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Marichesse.com

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Conseils, science, sante et bien-être


Les astuces pour être plus productif peuvent-elles vraiment vous aider?

Publié le 30 Avril 2016, 10:16am

Catégories : #SCIENCE, #SANTE-BIEN-ETRE

Les astuces pour être plus productif peuvent-elles vraiment vous aider?

Peut-être pas de la manière dont vous pensez.

J’estime être une personne raisonnablement productive, mais sans excès. J’écris des articles pour Slate à un rythme relativement régulier, je respecte la plupart des délais qui me sont impartis et je n’ai jamais eu de trop grosse panne d’inspiration. Ce qui ne m’empêche pas de me livrer à la procrastination sur une base quotidienne, d’être souvent en retard pour répondre à mes mails et de ne quasiment jamais rien finir en avance. Au travail j’ai davantage l’impression de faire du surplace que du 200 à l’heure.

J’ai essayé de faire des listes quotidiennes de choses à faire, de tenir des journaux de mes activités et d’utiliser des applis qui bloquent certains sites, commeStayFocusd, pour m’empêcher de perdre du temps sur Internet. Chacune de ces astuces m’a aidée pendant une période assez courte jusqu’à ce qu’autre chose m’en détourne ou que je m’en désintéresse. Le monde regorge de conseils, de tuyaux et autres techniques censés aider les gens comme moi à rompre leurs mauvaises habitudes de travail et à devenir plus productifs. On peut acheter des livres, se rendre sur des sites Internet et télécharger des applications exclusivement consacrées à l’art de la productivité. La productivité personnelle est devenue une niche assez vaste pour permettre au site dédié Lifehack de publier une liste de «plus de 50 blogs sur la productivité dont vous n'avez encore jamais entendu parler», rempli de raccourcis comme «GTD» (la méthode développée dans la bible de la productivité publiée en 2001, Getting @Things Done) et 4-hour workweek [la semaine de 4 heures]» (le concept qui a permis au gourou du développement personnel Tim Ferriss de lancer son empire). À ceux qui trouvent les listes ennuyeuses, des applications comme Habitica etAny.do promettent de rendre la gestion de tâches fluide et agréable. Et pour que vous restiez motivé pendant vos trajets du matin et du soir—des moments traditionnellement imperméables à toute productivité—il existe une foule depodcasts visant à répandre la bonne parole productiviste.

 

J’ai longtemps eu la vague intention de tenter certaines de ces techniques dans l’espoir que l’une d’entre elles finisse par me changer la vie. Après tout, dans le domaine de la productivité le discours habituel est que des changements simples dans votre routine quotidienne peuvent donner des résultats concluants. Or un nouvel ouvrage résumant des décennies de recherches sur la productivité personnelle m’a convaincue que de petits changements ne suffisent pas—et que mon problème dépasse le cadre de la fainéantise.

La motivation: carburant de la productivité

Dans Smarter Faster Better, publié le mois dernier, Charles Duhigg fait un tour d’horizon de la littérature traitant de la manière dont les gens mènent à bien ce qu’ils ont à faire, ravivent leur créativité et trouvent un sens à leur travail. Au lieu de proposer des conseils de vie, Duhigg associe des histoires apparemment sans aucun lien entre elles pour illustrer l’importance de concepts comme avoir un«centre de contrôle interne,» renforcer nos modèles mentaux et nous fixer à la fois des objectifs audacieux à grande échelle et d’autres, secondaires, plus accessibles. Duhigg, rédacteur en chef au New York Times, est expert en tropes psycho-pop et établit des connexions improbables entre des sujets aussi disparates que la structure d’entreprise de General Electric et la guerre du Kippour de 1973.

Il excelle également dans l’art de faire passer de conséquentes modifications du comportement pour des démarches naturelles et agréables. Dans un chapitre sur la motivation, Duhigg décrit un jeune homme de 23 ans autrefois inefficace qui s’engage dans la marine américaine, apprend à faire ses propres choix et à tirer fierté de sa capacité à nourrir sa famille. Il écrit:

«Quand on commence une nouvelle tâche, ou qu’on est confronté à une corvée déplaisante, il faut prendre le temps de se demander «pourquoi?» (…) Dès qu’on se met à se demander pourquoi on fait les choses, ces petites tâches s’inscrivent dans une plus grande constellation de projets, d’objectifs et de valeurs riches de sens. (…) Répondre à un mail ou aider un collègue, hors contexte, peut être relativement sans importance. Mais cela fait partie d’un plus grand projet dans lequel on croit, qu’on veut finaliser, qu’on a choisi de faire.»

