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Nous sommes tous des Spiderman du web

Publié le 27 Avril 2016, 10:18am

Catégories : #TECHNOLOGIE, #INTERNET

Nous sommes tous des Spiderman du web

L'affaire JoeyStarr VS Gilles Verdez a souligné un problème fort gênant: beaucoup de gens ne savent pas se servir d'Internet.

Je partage totalement l’opinion commune selon laquelle «l’affaire» TPMP Versus JoeyStarr, et bien, pour le dire simplement, on s’en balance les coucougnettes. Ce n’est ni drôle, ni intéressant (même si ça a renforcé ma conviction que Cyril Hanouna a le même fonctionnement que n’importe quel candidat de télé-réalité, le problème étant qu’il est également producteur de son émission). Mais certaines suites de cette «affaire» ont été assez révélatrices des usages des réseaux sociaux, démocratisés, mais pas encore compris par tous. 

Les fanzouzes, qui semblent penser que Cyril Hanouna et ses chroniqueurs sont vraiment des potes à eux, voire, pour les plus atteints, des membres de leur famille, ont décidé de pourrir JoeyStarr sur les réseaux sociaux. Première remarque: je parie sans trop de risque un de mes enfants que ces mêmes personnes face à JoeyStarr IRL n’auraient pas ouvert leur gueule. Pour se faire, je m’appuie sur mon expérience. Une fois, j’ai rencontré JoeyStarr et franchement, je ne lui aurais pas dit des trucs comme «tu n’es qu’une vieille racaille à deux balles, pauvre merde». Mais sur Internet c’est ce qu’a fait par exemple un certain Geoffrey.

Le plus savoureux dans cette histoire c’est que ces fans se sont plantés de JoeyStarr. Sur Twitter, ils se sont mis à insulter le détenteur du compte @joestarr187 qui se trouve être un auteur et comédien américain.

Lui-même a raconté qu’un matin, il a eu la surprise de découvrir de nombreux messages qui lui étaient destinés, tous en français, et après une rapide traduction sur Bing, tous insultants

Apparemment, un Joe Starr français a fait quelque chose de mal, et le Twitter français est vraiment fâché contre moi. Jour n°2 de la haine française.

Joe Starr ne s’est pas démonté. Il a décidé d’assumer et de répondre comme s’il était JoeyStarr, en utilisant encore Bing pour traduire ses réponses. Deuxième remarque: Bing Translate, c’est vraiment nul pour les traductions. Par exemple, quand il écrit «stupid French farmers can not deport me. I’ll never go back to Montreal» on lui propose comme traduction (et il poste donc) «paysans français stupides ne peuvent pas me déporter. Mauvais jamais revenir à Montréal.» Ou encore:

Twitter, mode d'emploi

Comment peut-on se planter à ce point d’interlocuteur? Je veux bien admettre que ces individus étaient sous le coup d’une émotion si forte qu’ils ont perdu tout sens commun, je veux bien admettre plus généralement que le fait d’être fan d’une émission de télé au point d’aller insulter quelqu’un sur Internet n’est pas un signe d’équilibre mental. Mais quand même.

Ca fait bien longtemps qu’on dit qu’il faut une éducation au web. Il y a des usages qui s’apprennent. Evidemment, on pourrait commencer par leur apprendre qu’on n’insulte pas les gens mais je crois que cette partie est perdue d’avance. Mais attention, amis fanzouzes, on peut aussi apprendre à… vérifier une information. Vérifier une information, en 2016, c’est aussi vérifier un compte Twitter. Regardez bien l’intitulé: joestarr187.

