pôle Express-Roularta, notamment porté par Point de Vue ou Mieux Vivre Votre Argent, devrait afficher entre 12 et 15 millions d’euros de résultat ; i24News, la chaîne d’infos israélienne de Patrick Drahi, 10 % de marge opérationnelle, soit quelques millions d’euros ; et NewsCo, le pôle de presse professionnelle, qui inclut des titres tels que Stratégiesle Journal de l’Automobile ou le Journal des Telecoms, 4 millions d’euros.

En revanche, la « valeur d’entreprise » ne correspond pas au chèque qui sera versé aux actionnaires : Patrick Drahi, détenteur de plus de la moitié du capital, Bruno Ledoux, l’ancien propriétaire de Libération, Marc Laufer, actuel directeur général du groupe, et Bernard Mourad, son président.

Lire aussi :   Qui est Marc Laufer, pressenti pour diriger « Libération » et « L'Express » ?

Car, de bonne source, AMG supporte une dette comprise entre 100 à 150 millions d’euros, que doit récupérer SFR et qui sera défalquée du prix final. Cette somme comprend, notamment, une dette sociale suites aux diverses restructurations dont le groupe a fait l’objet, et les paiements différés suite au rachat du groupe Roularta-L’Express : au moment du rachat de ces titres, M. Drahi avait négocié la possibilité de les payer en trois ans.

Le fisc aux aguets

En outre, Patrick Drahi, qui a consenti des avances en compte courant pour renflouer la trésorerie de ses titres en difficulté, Marc Laufer et Bernard Mourad devront prendreleur mal en patience. Pour ne pas alourdir ses ratios d’endettement, SFR ne paiera pas tout de suite le rachat d’AMG. Il a négocié un crédit d’un an, de 100 millions d’euros, auprès des repreneurs.

L’opération vapermettre à SFR d’améliorer ses résultats grâce à des économies en matière de TVA

Malgré ce délai, les actionnaires d’AMG, qui ont lourdement investi, parviendront quand même à générer une plus-value. Selon nos informations, Patrick Drahi a injecté environ 90 millions d’euros dans le groupe Express-Roularta : 60 millions d’euros pour son rachat et 30 millions en restructuration. Le plan de restructuration de Libération a coûté 30 millions d’euros, et 40 millions ont été injectés dans i24News. Marc Laufer a investi de son côté 1,5 million dans NewsCo. Au final, les investisseurs, qui avaient récupéré des titres en pertes, ont dépensé, a minima, 130 millions d’euros.

Outre cette plus-value, l’opération va permettre à SFR d’améliorer ses résultats grâce à des économies en matière de TVA. En effet, SFR va proposer à ses clients un abonnement aux journaux sous la forme d’un kiosque numérique, qui leur sera facturé 19,90 euros, puis restitué sous la forme d’une remise. Le tarif final payé par l’abonné sera donc inchangé. Mais SFR pourra appliquer le taux de TVA « superréduit » de 2,1 % (contre 20 %), qui concerne la presse, à la portion de l’abonnement correspondant à l’option presse. Soit une économie pouvant atteindre un à deux euros par abonnement et par mois sur 15 millions d’abonnements. Ce gisement d’économie substantiel sera, sans aucun doute, regardé de près par le fisc. « Il faudra que le nombre d’abonnés auquel ils appliquent ce taux soit crédible », estime un analyste parisien.

Par contre, il n’est pas certain que SFR puisse consolider les audiences réalisées dans le kiosque numérique avec les chiffres de diffusion traditionnels (ventes en kiosques, abonnements physiques et numériques, ventes aux tiers). Pour qu’une vente soit prise en compte, l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ex-OJD) demande en effet que le prix de vente ne soit pas inférieur à 25 % du prix facial des titres et que l’acheteur ne soit pas abonné de façon passive, mais fasse un réel acte d’achat. Ce n’est qu’à ces conditions que SFR pourra booster les chiffres de diffusion de ses journaux.

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