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Conseils, science, sante et bien-être


Le charme discret du badminton

Publié le 29 Avril 2016, 10:16am

Catégories : #SPORTS

Le charme discret du badminton

Le «bad» est bloqué par son succès.

Organisés en Vendée du 26 avril au 1er mai, les Championnats d’Europe de badminton sont une étape importante dans la courte vie de cette discipline, qui cherche à accompagner sa croissance tout en gagnant de la visibilité et de la notoriété. Six ans après avoir accueilli les Championnats du monde à Paris, le«bad» tricolore espère décrocher une ou plusieurs médailles dans les cinq compétitions continentales (simples, doubles et double mixte) avec notammentBrice Leverdez, 30 ans, 44e mondial et 8e européen, en chef de file devant la jeune génération incarnée chez les hommes par Lucas Corvée, nouveau champion de France à 22 ans, et Lucas Claerbout, 23 ans, sans oublier Delphine Lansac, 20 ans, 51e mondiale chez les femmes. Mais un titre suprême paraît difficilement accessible.

Créée en 1979, la Fédération française de badminton est un cas dans l’univers sportif national. Chaque année, dans une trajectoire de hausse jamais interrompue depuis plus de trente-cinq ans, elle augmente le nombre de ses licenciés –180.000 en 2015, vers 185.000 en 2016– mais peine encore à bénéficier des structures qui seraient susceptibles de mieux encadrer sa pratique. Comme le basket, mais à une autre échelle, car la balle orange a bénéficié de l’impact des stars françaises de la NBA pour accélérer le rythme du recrutement de ses licenciés, le badminton est bloqué, en quelque sorte, par son succès, qui ne se s’est appuyé sur aucun effet de levier créé par un champion emblématique.

Dans le badminton mondial, écrasé par les asiatiques, à commencer, bien sûr, par les Chinois, qui trustent les honneurs, la France n’a jamais véritablement trouvé le porte-étendard susceptible de l’imposer sur la scène internationale. Chinoise de naissance, Pi Hongyan, qui avait choisi l’exil pour vivre son rêve olympique et avait opté pour la nationalité française, avait été une petite exception dans les années 2000. Sa médaille de bronze aux Championnats du monde en simple en 2009 et ses trois médailles (une en argent, deux en bronze) aux Championnats d’Europe en 2004, 2008 et 2010 avaient aidé le badminton à mieux se faire connaître dans l’Hexagone. Mais les Jeux olympiques, seule véritable caisse de résonance sur le plan médiatique pour ces sports de l’«ombre», ne lui avaient pas permis de bouleverser la donne.

Plafond de verre

Il y a trente ans, le badminton n’existait pas ou presque en France. La décision prise par le Comité international olympique (CIO) à Berlin, en 1985, d’inscrire ce sport au programme officiel des Jeux de Barcelone en 1992 a été le point de départ d’un engouement jamais démenti depuis et dont la genèse doit énormément aux professeurs d’EPS, qui ont été alors séduits par une discipline à la fois liée à l’enfance –qui ne s’est pas amusé avec un volant sur la plage ou dans la rue?– et qui permettait surtout d’impliquer un maximum d’élèves dans un espace relativement réduit. Aujourd’hui, le badminton est devenu l’un des trois sports majeurs au collège et au lycée, avec le cross-country et le handball, en représentant environ le quart du million des licenciés de l’Union nationale du sport scolaire (UNSS).

Nous sommes les petits derniers de la famille des sports en salle et nous devons trouver notre place face à nos aînés

Richard Remaud, président de la Fédération française de badminton

«En moins de trente ans, nous sommes passés de 300 à 2.000 clubs, créés souvent par d’anciens lycéens de la charnière des années 1980-1990, raconteRichard Remaud, jeune président de 45 ans de la Fédération française de badminton, dont il a pris les rênes en 2013. Mais nous sommes les petits derniers de la famille des sports en salle et nous devons trouver notre place face à nos aînés.»

