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Conseils, science, sante et bien-être


Mangerons-nous des cerises cet été ?

Publié le 18 Avril 2016, 12:13pm

Catégories : #ALIMENT

Mangerons-nous des cerises cet été ?

« Dans cette affaire, l'État est face à un double impératif : celui de la protection de la santé publique et celui de la survie des producteurs de cerises », écrivait récemment la Confédération paysanne dans un communiqué. Cette affaire ? Celle des cerises françaises, désormais sans défense face à la drosophile suzukii, un moucheron qui se reproduit à une vitesse fulgurante. Arrivé en France vers 2010, il a pour particularité de s'attaquer aux fruits en train d'arriver à maturité. Cette sympathique bestiole ne mesure que 2 millimètres, mais peut détruire la totalité de la production d'un verger.

Jusqu'à présent, pour résister à ses attaques dévastatrices, les producteurs utilisaient le diméthoate, un insecticide organophosphoré, interdit pour la plupart des productions mais encore autorisé pour les cerises. Las ! Il a été retiré du marché le 1er février par l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), qui pointe des « risques inacceptables » pour le consommateur et les cultivateurs, ainsi que pour les oiseaux et les mammifères.

« Régler le problème à la tronçonneuse »

Problème : les alternatives sont à peu près inexistantes, ou alors ruineuses. D'autres molécules chimiques peuvent être utilisées, comme les spinosynes ou le cyantraniliprole, mais « elles sont 8 à 10 fois plus chères que le diméthoate et peu efficaces étant donné la rapidité de reproduction du moucheron », explique Emmanuel Aze de la Confédération paysanne. Quant aux filets anti-insectes qui pourraient servir de parade, ils coûtent bien trop cher : 20 000 à 30 000 euros/hectare.

« Nous risquons de faire faillite. L'État a accordé à mon fils le droit de s'installer mais ne lui donne pas les moyens pour lutter contre la drosophile suzukii », déplore François Soubeyran de la FDSEA Ardèche. Ses 20 hectares de cerisiers représentent 96 % de son revenu.

« Je me pose la question de régler le problème à la tronçonneuse, comme beaucoup », et de se concentrer sur d'autres fruits moins problématiques, regrette Emmanuel Aze, pourtant très concerné par l'environnement. Lui avait déjà renoncé à utiliser l'insecticide au vu de sa toxicité élevée. « Le diméthoate reflète de manière très explicite que, pour sortir des pesticides, il y a un problème de coût », souligne-t-il. La Confédération paysanne demande donc une prise en charge partielle des pertes et un plan national d'aide pour financer l'installation des filets.

L'offensive de Le Foll à Bruxelles

Ce n'est pas l'option choisie par la FNSEA. « Si on ne fait rien, on n'aura plus de cerises en France dans trois ans », a estimé Luc Barbier, président de la section fruits du syndicat majoritaire. Non seulement parce que les arboriculteurs risquent d'abandonner les cerises. Mais aussi parce que les importations, qui représentent déjà la moitié de la consommation française de cerises, pourraient grimper en flèche dans les pays où le diméthoate est encore autorisé, comme en Espagne ou en Turquie.

Solution préconisée par la FNSEA ? obtenir une dérogation de 120 jours, le temps de pouvoir traiter les cerisiers au diméthoate fin avril-début mai. Stéphane Le Foll a refusé. Il a demandé à la Commission européenne d'interdire en urgence le diméthoate dans toute l'UE, ainsi que la mise sur le marché de cerises provenant de pays ou d'États membres dans lesquels l'insecticide est autorisé. Sans réponse de Bruxelles d'ici à mardi prochain, la France déclenchera une clause de sauvegarde nationale pour interdire la commercialisation dans l'Hexagone de cerises traitées au diméthoate, une mesure très rarement déclenchée. À suivre donc...                                 source

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