Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Marichesse.com

Marichesse.com

Conseils, science, sante et bien-être


Comment dix marins américains ont failli déclencher une crise en Iran

Publié par MaRichesse.Com sur 8 Avril 2016, 09:10am

Catégories : #GUERRE, #PAIX

Comment dix marins américains ont failli déclencher une crise en Iran

Des pannes mécaniques aux problèmes de communication, voilà les raisons du fiasco.

Les dix militaires américains n’étaient pas habitués à ce type de mission et ils tentaient de rattraper un retard.

Rejoignant Bahreïn depuis le Koweït, les marins américains n’avaient jamais traversé le Golfe persique dans des petits navires de patrouille et ils n’étaient pas habitués à voyager sur de si longues distances à bord de bateaux conçus pour des missions plus courtes, dans des eaux côtières ou sur des rivières.

Le 12 janvier 2016, leur mission de routine se transforma en cauchemar alors qu’ils naviguaient dans les eaux iraniennes au large de l’île Farsi, dans le Golfe persique. Des militaires iraniens membres des Gardiens de la révolution entourèrent les deux bateaux américains et forcèrent les militaires à se rendre en se mettant à genoux, mains sur la tête. L’Iran publia une vidéo de cette scène humiliante et maintint les marins captifs seize heures durant, avant qu’une suite intense d’appels téléphoniques entre les plus hauts responsables de la diplomatie à Washington et Téhéran n’aboutisse à leur libération.

Cet incident, qui fait encore l’objet d’une enquête au sein de l’armée américaine, a soulevé plusieurs questions embarrassantes, non seulement au sujet de l’équipage en question mais surtout à propos des opérations militaires américaines et de la préparation des troupes dans ces eaux, dans lesquelles des vaisseaux américains naviguent depuis des dizaines d’années et qui comptent parmi les plus stratégiques et explosives au monde.

Problèmes mécaniques, pannes des systèmes de communication, manque de préparation et d’entraînement à la navigation… Tous ces éléments ont joué un rôle dans l’événement, comme l’a appris Foreign Policy auprès d’officiels et de personnes proches de l’affaire.

 

 

Tempête politique

 

Survenant quelques jours seulement avant l’entrée en vigueur d’un accord important avec l’Iran sur le nucléaire, la capture des marins pouvait potentiellement se transformer en crise internationale majeure. L’incident a suscité une véritable tempête politique à Washington. Les détracteurs de la politique iranienne du président Obama citent désormais l’incident et ses suites comme une preuve de plus que Washington ménage beaucoup trop Téhéran et cache certains détails aux parlementaires.

Plusieurs officiels ont déclaré à Foreign Policy que les résultats de l’enquête initiale de la marine américaine avaient été transmis fin février au commandant de la Cinquième Flotte, le vice-amiral Kevin Donegan, qui supervise les forces navales au Moyen-Orient. Il dispose de trente jours pour passer les dossiers en revue, décider si un autre travail d’enquête est nécessaire et recommander ou non des poursuites ou des sanctions à l’encontre des dix militaires ou de leurs supérieurs. D’autres officiers de haut rang analyseront alors ces recommandations avant que le chef des opérations navales ou le vice-chef ne prenne la décision finale.

C’est alors qu’ils cherchaient à retrouver le tanker d’approvisionnement en carburant que les bateaux pénétrèrent dans les eaux territoriales iraniennes, à l’ouest de la minuscule île Farsi

Plusieurs personnes –parmi lesquelles des représentants du gouvernement américain, des membres du Congrès et d’autres personnes au courant des détails de l’incident– ont accepté de parler de l’affaire à Foreign Policy à la condition que leur anonymat soit respecté en raison de l’enquête en cours.

Dans le même temps, John McCain (R-Ariz.), président du Comité des forces armées du Sénat, a accusé le gouvernement de traîner les pieds et a demandé à ce qu’il fournisse un rapport complet aux parlementaires. À défaut, a-t-il déclaré, il assignera les marins à comparaître, au risque d’entraîner des auditions publiques potentiellement embarrassantes.

 

Mauvaise direction

Les marins arrêtés en Iran avaient été formés pour piloter des RCB («riverine command boats», petits navires rapides d’environ quinze mètres de long, habituellement affectés au transport de forces spéciales, aux patrouilles dans les eaux côtières ou aux escortes de bateaux plus importants). Les marins, sous le commandement du lieutenant de 27 ans David Nartker, avaient reçu pour ordre de rejoindre Bahreïn pour prendre part à un exercice et avaient eu moins de vingt-quatre heures pour se préparer. Un seul des trois bateaux mis à leur disposition fonctionnait correctement. Les membres de l’équipage durent prélever une partie de moteur sur l’un des deux bateaux hors d’usage afin de pouvoir au moins faire fonctionner l’un des deux.

