Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Marichesse.com

Marichesse.com

Conseils, science, sante et bien-être


Les statistiques économiques soulignent les blocages français

Publié le 19 Avril 2016, 11:55am

Catégories : #ECONOMIE

Les statistiques économiques soulignent les blocages français

Le PIB français a décroché par rapport à la moyenne de l’OCDE. Faute de réformes, la croissance ne repart pas. Les citoyens perdent confiance, ont peur de l’avenir et bloquent les évolutions.

Certes, un PIB ne fait pas rêver. Mais il peut faire réfléchir, car son évolution est aussi une photographie d’une économie. S’agissant de la France, il confirme notamment de réels blocages qui, au final, pénalisent chaque citoyen dans sa vie quotidienne. Ce qui mérite de s’y arrêter.

De 2.134 milliards d’euros en 2014 selon l’Insee, la totalité des biens et services produits sur le territoire français a progressé de 1,1% en 2015. C’est moins que pour l’ensemble de la zone euro qui, selon le Fonds monétaire international (FMI) dans ses perspectives de l’économie mondiale rendues public le 12 avril, a connu une croissance de 1,6%. Si on considère que la hausse des productions l’an dernier a atteint 1,9% pour le peloton des pays avancés, la France est décrochée.

On pourrait considérer qu’il s’agit là d’un trou d’air dans lequel l’Italie et le Japon sont aussi emportés. Mais ce n’est pas le cas. Alors que le Royaume Uni doit conserver en 2016 une croissance de 1,9% et l’Allemagne de 1,5%, la France ne devrait pas décoller. Il est vrai que, dans ses prévisions d’avril, le FMI a revu en baisse ses prévisions pour tous les pays.

Mais par rapport à octobre 2015, la France est un des pays qui subit l’une des plus fortes corrections alors que les projections pour 2016 demeurent trois fois plus élevées pour la Suède, près de deux fois pour la Grande Bretagne et supérieures de 30% pour l’Allemagne. Le gouvernement de Manuel Valls a beau camper sur un objectif de croissance de 1,5% établi à la fin 2015 et sur lequel il a bâti sa loi de finances, l’hypothèse semble de plus en plus fragile au fur et à mesure que l’année avance.

Une relation directe avec la vie quotidienne

Tous ces pourcentages décortiqués au dixième de point près restent bien abstraits. Pourquoi leur conférer une telle importance? L’économie doit être au service du bien-être des citoyens. La pertinence des agrégats macro-économiques qui permettent de comparer les pays comme s’il s’agissait d’une compétition, est bien éloignée des préoccupations quotidiennes des individus.

Les pays qui avaient, dès avant la crise, corrigé des déséquilibres structurels sur le marché du travail et activé leurs politiques de l’emploi ont été moins touchés

Conseil d'orientation pour l'emploi

Quelle importance que le Royaume-Uni conforte sa place de cinquième puissance mondiale devant la France? Quelle importance, même si la France pointait encore au quatrième rang à la fin du siècle dernier? Et quelle importance que l’écart se creuse aujourd’hui entre les deux pays si ces comparaisons n’évoquent rien sur le niveau de vie des habitants?

Toutefois, on peut établir une relation directe entre ces agrégats et les niveaux de vie. C’est d’ailleurs pour permettre des comparaisons qui tiennent mieux compte des conditions d’existence des individus que le FMI et la Banque mondiale ont mis au point une autre forme d’évaluation des PIB «corrigés des parités de pouvoir d’achat» (PPA), ce qui contribue à neutraliser l’effet des taux de change dans ces comparaisons.

Un long décrochage

Selon cette approche, la France n’apparaît plus qu’au huitième rang, selon la Banque mondiale dans ses évaluations pour 2014. Et lorsqu’on s’intéresse, cette fois au PIB par habitant exprimé en PPA, la France ne pointait plus qu’au 24erang en 2014, selon les statistiques établies par la même institution.

Bien sûr, de telles moyennes n’expriment pas les inégalités dans la répartition des richesses, et cachent les écarts qui peuvent exister dans les conditions de vie entre les individus les plus riches et les plus pauvres d’un pays à l’autre. Malgré tout, cette relégation de la France derrière nombre d’autres pays aux économies comparables (1) illustre bien les problèmes auxquels sont confrontés les Français dans leur quotidien à cause de l’anémie persistante de la croissance économique.