Cette histoire illustre le principe qui selon Duhigg est la clé de la motivation, sans laquelle toute productivité est à peu près impossible. La motivation est le carburant de la productivité face à l’apathie, et la créer est très simple: il suffit de lier la tâche à accomplir à un objectif plus vaste et d’une plus grande importance.

Trouver le temps de trouver du sens

Ça vous semble une bonne idée? À moi aussi sur le moment—jusqu’à ce que je regarde mon emploi du temps de la journée et que je me rende compte qu’il m’était souvent difficile de trouver un «pourquoi » qui aurait du sens pour la plupart de mes missions. Pourquoi devrais-je éditer l’article de ce journaliste free-lance, ou répondre à ce mail, ou écrire un nouveau post de blog? Mes réponses habituelle sont une déclinaison du thème: «parce que si je ne le fais pas, je vais me faire virer et perdre ma seule source de revenus»—un état de fait réel mais pas particulièrement motivant dans l’instant.

D’accord, il y a une foule de choses qui me plaisent dans mon travail, comme le fait d’exprimer des opinions qui me sont chères et parfois de partager des histoires qui, selon moi, peuvent potentiellement changer le cours de la vie des gens. Mais comme de nombreuses personnes qui travaillent dans des bureaux, je fais tous les jours un tas de choses qui n’ont rien à voir avec un objectif ou un principe plus vaste, tout simplement parce qu’elles font partie de ma fiche de poste.

Essayer d’être productif, c’est comme faire un régime: la discipline vous fait du bien au début. Mais la grande majorité de ceux qui s’y mettent échouent

En lisant Smarter Faster Better, je me suis rendu compte qu’il me manquait quelque chose d’encore plus crucial qu’un irrésistible «pourquoi»: croire en mon aptitude à changer. Oui, j’ai senti une vraie excitation en lisant comment Duhigg préconise de «faire des choix pleins de sens.» Mais j’avais été tout aussi excitée en commençant mes listes et autres journaux de bord abandonnés depuis. Je commençais à soupçonner qu’essayer d’être productif, c’était comme faire un régime: la discipline vous fait du bien au début, et on peut peut-être y arriver pendant quelques semaines ou quelques mois. Mais la grande majorité de ceux qui s’y mettent échouent. Stabiliser la perte de poids c’est difficile, voire impossible. Je me suis demandé si la productivité suivait le même paradigme, avec une petite minorité, comme le gars de la Marine, qui révolutionnent leur vie entière et le reste, nous, condamné à retomber sans cesse dans nos travers improductifs.

Transformer une tâche subalterne en mission chargée de sens

J’ai décidé d’appeler Duhigg pour lui demander s’il avait des conseils à donner à une pessimiste de la productivité comme moi. Il s’est montré excessivement optimiste lorsque j’ai suggéré que certaines personnes avaient du mal à trouver un grand «pourquoi» à leur travail. «Il y a en réalité toujours un pourquoi» m’a-t-il affirmé. «Sinon les gens ne sortiraient pas du lit le matin.» Il m’a parlé d’un chercheur spécialiste du cancer qu’il avait interrogé, qui détestait corriger les copies de ses étudiants mais qui avait trouvé un moyen de se motiver pour le faire:

«Chaque fois qu’il se lance dans une correction de devoir», m’a raconté Duhigg, «il évoque ce petit mantra, comme ça: “Si je corrige le devoir de cet étudiant, alors l’université reçoit des frais d’inscription, et si l’université encaisse des frais d’inscription alors elle peut financer mes recherches, et si elle peut financer mes recherches je vais faire des découvertes sur le cancer, et si je fais les bonnes découvertes, je vais sauver des vies. Alors en corrigeant des copies, je sauve des vies.”»

