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Bombardier : qu’attend Ottawa?

Publié le 29 Avril 2016, 10:26am

Catégories : #ECONOMIE

Bombardier : qu’attend Ottawa?

Bombardier vient d'obtenir le contrat qui pourrait représenter la rampe de lancement de son appareil C Series. La commande record de 75 avions CS100 et des options pour 50 appareils supplémentaires de l'américaine Delta Air Lines est LE vote de confiance que le PDG de Bombardier Alain Bellemare attendait. C'est le monde entier qui voit Delta, Bombardier et sa C Series. Il y a longtemps que Bombardier n'a pas connu un jour aussi radieux.

Gérald Fillion
  Une analyse de Gérald Fillion
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Une fois que les applaudissements se sont tus et que le PDG Alain Bellemare est redescendu de son nuage, la réalité financière de Bombardier demeure difficile. Les défis sont importants et plusieurs questions se posent encore :

  • jusqu'où les finances de l'entreprise vont-elles se détériorer alors que les revenus ont fondu de 11 % chez Bombardier Aéronautique au cours du dernier trimestre et de 8 % chez Bombardier Transport?
  • quelle est la véritable valeur des contrats qui ont été signés avec Delta et Air Canada? À un prix estimatif de 75 millions de dollars par avion, on parle de contrats de 5,6 milliards de dollars pour Delta et de 3,4 milliards chez Air Canada. Mais, ce n'est pas le vrai prix. Quel est le rabais consenti par Bombardier?
  • À quand la rentabilité pour la C Series? L'entreprise dit : pas avant 2020.
  • combien faudra-t-il injecter encore dans la C Series, après des dépassements de 2 milliards de dollars et des retards de 2 ans? Pour l'instant, Bombardier estime à 2 milliards de dollars les sommes supplémentaires à injecter dans le programme.
  • Et à quelle vitesse les liquidités de l'entreprise vont-elles s'épuiser? Bombardier a des liquidités importantes, soit de 5,4 milliards de dollars en incluant le soutien du gouvernement du Québec. Mais, juste au cours du dernier trimestre, l'entreprise a utilisé 750 millions de dollars dans ses liquidités.

Alors, dans un contexte financier clairement difficile et dans une industrie où les liquidités s'épuisent rapidement, et où le climat d'affaires peut changer d'un coup sec, on comprend mieux pourquoi Bombardier continue de demander un engagement financier au gouvernement du Canada. Le ministre des Transports, Marc Garneau, affirme que les discussions se poursuivent. Et le PDG de Bombardier Alain Bellemare dit que la « bonne solution » n'a toujours pas été trouvée.

Et le gouvernement Trudeau?

Il y a donc lieu de se demander, dans les circonstances, pourquoi le gouvernement du Canada est-il aussi hésitant à soutenir financièrement Bombardier. Comme l'expliquaient Alain Bellemare et le PDG de Delta Ed Bastian en conférence de presse, le soutien du gouvernement du Québec a été crucial dans l'entente. La présence de Québec a donné la confiance nécessaire à Delta pour aller de l'avant. Delta a la conviction aujourd'hui que le projet de la C Series va se poursuivre et que les investissements nécessaires seront faits.

Les Européens ont toujours appuyé Airbus, comme les Américains l'ont fait avec Boeing et comme les Brésiliens le font avec Embraer. Pourquoi Ottawa n'arrive pas à conclure une entente avec Bombardier pour un soutien financier de 1 milliard de dollars américains?

L'enjeu : le contrôle des Beaudoin-Bombardier

Les réponses sont à Toronto où se trouvent les grands gestionnaires de fonds du Canada, qui ont l'oreille du gouvernement Trudeau. Comme l'expliquait il y a quelques jours le patron de Couche-Tard Alain Bouchard, les fonds torontois n'aiment pas les actions à droit de vote multiple. Ces actions permettent aux familles fondatrices ou propriétaires d'avoir le contrôle de leur entreprise, des décisions et des votes qui se tiennent. Les actions multivotantes protègent les entreprises d'une offre d'achat hostile d'un groupe concurrent.

Les Beaudoin-Bombardier, que plusieurs ont critiqués au fil du temps pour leur gestion de la société Bombardier, possèdent 53,23 % des droits de vote. Ces personnes sont J.R. André Bombardier, Janine Bombardier, Claire Bombardier Beaudoin et Huguette Bombardier Fontaine. Ces quatre personnes détiennent 49,78 % des droits de vote. Des membres de la famille immédiate des actionnaires principaux, Laurent Beaudoin et Pierre Beaudoin, possèdent, par ailleurs, 3,45 % des droits de vote.

Selon plusieurs sources, le gouvernement Trudeau veut que cette structure soit abandonnée. Bombardier et la famille Beaudoin-Bombardier refusent catégoriquement. Que va-t-il donc se passer? Est-ce que le gouvernement canadien, qui a largement aidé l'industrie automobile sans trop poser de questions, va mettre fin aux négociations avec Bombardier? Et est-ce que le gouvernement canadien ira en sens contraire de ce qu'on voit ailleurs dans le monde en n'appuyant pas financièrement Bombardier?

Si cette option n'est pas possible, qu'attend alors Ottawa pour trouver maintenant une « bonne solution » avec Bombardier?

Gérald Fillion 
 

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