  1. Si on le décompose, ça donne: joe starr. C’est donc différent de Joey Starr. Et ce qui aurait pu vous mettre la puce à l’oreille c’est le «187». Est-ce que vous n’avez pas trouvé suspect que JoeyStarr ait un compte Twitter avec des chiffres comme n’importe quel inconnu?
  2. Autre indice. Pensez à regarder la photo du profil. Oui, je sais qu’elle est toute petite mais ça peut être utile. Par exemple, sur le compte d’une star, vous aurez en général soit une photo de l’individu, soit une photo de promo d’un de ses albums. (C’est le cas pour le vrai compte de JoeyStarr, il a en profilepic la couverture de son album.)
  3. JoeyStarr est connu. Et les gens connus, Twitter vérifie leur compte et leur appose un petit sigle bleu.

 

Et encore, ces astuces sont de moindre effort puisque tous ces petits signes sont visibles sans même aller sur le profil de l’individu. Parce que sinon, vous pouvez aussi –mais ça demande un mouvement supplémentaire de l’index accompagné d’une pression– cliquer sur le profil de la personne et voir qu’il tweete en anglais, qu’il n’a pas beaucoup de followers et que sa bio ne colle pas. Et donc que, bon sang mais c'est bien sûr! ce n’est pas JoeyStarr.

Sur les autoroutes de l'information

Je souhaite également attirer votre attention sur une autre astuce. Il existe un site qui permet de trouver le compte Twitter d’une personne. Vous tapez «Joey Starr twitter» et hop, vous avez le bon compte. (Mais que ça ne vous dispense pas des conseils précédents.) Ca s’appelle Google. Ca prend dix secondes (ils ont des machines hyper puissantes capables de fournir une information en un temps record, c’est vraiment très impressionnant). En plus, même en orthographiant mal le nom, et tout le monde ne sait pas écrire JoeyStarr j’en conviens, la machine vous suggère poliment une autre recherche. (Ce que ne fait pas Twitter. Ah ah.)

Nous sommes un peu des Spiderman du web mais: with great power comes great responsability

Cette histoire prouve que si les réseaux sociaux ont l’air totalement démocratisés, certains internautes sont leurrés par leur facilité d’utilisation. Ils n’ont pas les codes. Pire: ils n’ont même pas conscience de ne pas posséder ces codes. A aucun moment leur cerveau ne déclenche une petite alarme signalant «tiens, il y a un truc bizarre».

Le plus effrayant, c’est que ça pourrait arriver à n’importe lequel d’entre nous. Pas de se planter de mec en voulant insulter JoeyStarr, ok. Mais potentiellement, on peut tous faire une erreur. En 2016, la rigueur qu’on exige des journalistes doit se généraliser à tous, puisque chacun d’entre nous est engagé dans un processus de publication. Pouvoir prendre la parole sur les réseaux sociaux, c’est génial. C’est enivrant. Nous sommes un peu des Spiderman du web mais: with great power comes great responsability. Parce que certaines erreurs peuvent prendre des proportions vraiment dangereuses, comme dans le cas d’un lycéen de 18 ans qui avait été accusé sur Internet d’avoir participé à l’attentat de Charlie Hebdo et menacé de mort. Utiliser internet, ça demande de la vigilance. Et quand on veut réagir vite, on risque de se planter. On ne réfléchit pas. On écrit n’importe quoi. Tenez, c’est peut-être ce qui est arrivé à la personne qui a écrit une news pour raconter précisément cette histoire sur le site de Programme TV.

Sérieusement? Un «enfer»? Joe Starr a lui-même expliqué qu’il avait trouvé cette histoire plutôt marrante.

Evidemment, l’avantage d’Internet c’est que l’instantanéité fonctionne, à peu près, dans les deux sens. Une erreur est aussi vite commise que dénoncée. Mais les premiers à rétablir la vérité seront justement les premiers à prendre le temps, parfois les quatre secondes, qu’il faut pour vérifier.

J’attends donc avec impatience que le gouvernement lance une grande campagne d’affichage: sur Internet, prenez le temps de ralentir. Ou mieux: sur les autoroutes de l’information, ralentissez.

Titiou Lecoq

 
 
 

 

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