À mes yeux ça ressemblait beaucoup à de l’aveuglement volontaire. Si on suit la logique de ce chercheur, pratiquement n’importe quelle tâche peut être liée au fait de sauver des vies. D’accord, c’est de l’auto-aveuglement utile: si vous arrivez à vous convaincre vous-même que les parties les plus barbantes et désagréables de votre travail peuvent potentiellement changer le monde, elles vous sembleront peut-être un tantinet moins barbantes et désagréables. Mais pour ceux d’entre nous qui ne font pas des recherches sur le cancer, se convaincre soi-même peut sembler plus difficile.

Lorsque je l’ai dit à Duhigg, il m’a parlé de recherches sur des agents d’entretien dans des hôpitaux qui considéraient que leur travail jouait un rôle important pour guérir les patients. Le fait de «revisiter leur travail» transformait une tâche subalterne en mission chargée de sens. Lors de sa propre enquête, m’a expliqué Duhigg, il a rencontré les ouvriers d’une usine de traitement de l’eau qui tiraient une grande fierté de l’idée de participer à la propreté des plages. Mais tous les emplois ne sont pas liés à la santé ou à un autre secteur œuvrant pour le bien public. Les agents d’entretien qui ne travaillent pas dans les hôpitaux auront peut-être plus de mal à trouver un sens à leurs tâches quotidiennes.

L'âge d'or de la compréhension du cerveau

Cependant, Duhigg a tout de même dit une chose qui m’a aidée à orienter ma réflexion vers l’autre obstacle dressé entre moi et la productivité: mon cynisme quant à la possibilité d’un changement durable. «Nous sommes en train de vivre dans un âge d’or où nous comprenons vraiment, évidemment pas parfaitement, mais au moins où nous avons des éclairs de compréhension du mode de fonctionnement du cerveau et surtout, de la manière dont nous pouvons influencer notre façon de penser, et d’avoir des résultats très réels et concrets et des impacts sur nos vies» a-t-il débité.

Contrairement au corps, le cerveau est étonnamment influençable

Et il a raison. C’est là où s’arrête la comparaison entre régime et productivité: il existe des raisons physiologiques expliquant pourquoi la plupart des gens n'arrivent pas à maintenir leur perte de poids, mais contrairement au corps, le cerveau est étonnamment influençable. Les recherches montrent constamment que les habitudes sont malléables—comme l’a largement montré Duhigg dans son premier livre—et les convictions peuvent changer. Avoir confiance en votre capacité à devenir plus productif au travail ne relève pas de la foi aveugle; il s’agit plutôt de consulter des décennies de recherches sur la manière dont transformer les convictions acquises aide les gens à modifier leur comportement.

«La clé pour apporter des changements consiste à être capable de comprendre comment changer la perception que vous avez de vous-même et du monde»explique Duhigg. Changer sa perception de soi-même et du monde est un défi de taille, mais ce n’est pas impossible. Je suis en train de tenter d’accepter l’idée que tout le monde pratique l’aveuglement volontaire sur un sujet ou sur un autre. Moi, par exemple, je me jette moi-même de la poudre aux yeux sur la beauté de mes cheveux, sur l'humour irrésistible de mes blagues sur Twitter et sur le fait que porter des chaussons au bureau est une excentricité charmante. Pourquoi ne pas en faire autant au sujet de l’importance de mon travail?

Alors voilà mes nouvelles réponses aux questions: «Pourquoi devrais-je éditer l’article de ce journaliste free-lance, ou répondre à ce mail, ou écrire un nouveau post de blog?» Parce que le faire permettra à Slate de publier des articles qui divertissent les lecteurs et peut-être même leur apprennent quelque chose qu’ils ne savaient pas avant. Parce que si je raye ces éléments de ma liste de choses à faire, je peux consacrer plus de temps à trouver d’autres projets sur lesquels j’ai vraiment très envie de travailler. Et parce que si je réalise ces tâches maintenant, elles me permettront d’avoir le temps et l’argent de faire les choses que j’aime après le travail. Ça ne sauve pas des vies, mais ça m’a tout l’air d’un pas dans la bonne direction.

L.V. Anderson                                                                                                                                        source

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