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Croissance mondiale : le FMI est plus pessimiste que jamais

Publié le 19 Avril 2016, 13:42pm

Catégories : #ECONOMIE

Croissance mondiale : le FMI est plus pessimiste que jamais

La croissance économique mondiale est « trop faible, depuis trop longtemps ». Dévoilé mardi 12 avril, le nouveau diagnostic du Fonds monétaire international (FMI) est encore plus pessimiste que les précédents. Selon la dernière édition des Perspectives de l’économie mondiale, le PIB mondial ne devrait s’accroître que de 3,1 à 3,2 % en 2016 et de 3,5 % en 2017, un niveau « décevant », selon Maurice Obstfeld, l’économiste en chef de l’institution créée en 1944. La dernière prévision, faite en janvier, tablait sur une croissance de 3,4 % de la richesse mondiale en 2016.

Dans un discours prononcé devant le who’s who de la finance mondiale réuni cette semaine à Washington pour les traditionnelles réunions de printemps du Fonds et de la Banque mondiale, M. Obstfeld n’a pas caché son inquiétude. « Nos prévisions sont de moins en moins optimistes », a souligné cet universitaire, nommé au FMI en septembre 2015, et qui était auparavant conseiller économique du président américain, Barack Obama.

Demande en berne

Les risques qui pèsent sur l’économie mondiale sont bien connus : la chute du prix du pétrole, les conséquences de la guerre en Syrie, les menaces terroristes, ou encore la perspective du « Brexit » (c’est-à-dire la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne). Mais ce qui laisse le FMI perplexe, c’est l’absence d’efficacité des remèdes conventionnels.

Compte tenu des politiques monétaires « accommodantes » des banques centrales, l’argent n’a jamais été si bon marché, et pourtant, la demande, qu’il s’agisse de laconsommation ou de l’investissement, est en berne. S’ils ne veulent pas s’enliser dans une situation que plusieurs économistes, parmi lesquels l’Américain Lawrence Summers, qualifient de « stagnation séculaire », les Etats doivent réagir « immédiatement ». « Il n’y a plus beaucoup de place pour l’erreur », a averti Maurice Obstfeld.

 

Dans ce contexte incertain, le FMI se soucie plus particulièrement de l’avenir des pays émergents, frappés de plein fouet par l’effondrement du prix des matières premières. Tant qu’ils n’auront pas diversifié leur économie, un retour à la croissance semble peu probable. « En principe, les pertes enregistrées par les pays producteurs devraient setraduire par des gains équivalents pour les pays importateurs, mais le bilan s’avère négatif », soulignent les économistes du Fonds. Entre janvier et avril, ils ont notamment abaissé de 0,9 point leurs perspectives pour le Nigeria, premier exportateur africain de pétrole, dont la croissance devrait se limiter à + 2,3 % en 2016.

Le Brésil, plongé dans une grave crise politico-financière, et la Russie, frappée par les sanctions liées à l’Ukraine, devraient de leur côté s’enfoncer dans la récession cette année avec un PIB en recul respectivement de 3,8 % et 1,8 %, d’après ces nouvelles prévisions. La Chine tire bien mieux son épingle du jeu avec une croissance de 6,5 % un peu plus dynamique que prévu.

Les Douanes chinoises ont annoncé mardi 12 avril un rebond marqué des exportations de la Chine en mars (+ 11,5 %), qui interrompt un plongeon de plusieurs mois. Ce résultat, s’il dure, est de nature à conforter le diagnostic du Fonds. Mais la transition de Pékin vers une économie davantage fondée sur la consommation pourrait être « moins douce » que prévu, au risque de créer de nouvelles turbulences financières, avertit le FMI.

Le quasi statu quo que l’organisation internationale prédit aux économies avancées n’est guère plus enthousiasmant : ses estimations pour les Etats-Unis comme pour la zone euro sont encore plus faibles que prévu (− 0,2 point), avec une croissance de 2,4 et 1,5 % respectivement. Selon ses calculs, le Japon devrait par ailleurs tomber en récession en 2017. Dans ces économies, « l’impact négatif de la démographie, la faible croissance de la productivité et les séquelles de la crise financière continuent d’entraver la reprise de l’activité », regrette le FMI.

Réformer le marché du travail

L’ordonnance du Fonds est assez classique, avec les politiques de grands travaux comme bon vieux remède. « Pour un certain nombre de pays, il peut être opportun d’investir dans les infrastructures (…) afin de profiter de la baisse des taux réels d’emprunt », indique Maurice Obstfeld. Afin d’inciter les entreprises à investir, notamment dans la recherche, l’économiste encourage aussi les gouvernements à adopter des politiques fiscales plus « amicales ». Le tout sans plomber les finances publiques.

Préoccupé par le niveau élevé du chômage dans de nombreux pays, le Fonds consacre un chapitre entier de son rapport à la réforme du marché du travail. Pour faciliter letravail des femmes par exemple, il plaide pour des réductions du coût des gardes d’enfant, des aménagements dans les congés parentaux et des allégements d’impôts sur le deuxième salaire au sein d’un couple. Il insiste aussi sur la nécessité de mieux intégrer les jeunes en mettant l’accent sur la formation, la baisse des cotisations sociales et l’adoption d’un salaire minimum spécifique. L’intégration des migrants fait l’objet de recommandations spécifiques comme l’autorisation de travailler pendant l’examen de la demande d’asile, la prise en charge d’une partie de leur salaire ou encore la reconnaissance des qualifications professionnelles.

Le Fonds suggère en revanche de limiter la durée et le niveau des indemnités versées à ceux qui ont perdu leur emploi et de faciliter l’ajustement du temps de travail et du salaire en fonction de l’activité. Il reconnaît cependant que les effets de telles réformes peuvent créer des tensions à court terme. « Des réformes dans les systèmes de protection de l’emploi peuvent déclencher des licenciements rapidement alors que les embauches peuvent prendre plus de temps à se concrétiser », reconnaît le rapport.

Conscient qu’un tel exercice d’équilibrisme est loin d’être gagné à l’échelle mondiale, le FMI demande aux Etats de plancher sur un « plan de secours » au cas où la croissance économique continuerait de ralentir. Pour « améliorer à la fois le fonctionnement du système monétaire international et la stabilité des marchés financiers, lacoopération internationale est fondamentale », a-t-il insisté. « Beaucoup de progrès ont été accomplis depuis la crise financière [de 2008] mais il reste beaucoup à faire. » Un constat qui sonne d’abord comme un aveu d’impuissance.

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