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Perou: Fujimori doit tuer le père en gardant l’héritage

Publié par MaRichesse.Com sur 10 Avril 2016, 04:31am

Catégories : #POLITIQUE, #MONDE, #PEOPLE

Perou: Fujimori doit tuer le père en gardant l’héritage

La fille de l’ancien chef de l’Etat péruvien, emprisonné pour violation des droits de l’homme, polarise les débats de la campagne pour la présidence, dont le scrutin a lieu dimanche. 

Sur le Champ-de-Mars de Lima, à une encablure de l’emblématique Plaza San Martin, elle apparaît sur l’estrade, immobile, souriante, compacte. Au cours de ce meeting plein de paillettes et de drapeaux orange, la couleur de son parti, ils sont des centaines à entonner à pleins poumons l’hymne composé à sa gloire : «Près de toi, toute la vie, Keiko/ Peu m’importent les insultes contre toi/ Je te suivrai où tu iras/ Et chaque jour, nous sommes davantage.»

Immuable, telle une figure de cire, la leader, en jean et polo blanc, fixe ses supporteurs avec l’assurance jouisseuse de celle qui sent la victoire toute proche. Keiko Fujimori, 40 ans, dont la moitié activement au cœur de la politique péruvienne, est la grande favorite du scrutin législatif et présidentiel de ce dimanche. Une dizaine de candidats concourent à la fonction suprême du plus vaste pays andin, mais c’est elle, et elle seule, qui polarise les élections.

 

Populiste. «Pour ou contre Keiko ?» est l’antienne qui a rythmé une campagne électorale où cette Liménienne d’origine japonaise a accaparé toute l’attention. D’un côté, les débordements enthousiastes de ses partisans, spécialement nombreux dans les enclaves de la sierra(«montagne»), et parmi les classes moyennes et populaires des grandes villes. De l’autre, la détestation rageuse d’une bonne partie du pays, l’intelligentsia de gauche au premier chef, pour qui l’avènement de Keiko Fujimori serait un authentique désastre ; depuis mars, trois manifestations monstres se sont succédé à Lima contre la candidate de Fuerza Popular, une formation de droite populiste.

Si la star de ce scrutin suscite des réactions aussi virulentes, c’est parce qu’avant d’être un prénom, elle est un nom de famille. Au Pérou, dire Fujimori revient à se replonger dans les années 90, lorsque le père de Keiko, Alberto, fils d’immigrés japonais, dirigea le pays d’une main de fer durant toute la décennie. En 1992, il réalise un inédit «auto-coup d’Etat», dissout le Parlement et rédige une nouvelle Constitution. Son règne sera fait d’ombres et de lumières : il gagne la bataille contre le groupe terroriste d’inspiration maoïste Sentier lumineux, réactive l’économie et améliore les très défectueuses infrastructures du pays. Dans le même temps, sa politique ultra-libérale dénude l’Etat (à l’exception d’une poignée de groupes publics, dont PetroPerú), une sanglante répression s’abat sur les défenseurs des droits de l’homme et un réseau de corruption détourne pas moins de 1,7 milliard d’euros de fonds publics. L’ancien président, 77 ans, purge actuellement une peine de vingt-cinq ans de réclusion derrière les barreaux.

 

Grand écart. Candidate à instaurer une sorte de dynastie - une tradition inexistante au Pérou -, Keiko Fujimori se livre donc à un exercice d’équilibriste : récolter les fruits de l’héritage paternel tout en se démarquant des mauvais souvenirs laissés par son dirigeant autoritariste. «Il y a du Marine Le Pen en elle, analyse la commentatrice Nancy Arellano. Elle doit tuer le père, mais en même temps elle joue sur la filiation, sur l’idée d’une continuité, sur l’héritage caudilliste. Elle marche sur des œufs, mais c’est ce qui fait sa force aujourd’hui.»

 

Candidate malheureuse au second tour de la présidentielle de 2011, la fille Fujimori compte bien capitaliser sur ce legs. Celle qui fut la première dame du Pérou à seulement 19 ans, après le divorce de ses parents, joue finement sur l’ambiguïté vis-à-vis de son père. Lors d’un débat télévisé, début avril, pressée par ses rivaux de «clarifier» ses positions, elle a pratiqué le grand écart. Dans la ligne paternelle, elle a promis la fermeté (notamment la peine de mort élargie aux violeurs d’enfants et à certains autres criminels) mais, coup d’effet médiatique, elle a brandi devant les caméras un document signé dans lequel elle s’engage, sous la forme d’un «serment», à «respecter les droits de l’homme», à «maintenir l’interdiction d’un deuxième mandat» et à accorder «des indemnités aux victimes de la politique familiale», une référence aux campagnes de stérilisation massive mises en place par l’administration Fujimori dans les années 90. Même ses pires ennemis reconnaissent à Keiko Fujimori un efficace travail de terrain depuis cinq ans. «Elle a sillonné tout le pays, village par village, un peu comme le fit son père avant sa première élection en 1990, souligne Manuel Vázquez, candidat au Congrès sous les couleurs de l’Apra, un vieux parti social-démocrate. Elle a parfaitement compris qu’elle devait aussi se forger une notoriété par elle-même, à la force du poignet. C’est ce qui la rend dangereuse.»

La politologue Adriana Urrutia abonde dans le même sens : «Elle et son parti sont très présents aux niveaux local et régional. Et Keiko a su patiemment tisser un réseau clientéliste et d’influence au sein de l’administration.» Ce dimanche, les résultats électoraux du premier tour permettront de mesurer son pouvoir. 

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