Le trajet faisait environ 240 milles nautiques, soit plus de deux fois la distance à laquelle ils étaient habitués. Les deux RCB devraient donc refaire un plein de carburant en pleine mer, à mi-chemin environ, nous a indiqué un responsable américain, qui nous a confirmé les détails de ce voyage.

Ayant eu des problèmes pour faire fonctionner leur matériel de communication, les marins partirent du Koweït avec trois heures de retard. Ce départ tardif mit beaucoup de pression sur les militaires, qui essayaient de calculer à quel moment de la journée il leur faudrait reprendre du carburant, ainsi que la vitesse optimale de leurs bateaux, d’après une deuxième source proche de l’affaire.

N’étant pas formé aux réapprovisionnements nocturnes, l’équipage demanda à ce que le tanker les rejoigne avant la tombée de la nuit. La prise de rendez-vous se révéla difficile en raison de l’absence de communication directe avec le tanker, les messages devant avant toute autre chose passer par un centre de commande situé à un emplacement secret dans la région. C’est alors qu’ils cherchaient à retrouver le tanker d’approvisionnement en carburant que les bateaux pénétrèrent dans les eaux territoriales iraniennes, à l’ouest de la minuscule île Farsi.

Les marins américains utilisaient un système GPS pour naviguer, mais Farsi est une île si petite qu’elle n’apparaissait pas à l’écran lorsqu’ils dézoomaient pour avoir une vue plus large. Lorsqu’ils arrivèrent à portée de vue de l’île, les Américains ne savaient même pas qu’il s’agissait de Farsi, nous a dit une personne ayant entendu les récits des marins.

Des écoliers iraniens reconstituent la détention des marins américains par les Gardiens de la révolution lors du 37e anniversaire de la Révolution islamique, le 11 février 2016, à Téhéran | STR/AFP

Durant le trajet, les positions et directions des deux bateaux étaient automatiquement relayées au centre de commande toutes les trente minutes via un système électronique de pistage, nous a expliqué le responsable américain. Mais, pour des raisons encore inconnues, ni les officiers en charge, ni personne d’autre au centre de commande, n’informa les militaires qu’ils allaient dans la mauvaise direction.

 

En joue

Circulant à vitesse rapide, les deux vaisseaux américains auraient pu traverser la zone sans rencontrer de patrouille iranienne. Mais l’un des bateaux (celui qu’il avait fallu réparer au Koweït) tomba en panne. Les marins étaient en train d’essayer de faire redémarrer le moteur lorsque arrivèrent deux bateaux de patrouille des Gardiens de la révolution iranienne, qui mirent immédiatement les Américains en joue. L’un des militaires américains agita une clé à molette en l’air, afin de leur faire comprendre qu’ils avaient eu un problème de moteur et qu’ils n’avaient pas d’intention hostile. Mais les Iraniens ne proposèrent pas de les aider: peu de temps après, un autre bateau iranien arriva sur place, suivi par un quatrième, plus grand et plus lourdement armé.

Alors que les Iraniens encerclaient les bateaux, les marins américains parvinrent à réparer le moteur défectueux. Les Américains faisaient désormais face à un choix. Dotés de Browning M2 et de GAU-19, ils avaient une puissance de feu supérieure à celle des Iraniens. En outre, leurs RCB étaient plus gros que les patrouilleurs iraniens. Mais s’échapper aurait impliqué d’ouvrir le feu sur les forces iraniennes ou d’éperonner leurs bateaux –actions qui auraient pu avoir des conséquences bien plus graves. Nartker, le jeune officier américain en charge de l’opération, préféra coopérer.

Lors de cette rencontre très tendue, il y eut toutefois un moment comique. Alors qu’ils inspectaient le matériel et les équipements du bateau, les Iraniens montrèrent un chargeur d’iPhone 6 avec un air accusateur. Il fallut un certain temps aux marins américains pour convaincre les Iraniens qu’il s’agissait juste d’un nouveau type de chargeur de téléphone portable et non d’une arme hautement sophistiquée.

