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Conseils, science, sante et bien-être


Les dépenses en matière de santé continuent à augmenter, mais non, ce n’est pas de la faute des personnes âgées

Publié le 19 Avril 2016, 14:11pm

Catégories : #ECONOMIE, #SANTE-BIEN-ETRE

Les dépenses en matière de santé continuent à augmenter, mais non, ce n’est pas de la faute des personnes âgées

Atlantico : "Le vieillissement démographique ne représente que 3 points de pourcentage de la hausse de 54 % des ressources financières consacrées à la santé intervenue entre 1992 et 2000 en France", à en croire la revue de littérature que vous avez publiée sur la thématique "Hausse des dépenses de santé. Quel rôle joue le vieillissement démographique ?" Ce constat semble pourtant très contre-intuitif… comment peut-on expliquer un si faible impact du vieillissement dans les dépenses de santé ?

Marianne Tenand : Au cours des 50 dernières années, dans la plupart des pays développés, les dépenses de santé ont cru plus rapidement que le revenu national.

 

 

 

Parallèlement, sous l’effet de l’accroissement de l’espérance de vie, les pays occidentaux ont connu un vieillissement démographique –c’est-à-dire une augmentation de la part que représentent les groupes d’âges élevés dans leur population. Si on calcule la dépense de santé engagée en moyenne par une personne une année donnée, on constate que celle-ci croît avec l’âge : en 2008, la dépense engagée pour une personne de 80 ans et plus était en moyenne 3 fois plus élevée que la dépense engagée pour un cinquantenaire. Si les seniors viennent à occuper un poids démographique plus important dans nos sociétés, alors, mécaniquement, ils devraient tirer les dépenses de santé vers le haut.  

Suivant ce raisonnement, le vieillissement démographique a longtemps été vu comme le principal facteur expliquant la hausse des dépenses de santé. Pourtant, il a été incriminé à tort ! Ce qui compte, ce n’est pas tant ce que chaque groupe d’âge dépense en moyenne à un moment donné, mais la manière dont la dépense par tête évolue au cours du temps. Des économistes ont montré que, entre 1992 et 2008, la dépense individuelle moyenne a augmenté pour toutes les tranches d’âge : vous dépensez en moyenne davantage en soins que vos grands-parents lorsqu’ils avaient votre âge. C’est dans ce "glissement" de la dépense par tête au cours du temps que se trouve l’explication principale de la forte hausse des dépenses agrégées de santé – pas dans l’augmentation de la population ni dans son avancée en âge. 

En dépit de la faible part du vieillissement dans les dépenses de santé, les ressources financières qui y sont consacrées dans le PIB persistent à croître. Quels sont les autres facteurs qui justifient une telle croissance ?

Le fait qu’à un âge donné, on dépense toujours davantage pour se soigner peut paraître curieux : après tout, l’état de santé est globalement bien meilleur aujourd’hui qu’il y a 50 ans. Mais ce sont précisément les importants investissements qui ont été réalisés dans la recherche médicale, la construction de systèmes de soins performants et la mise en place d’assurances santé, qui ont – avec l’amélioration des conditions de vie – rendu possibles ces progrès.

 
 

De manière surprenante, c’est le progrès technique qui explique l’essentiel de la hausse des dépenses de santé des dernières décennies. Si les avancées technologiques permettent de faire baisser le coût unitaire des traitements, elles favorisent aussi le développement de traitements de pointe, coûteux, qui vont venir en remplacement ou en complément des interventions existantes. Le traitement de l’hépatite C par le sofosbuvir, qui fait l’objet de débats intenses, illustre bien les effets paradoxaux des innovations médicales : plus efficace que ses prédécesseurs, ce médicament va considérablement augmenter les sommes allouées au traitement de l’hépatite C. 

Les changements économiques et sociaux (hausse du niveau d’éducation et du revenu) ainsi que certaines des caractéristiques de l’offre médicale (rémunération à l’acte, notamment) ont également poussé les dépenses à la hausse. De manière plus générale, l’architecture du système de soins, la régulation des prix des médicaments et la place donnée aux assurances sociales et privées ont une influence importante sur les dépenses de santé. Pour se convaincre du fait que les facteurs non-démographiques ont un rôle majeur, il suffit de constater l’hétérogénéité des budgets alloués à la santé d’un pays à un autre. En France, les dépenses de santé, publiques et privées, représentent 11,5 % du PIB. Aux Etats-Unis, pays plus "jeune" que le nôtre, elles atteignent 17,1 % du PIB ! Bien que leur rôle soit difficile à quantifier précisément, les choix collectifs en matière d’organisation et de régulation du système de soins influencent considérablement la dynamique des dépenses.

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