Et si on se focalise sur l’Europe, la Banque de France montre que le PIB français par habitant en PPA est à peine au niveau de la moyenne de la zone euro, et n’arrivait qu’au 11e rang en 2014 de l’ensemble des membres de l’Union européenne.

Ce n’est pas une surprise: le ministère de l’Économie constate que le PIB françaisdécroche depuis quarante ans avec une progression par habitant inférieure à la moyenne des pays de l’OCDE. Les statistiques  et les classements montrent que la progression de la production de richesses en France est moins soutenue que dans nombre d’autres pays. Ce qui impacte très directement l’évolution des conditions de vie des Français.

Des réformes insuffisantes

Les blocages de la société française en matière de réformes économiques sont très clairement au cœur de cette problématique. «Les pays qui avaient, dès avant la crise, corrigé des déséquilibres structurels sur le marché du travail et activé leurs politiques de l’emploi ont été moins touchés et se rétablissent plus facilement: c’est le cas de l’Allemagne, du Royaume-Uni, de l’Autriche, du Danemark et de la Suède», note le Conseil d’orientation pour l’emploi.

La relance en France a besoin d’un souffle bien plus structurel que de simples glissements de curseurs sur l’échelle des charges sociales

«À l’inverse, les pays, qui n’ont pu, faute de réformes adaptées ou suffisantes, résoudre avant le déclenchement de la crise les principales faiblesses du marché du travail […] ont enregistré une dégradation à la fois plus forte et plus durable de la situation de l’emploi»: c’est bien le cas de la France.

Et aujourd’hui, à cause des séquelles de la crise qui limitent les marges de manœuvre du gouvernement, les réformes ne passent plus comme le montrent les crispations contre le projet de loi El Khomri.

Bien sûr, il n’existe pas une solution unique au problème. Par exemple, la Grande-Bretagne qui a réforme son marché du travail est à peine mieux placée (10e rang) que la France dans le classement des PIB par habitant en PPA pour l’Union européenne. La compétitivité des entreprises est un autre facteur capital pour relancer la croissance. Des mesures ont été prises en France, mais elles tardent à produire leurs effets.

La relance en France a besoin d’un souffle bien plus structurel que de simples glissements de curseurs sur l’échelle des charges sociales (les plus élevées dans l’Union européenne selon Eurostat). Car malgré le CICE, le lissage des amortissements, les aides à l’embauche pour les PME et autres, les entreprises françaises ne sont pas parvenues à retrouver des niveaux de compétitivité qui, par exemple, relancent les exportations.

Coup au moral

Ainsi en 2015, si le déficit de la balance commerciale a été réduit de 12,6 milliards d’euros, c’est uniquement grâce à l’allègement de 14,6 milliards d’euros de la facture énergétique. Certes, les ventes à l’étranger ont un peu progressé l’an dernier, mais les importations hors énergie également. Globalement, la France n’a pas marqué de points malgré une conjoncture particulièrement favorable avec les baisses du prix de l’énergie, de l’euro et des taux, et les aides nouvelles. On en oublierait presque qu’il fut un temps entre 1992 et 2002 où cette balance commerciale était… bénéficiaire ou équilibrée!  

Dans ces conditions, l’emploi ne repart pas. Et chez les Français qui souffrent de cette situation dans leur quotidien, la confiance dans l’avenir économique de la France s’érode à nouveau depuis le début 2016, après s’être un peu redressé l’an dernier.

C’est ce que traduisent les mouvements de contestation face au projet de réforme du travail et les inquiétudes dans les milieux les moins aisés.  C’est aussi la conséquence du décrochage de l’économie française sous l’effet de ces blocages qui ont miné progressivement des secteurs industriels autrefois de pointe comme l’automobile ou l’agro-alimentaire.

1 — Comme le Luxembourg, la Norvège, la Suisse, les États-Unis, les Pays-Bas, l’Australie, l’Irlande, l’Autriche, l’Allemagne, la Suède, le Canada, le Danemark, la Belgique ou Taïwan… sans parler du Qatar, du Koweit, de Bahreïn ou d’Oman. Retourner à l'article

Gilles Bridier

 
 
 

 

Commenter cet article

Archives