Après avoir demandé aux Américains de s’agenouiller, les mains sur la tête, les soldats iraniens les emmenèrent sur l’île voisine de Farsi pour les interroger un par un. On leur servit des repas. À un moment, les plats leur furent retirés puis resservis à nouveau afin que la scène puisse être immortalisée par la caméra. On leur mit un bandeau sur les yeux et ils furent exhibés à la télévision d’État iranienne à des fins de propagande, mais, en dehors de cela, les marins affirment ne pas avoir subi de mauvais traitement, physique ou psychologique.

 

Télévision iranienne

Pendant ce temps, au centre de commande américain, les officiers avaient vu grâce au GPS des RCB que les bateaux apparaissaient dans les eaux iraniennes à proximité de l’île Farsi. Le commandement américain envoya un croiseur, l’USS Anzio, un garde-côte américain et un navire britannique pour aller leur porter assistance. Néanmoins, le timing de cette réponse reste peu clair (on ignore également si les officiers américains savaient que les vaisseaux américains avaient rencontré les patrouilleurs iraniens). Lorsque l’équipe de sauvetage arriva, les soldats américains étaient déjà aux mains des Iraniens.

Un des militaires américains agita une clé à molette en l’air, afin de leur faire comprendre qu’ils avaient eu un problème de moteur et qu’ils n’avaient pas d’intention hostile

Après plusieurs appels téléphoniques passés entre le secrétaire d’État américain John Kerry et son homologue iranien Mohammad Javad Zarif, les marins furent informés qu’ils allaient être libérés. Les Iraniens filmèrent l’un des membres de l’équipage en train de pleurer de soulagement à l’annonce de sa libération.

D’autres officiers iraniens (sans doute des officiers du renseignement) arrivèrent pour superviser la libération des Américains. Alors que les officiers de haut rang regardaient impatiemment leurs montres, un officier moins gradé insista pour interroger une dernière fois Nartker face aux caméras:

«C’était une erreur de notre part et nous nous en excusons, déclara ce dernier. Il y a eu un quiproquo. Nous ne voulions pas pénétrer dans les eaux territoriales iraniennes.»

Reste à savoir si ces excuses enregistrées violent le code de conduite des militaires américains ou si ce dernier n’est même pas applicable, étant donné que les États-Unis ne sont pas en conflit armé avec l’Iran. Ces excuses télévisées furent citées par des politiciens conservateurs américains comme preuve de la politique d’«apaisement» envers Téhéran. Toutefois, plusieurs experts et officiers américains ont expliqué qu’ils pensaient que l’enquête militaire allait porter plus sur les raisons de l’erreur de navigation que sur les déclarations faites à la télévision iranienne.

 

Divulgations limitées

Dans les jours ayant suivi la libération des marins, leurs responsables affirmèrent que les équipages avaient fait une erreur de navigation. Mais, à mesure que sortaient de nouveaux détails sur l’incident, ils commencèrent à dire que les choses n’étaient pas aussi tranchées et que les commandants de la zone concernée (et pas uniquement les marins faits prisonniers) faisaient aussi l’objet d’une enquête:

«Nous ne sommes en train de chercher un bouc émissaire. L’enquête ne vise pas uniquement les marins impliqués, mais aussi la chaîne de commandement, comme l’a déclaré un responsable américain à Foreign Policy. Il est important d’établir des responsabilités, mais il est encore plus important de voir ce que l’on peut en apprendre et de s’assurer que cela ne se reproduise plus.»

L’affaire a soulevé pour les militaires tout un ensemble de questions restées pour l’instant sans réponses: les RCB étaient-ils correctement entretenus? les officiers s’étaient-ils assurés de la bonne préparation des marins? les équipages des bateaux avaient-ils été briefés sur la navigation dans le Golfe persique? qui surveillait les bateaux lorsque, partant du Koweït, ils ont commencé à dévier vers les eaux iraniennes?

À Washington, les membres du Comité des forces armées du Sénat ont demandé au gouvernement Obama de fournir un compte rendu plus détaillé de ce qui s’est passé dans le Golfe persique en janvier 2016, notamment après l’arrivée des Gardiens de la révolution.

Les officiels du Pentagone ont déclaré s’être engagés à tenir le Congrès informé, mais ont indiqué qu’il y aurait certaines limites quant à ce qui pourrait être divulgué ou non à propos de l’enquête en cours. Cela a irrité plusieurs parlementaires. «Il y a une certaine frustration au Congrès en raison des hésitations dont a fait montre le gouvernement lorsqu’il s’est agi de partager certains détails importants de l’affaire, notamment par rapport à la détention de citoyens américains», a déclaré un sénateur sous couvert d’anonymat.

Source

Commenter cet article

Archives