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Le monde selon Trump

Publié par MaRichesse.Com sur 10 Avril 2016, 11:21am

Catégories : #POLITIQUE, #PEOPLE, #MONDE, #ETATS-UNIS

Assassiner les familles des terroristes, rompre les alliances traditionnelles et tordre le bras aux partenaires économiques de l’Amérique : la politique étrangère du favori républicain inquiète jusque dans les rangs de l’armée.

 

Le monde selon Trump

Pressé depuis des semaines de clarifier sa stratégie diplomatique et militaire, Donald Trump a fini par s’exécuter, livrant des détails sur sa politique étrangère et ceux qui l’inspirent. Inclassable, imprévisible, inquiétante : sa vision du monde suscite une avalanche de critiques, et pas uniquement de la part de ses adversaires. Au sein des centres de réflexion et des universités américaines, la fronde anti-Trump s’organise, menée par des experts abasourdis par les positions du favori républicain. Donald Trump n’en a cure. Il promet de placer«l’Amérique d’abord». Quitte à remettre en cause l’ordre international en vigueur depuis des décennies.

 

Le roi du deal

Lorsqu’il est interrogé sur les affaires du monde, Donald Trump glisse souvent dans la réponse son expression favorite : «A better deal» («un meilleur accord»). Le rapprochement diplomatique avec Cuba ? «Une bonne chose, mais il faudra obtenir un meilleur accord», disait-il lors de la récente visite de Barack Obama à La Havane. L’accord nucléaire entre Téhéran et les grandes puissances ? «Une présidence Trump forcerait l’Iran à revenir à la table des négociations pour conclure un bien meilleur accord», martelait-il en septembre. Quant au processus de paix israélo-palestinien, l’homme d’affaires l’admet : c’est un graal que même lui, négociateur hors pair, aurait du mal à conquérir. «C’est la négociation la plus ardue de tous les temps. Mais j’adorerais tenter le coup.» Les journalistes du New York Times, qui ont longuement interrogé Donald Trump sur les questions de politique étrangère, concluent qu’il aborde «presque tout conflit international actuel à travers le prisme de la négociation».

 

L’imprévisible

Si Donald Trump génère plus d’attention médiatique qu’aucun autre candidat, il le doit principalement à l’effet de surprise perpétuel qui entoure sa campagne. Chaque meeting, chaque interview peut donner lieu à une déclaration tonitruante, de nouvelles insultes ou une bagarre entre pro et anti-Trump. Si beaucoup redoutent ce côté imprévisible, Donald Trump le considère au contraire comme un atout à utiliser dans les relations internationales.

La démocratie et la transparence ont, selon lui, rendu les Etats-Unis trop faciles à déchiffrer pour leurs ennemis. «Aujourd’hui, nous sommes totalement prévisibles. Et c’est mauvais», expliquait-il récemment au Washington Post. Trump prend un exemple concret : les tensions en mer de Chine méridionale, où Pékin continue de militariser des îlots inhabités. «Je ne voudrais pas qu’ils sachent ce que je pense vraiment», répond-t-il au New York Times qui lui demande jusqu’où il serait prêt à aller pour faire plier la Chine. «Nous avons un pouvoir économique colossal sur la Chine», ajoute-t-il, déterminé à utiliser «l’arme du commerce» contre Pékin. Sans plus de détails. «Certes, vous ne voulez pas être complètement prévisible. Mais vous ne voulez pas non plus être erratique, conseille Patrick Chovanec, spécialiste de la Chine et professeur associé à l’université de Columbia. Dans le cas de la mer de Chine, vous devez indiquer clairement quelles sont les lignes rouges et les intérêts américains.»

 

Money, money, money

Donald Trump le répète depuis des décennies : les Etats-Unis sont abusés par leurs alliés, qui profitent à moindre coût de la protection militaire américaine. Dès la fin des années 80, le businessman avait appelé le Japon et l’Arabie Saoudite à accroître leurs dépenses militaires. Selon lui, le coût lié au déploiement à l’étranger de dizaines de milliers de soldats américains «est en train de faire de nous une nation du tiers-monde. Les Etats-Unis ne peuvent plus se permettre d’être le gendarme du monde. Nous devons reconstruire notre propre pays». Membres de l’Otan, pays du Golfe, Japon, Corée du Sud : tous exploiteraient la générosité des Etats-Unis - et la stupidité de ses dirigeants. «On a été escroqués pendant de nombreuses années par des gens qui étaient plus intelligents, plus rusés, plus coriaces»,déclare-t-il au New York Times.

L’argument n’est pas totalement nouveau. Barack Obama et son ancien secrétaire à la Défense Robert Gates ont souvent appelé les membres de l’Otan à augmenter leurs dépenses militaires. Le président démocrate reproche en outre aux pays arabes de compter sur les Etats-Unis pour mener les batailles (notamment contre Daech) à leur place. Mais si le constat dressé par Trump est partiellement partagé, la réponse extrême qu’il y apporte - de la refonte de l’Otan au démantèlement, selon ses interventions - ne l’est pas. «C’est une chose de rappeler les pays de l’Otan à leur responsabilité de consacrer 2 % de leur PIB à leur défense. C’est très différent de dire que l’Otan est obsolète et doit être démantelée», explique Matthew Kroenig, ancien conseiller au Pentagone et professeur de relations internationales à l’université de Georgetown.

