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Conseils, science, sante et bien-être


Il n’y a pas de fumée sans feu

Publié par MaRichesse.Com sur 10 Avril 2016, 09:42am

Catégories : #MONDE, #INSOLITE

Il n’y a pas de fumée sans feu

La RTBF a récemment diffusé un excellent documentaire sur ces théories, dans son magazine « Questions à la Une » . On y voit comment l’équipe de journalistes, pour mieux comprendre les mécanismes de ces théories, va en fabriquer de toutes pièces : « Sida/Cuba : la vérité sous blocus ». En partant d’une information vraie (des scientifiques cubains ont annoncé avoir mis au point un vaccin contre le sida), ils vont élaborer une narration (car il ne s’agit de rien d’autre) selon laquelle la CIA a inventé le sida pour combattre Cuba, ce qui explique le blocus de l’île. Mais comme les Cubains ont trouvé le vaccin, la France et les USA veulent récupérer celui-ci, ce qui explique pourquoi le blocus va être levé et pourquoi ces deux pays s’empressent de renouer des relations diplomatiques avec l’île de Castro. CQFD.

 

 

Comment ça marche ?

Le documentaire décrit parfaitement les principes et recettes des thèses conspirationnistes, diffusées par des sites (dont celui d’Alain Soral ou celui de Dieudonné) dont l’audience est incroyablement forte, bien au-delà de celle des sites d’information traditionnels. Première règle : le noir est blanc, le faux est vrai. Surtout ne jamais prouver : la thèse conspirationniste n’est jamais autrement démontrée que par une accumulation de petits faits dont certains sont vrais. « Une touche d’invérifiable, une pincée de vrai, une goutte de probable et beaucoup, beaucoup de faux »…

C’est la même technique qu’utilise l’accusation dans les purges staliniennes dénoncées par Costa-Gavras dans son film « L’aveu » : joindre des petits faits vrais, sortis de leur contexte, pour tisser un grand mensonge. Toutes les théories du complot partent d’un fait authentique : les attentats du 11 septembre, de Charlie-Hebdo, du Bataclan… Après, on pioche sur la toile (jamais dans des livres) et on établit des liens, des « coïncidences » trop troublantes pour ne pas cacher une vérité – car bien entendu, « on nous cache tout, on nous dit rien, plus on apprend plus on ne sait rien », comme le chantait déjà Dutronc en 1966. Et la sagesse populaire ne le dit-elle pas : « Il n’y a pas de fumée sans feu » ? Il faut n’avoir jamais vu de brouillard pour croire qu’il n’y a pas de fumée sans feu…

 

Une fois rassemblés les « informations », ou plutôt les ingrédients de cette désinformation, il faut les agencer : une musique inquiétante, une photo choc, un titre accrocheur qui sous-entend l’idée d’une vérité cachée, et bien entendu la dédicace aux victimes. Ensuite, un commentaire débité sur un ton neutre et « objectif ».

Si l’on peut glisser quelques vérités historiques au milieu, c’est encore mieux. Tous les romanciers connaissent ce truc : pour valider une fiction, rien de tel que de faire apparaître Napoléon qui vient serrer la main du héros, lequel n’a jamais existé dans la réalité. Il n’en sera que plus « réel », plus crédible aux yeux du lecteur. « On ne raconte pas une histoire parce qu’elle est vraie ; elle est vraie parce qu’on la raconte », comme le rappelle justement André Campion. Et la vérité n’est jamais qu’une construction narrative sur des événements définitivement hors de portée. Ce qui compte, ce n’est d’ailleurs pas le vrai, mais le vraisemblable.

Or, ces théories du complot, pour qui ne prend pas la peine de vérifier les informations, sont justement, au moins dans un premier temps, « vraisemblables ». On y parle de services secrets, d’intérêts économiques, de développements médicaux… Toutes choses qui se développent dans l’ombre et qui, du coup, permettent toutes les affabulations. Car moins en on sait, plus on peut inventer. L’humain déteste le vide et il a inventé les religions pour comprendre l’incompréhensible. À tout prendre, les théories du complot sont des micro-cultes exercés par des prêtres ratés.

Les ennemis des complotistes

Tous ceux qui créent et propagent les feuilletons de la grande série du complot partagent les mêmes ennemis et les mêmes détestations, au premier rang desquels les médias et les politiques. En quoi ils participent au populisme généralisé dont certains leaders politiques font leur fond de commerce. Sarkozy ou Berlusconi alimentent la théorie du complot mené contre eux par un appareil judiciaire inféodé à la gauche ; Donald Trump surfe sur la vague du complot exercé par l’establishment pour préserver son pouvoir et conserver le contrôle de la nation ; les Le Pen ne cessent d’incriminer les médias à la solde d’un pouvoir corrompu, fût-il de droite ou de gauche.

Ce qui complique encore l’approche, c’est qu’il y a également, dans la couverture et l’analyse d’événements, une part possible de propagande, ou du moins un « point de vue privilégié » qui conduit les médias à présenter les informations selon un certain angle. La Russie de Poutine a beau jeu de dire que la manière dont la presse occidentale couvre les événements d’Ukraine est tendancieuse et omet volontairement la présence d’éléments d’extrême droite parmi les forces ukrainiennes antirusses.

 

 

Doute ou suspicion ?

L’éloge du doute est justifié et tout journaliste consciencieux, tout intellectuel – et finalement tout citoyen – sait que le doute est une arme et un outil indispensables pour comprendre le monde dans lequel nous vivons et le maîtriser, tant que faire se peut. La science ne se développe pas sans douter, ce qui conduit à rechercher la preuve, à mettre à l’épreuve nos intuitions autant que nos certitudes. Mais justement, la théorie du complot omet la preuve et utilise le flou pour valider une hypothèse farfelue. La théorie du complot n’est pas la déclinaison d’un doute méthodique ; elle est le fruit pourri d’une suspicion généralisée.

À qui la faute ? Bien sûr, le développement d’Internet contribue pour beaucoup au succès de ces élucubrations ; mais l’outil n’est pas responsable de l’utilisation que l’on en fait. Et c’est ici que je relie la théorie du complot aux Panama Papers ; ces derniers apportent une preuve supplémentaire de la corruption de plus en plus généralisée qui touche nos élites, politiques et surtout financières. Le dossier confirme, hélas, que ces élites sont d’abord, sinon exclusivement préoccupées par leurs intérêts personnels, et non par le bien commun, même lorsqu’elles sont supposées, par leurs charges, le défendre et l’administrer. Par rapport aux révélations précédentes, l’ampleur de l’affaire Panama joue elle aussi sur la quantité ; on découvre de plus en plus de corrompus, de fraudeurs, de gens sans scrupule décidés à tout pour s’enrichir toujours davantage et des auxiliaires à ces fraudes toujours plus imaginatifs. Ce climat de suspicion – et non pas de doute –, est un terreau idéal pour les théories du complot. On le sait : la fiction dépasse toujours la réalité, non ? Et puisqu’on nous cache tout, la moindre dénonciation, même sans preuve, semblera « vraie » puisque « la réalité » est certainement encore pire…

Le documentaire de la RTBF s’interroge sur les manières de combattre ce fléau. On pointe la nécessité de créer des digues pour les indécis et de leur fournir les outils pour déconstruire ces mensonges. D’autres initiatives vont dans ce sens . Mais fondamentalement, tant qu’il n’y aura pas une révolution dans la manière dont le monde est gouverné, tant que le service public ne repassera pas devant l’intérêt personnel, les théories du complot continueront à proliférer. Et il sera toujours plus difficile de lutter contre elles… 

 Source

 

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