En effet, cette montée en puissance se heurte désormais au plafond de verre constitué par la question des équipements, qui peuvent manquer pour les fédérations les plus dynamiques comme le basket et le badminton, obligées de refuser du monde dans nombre d’endroits. Les municipalités, qui gèrent les espaces publics dédiés au sport comme les gymnases, se retrouvent du coup au cœur des éventuelles tensions pouvant exister entre les différentes disciplines luttant pour leurs créneaux horaires. D’un côté, il s’agit de ne pas sanctionner des sports en perte de vitesse en diminuant le niveau de leurs réservations de terrains. De l’autre, il faut tenter de répondre à la demande plus forte de sports plus porteurs, qui voient néanmoins l’attribution des créneaux évoluer moins vite que la demande réelle des habitants et qui, à l’arrivée, sont donc «perdants». Arbitrages délicats où la susceptibilité de chacun, dans un contexte de surcroît local, est à mettre en balance.

Pour ces sports ayant le vent en poupe, il y a donc une volonté de sortir aujourd’hui du modèle de la salle polyvalente et de faire construire des équipements spécifiques pour leur sport ou semi-spécifiques, c’est-à-dire partagés avec un nombre limité d’autres sports. C’est le cas du badminton, qui s’est trouvé notamment quelques affinités avec la fédération d’escalade en raison de la hauteur de plafond nécessaire pour les deux sports.

«Culture de haut niveau»

Au-delà de l’argent des licences, le badminton cherche aussi de nouvelles ressources pour financer ces structures plus privées, dont le coût peut être compris entre 700.000 euros et 1 million d’euros pour un équipement dédié. Le problème est évidemment de convaincre des collectivités –mais aussi des investisseurs indépendants– de (co)financer des salles pour un ou deux ou sports uniquement. «Dans une zone urbaine avec un manque avéré, cela peut avoir du sens, souligne Pierre Messerlin, ancien directeur adjoint de cabinet au ministère des Sports qui conseille désormais la Fédération de badminton au niveau de ses relations institutionnelles. Dans une zone rurale à faible densité, le défi est plus compliqué, mais pas impossible.» Le badminton se trouve à cette croisée des chemins avec, déjà, un projet avancé qui pourrait prendre forme à Paris intramuros par le biais d’une Maison du badminton, sorte de mini Roland-Garros du «bad» concentrant à la fois le siège fédéral, un centre de formation et des terrains.

Toutefois, la poursuite de cette aventure ne pourra être validée à terme que par l’apparition d’un(e) champion(ne) français(e). Dans cet objectif, et en se plaçant à rebours de la majorité des fédérations peu sujettes à aller voir ailleurs, le badminton français a enrôlé le Danois Peter Gade en tant que directeur de la performance. Ancien numéro 1 mondial et quintuple champion d’Europe, issu d’un pays faisant figure de modèle en Europe face aux nations asiatiques, Gade a pour mission «de partager sa culture de haut niveau et d’installer le badminton français dans le Top 3 européen et Top 10 mondial dans les années 2020», selon les mots de Richard Remaud. Dans l’hypothèse où Paris décrocherait l’organisation des Jeux olympiques de 2024 –perspective qui accélèrerait inévitablement ce développement–, le but serait alors d’approcher les 250.000 licenciés à ce moment-là.

Dans le «vieux monde» du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), souvent adepte d’un statu quo stérile, Richard Remaud et Jean-Pierre Siutat, le président de la Fédération française de basket, sont souvent perçus comme des agitateurs d’idées et des empêcheurs de tourner en rond. Mais le succès de leurs fédérations n’est pas le garant d’une transformation globale de la gouvernance du sport dans un pays où le mot changement, galvaudé à force d’être mis à toutes les sauces, se vide rapidement de sens. Comme un volant de badminton, le point d’arrivée n’est pas toujours là où il était attendu…

Yannick Cochennec                                                                                                                          source

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