Le démantèlement de l’Otan n’est pas la seule idée radicale de Trump. Pêle-mêle, il propose de cesser tout achat de pétrole à l’Arabie Saoudite si elle ne déploie pas de troupes au sol contre Daech ; il envisage de retirer les soldats américains de Corée du Sud (27 500 hommes) et du Japon (49 000) si les deux pays n’augmentent pas leurs contributions financières ; il suggère, face à la menace nucléaire nord-coréenne, que Séoul et Tokyo se dotent eux aussi de l’arme atomique, rompant des décennies de consensus bipartisan à Washington sur la non-prolifération nucléaire.

 

L’anti-stratège

Au football, on appelle cela la «vista». Une capacité à avoir plusieurs coups d’avance qu’on retrouve aussi chez les champions d’échecs, les grands stratèges militaires et les fins diplomates. Donald Trump en est clairement dépourvu. «Sa déclaration sur les armes nucléaires montre qu’il n’a pas réfléchi au sujet, se lamente Patrick Chovanec, qui conseille le sénateur Ted Cruz sur les questions de politique étrangère. Il ne s’est pas demandé pourquoi nous sommes présents au Japon et en Corée du Sud, quelles seraient les conséquences de notre départ. Il n’a pas pesé le pour et le contre». Impulsif, le républicain donne l’impression de ne jamais réfléchir aux conséquences de ses propositions. Il brandit «l’arme du commerce» contre la Chine… sans évoquer les représailles potentielles de Pékin. Il suggère d’abandonner l’Otan… sans s’inquiéter de la réaction de la Russie. A l’issue de son long entretien avec le milliardaire, le New York Times résumait ainsi sa stratégie de désengagement du Moyen-Orient, où l’armée américaine dispose de nombreuses bases (Qatar, Emirats, Bahreïn, Arabie Saoudite) : «Il n’a pas évoqué les risques d’un retrait - que cela pourrait encourager l’Iran à dominer la région, que la présence de troupes américaines s’inscrit dans le cadre de la défense d’Israël et que les bases aériennes ou navales américaines dans la région sont cruciales pour la collecte de renseignement et abritent drones et forces spéciales.»

 

Dr. Folamour vs l’état islamique

Seule entorse à cette diplomatie isolationniste et financière : la lutte contre l’Etat islamique. Sur ce dossier, Donald Trump est disposé à mettre le paquet. Avec un plan simple : «Bomb the shit outta them»,qu’on pourrait traduire en bon français par «bien leur bombarder la gueule». «Je bombarderais ces abrutis. J’exploserais les pipelines, les raffineries. J’exploserais chaque centimètre carré, il ne resterait rien.» Pour s’en assurer, Donald Trump refuse d’ailleurs de se priver d’une quelconque option, y compris celle d’une frappe nucléaire. Au cours de la campagne, Donald Trump a en outre plaidé pour la torture des suspects de terrorisme et l’assassinat de leurs familles. «On ne peut pas le faire et, eux, ils peuvent couper des têtes, a-t-il déploré la semaine dernière. Le problème, ce sont les conventions de Genève et toutes les sortes de règles et régulations. Nos soldats ont peur de se battre.» Ces déclarations suscitent un profond malaise, aussi bien parmi la classe politique qu’au sein de l’armée américaine. Fin février, le général à la retraite Michael Hayden, ancien patron de la CIA et de la NSA, estimait que les militaires auraient peut-être le devoir de refuser d’exécuter les ordres d’un président Trump. Un avis que partage le colonel Peter Mansoor : «Il faudra voir quels ordres Trump donne réellement s’il est élu, explique à Libération cet ancien bras droit du général Petraeus en Irak. Mais s’il franchit les limites, s’il s’agit de tuer des civils, d’assassiner les familles de terroristes ou de torturer des prisonniers, alors je pense qu’un certain nombre de militaires refuseraient d’obéir.»

 

Un homme seul et mal accompagné

Curieux de savoir qui aidait Donald Trump à façonner sa politique étrangère, la chaîne NBC lui a posé la question. Réponse du milliardaire : «Je me parle à moi, en priorité, parce que j’ai un très bon cerveau. Je parle à beaucoup de gens, mais mon premier conseiller, c’est moi-même, et j’ai un bon instinct pour ces trucs.»

Les spécialistes ne sont pas vraiment du même avis. Plus de 120 experts républicains des questions de sécurité, défense et diplomatie ont signé récemment un manifeste appelant à faire barrage à Donald Trump. «En tant que président, il utiliserait l’autorité de sa fonction pour agir d’une façon qui rendrait l’Amérique moins sûre et qui diminuerait notre position dans le monde», écrivent les signataires. Il y a une dizaine de jours, Donald Trump a finalement dévoilé une liste de cinq conseillers en politique étrangère, qui a laissé pantois le microcosme washingtonien. La plupart sont d’illustres inconnus, certains affichent un CV ou une expérience douteuse. L’un d’entre eux, Walid Phares, chercheur d’origine libanaise, est un ancien conseiller des milices chrétiennes pendant la guerre civile au Liban et est accusé d’islamophobie depuis des années par les organisations américaines de défense des musulmans. A sept mois de l’élection présidentielle, Donald Trump peut-il mieux s’entourer ? «C’est improbable pour deux raisons,estime Matthew Kroenig, de l’université de Georgetown. La première, c’est qu’il n’a pas l’air intéressé. La seconde, c’est que la grande majorité des experts républicains en la matière ont promis de ne pas travailler avec lui.»

Si l’homme d’affaires remporte l’investiture du Parti républicain, beaucoup à Washington espèrent qu’une candidature conservatrice indépendante émergera. Dans le cas contraire, certains n’hésiteront pas à faire barrage à Donald Trump dans les urnes. «Je voterai pour le candidat démocrate, y compris si c’est Bernie Sanders, confie le colonel Peter Mansoor. Il est peut-être socialiste, mais lui au moins a une conscience morale.» 

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