Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Marichesse.com

Marichesse.com

Conseils, science, sante et bien-être


Arrêtons de parler de la dette en la calculant par habitant

Publié le 17 Avril 2016, 11:25am

Catégories : #ECONOMIE, #MONDE

Arrêtons de parler de la dette en la calculant par habitant

42.998 dollars, et on vous fait grâce des quelques malheureux cents: c'est le chiffre qui s'étale en une du magazine Time, symbolisant le montant moyen de la dette publique américaine par tête. «Voici ce que tout homme, femme et enfant américain devrait payer pour effacer les 13.900 milliards de dollars de dette», clame le sous-titre. «Rendons l'Amérique à nouveau solvable.»

«Cela me paraît juste incroyablement stupide, a réagi l'économiste Dean Baker, codirecteur du Center for Economic and Policy Research. Cela n'a rien à voir avec les niveaux de vie futurs des gens, rien à voir avec la capacité du gouvernement à rembourser ses dettes. En gros, cela ne fournit aucune information.»

Le son de cloche est le même du côté du journaliste de Slate.com Jordan Weissmann:

«Si nous étions le Botswana, 42.998, 12 dollars par homme, femme et enfant pourrait s'avérer beaucoup d'argent. Mais nous ne sommes pas le Botswana. Nous sommes les États-Unis, une nation riche et avancée avec une économie de 18.000 milliards de dollars et une ample capacité à payer les intérêts que nous devons à nos créanciers. Clamer la dette par tête ne nous dit absolument pas si nous avons trop emprunté.»

Ou de son confrère Kevin Drum, de Mother Jones:

«Vous n'aurez jamais à rembourser cette dette. Ni vos enfants. Ni vos petits-enfants. Oubliez. Et si nous avions un jour à en rembourser une partie? Nous aurions à le faire sur plusieurs décennies, comme n'importe quelle dette. Et les riches en paieraient une proportion plus importante que vous. Mais je suppose que "Vous pourriez un jour devoir 145 dollars par an" ne fait pas une très bonne couverture de magazine.»

 

Le Los Angeles Times parle lui d'un «naufrage journalistique et économique», démontant notamment l'argument de l'auteur de l'article de Time selon lequel la dette serait en soi mauvaise (alors qu'elle peut constituer un choix économique rationnel) ou listant les très nombreux actifs dont dispose l'État américain, qui le rendent tout sauf insolvable. Comme l'explique dans une analogie Matt Yglesias de Vox, «Apple, par exemple, doit plus de 45 milliards de dollars à de nombreuses personnes, ce qui représente une tonne d'argent. Mais il possède aussi plus de 150 milliards de dollars en actifs financiers divers, pour ne rien dire de la valeur de sa marque, de la propriété intellectuelle, de l'immobilier, des usines, etc».

Si ce genre de démontage est important, c'est parce que ce genre de calcul est extrêmement répandu, y compris de ce côté-ci de l'Atlantique. Depuis un an, on nous a ainsi martelé que«chaque Français supporte une dette publique de plus de 31.000 euros», qu'«un bébé français doit 30.000 euros à sa naissance» ou que «chaque Français doit 1.200 euros de plus que l'an dernier». Des chiffres qui négligent, par exemple, le fait qu'une partie de la dette française est détenue par les Français eux-mêmes (à hauteur d'au moins un tiers) et que le pays dispose d'un patrimoine très substantiel. Comme l'écrivait en 2013 l'économiste Jacques Delpla:

«La France est très riche. Ne comparons pas le stock historique (la dette publique) au flux de revenus (le PIB), mais à l'actif complet des Français. Or, si l'Etat français est très endetté (95 % du PIB en 2014), les Français, ménages et entreprises, ont un actif net, après paiement de leurs dettes financières, très élevé (immobilier, foncier et placements financiers), de l'ordre de 680% du PIB en 2011, selon l'Insee.»

Il y a dix ans, l'économiste de l'OFCE Mathieu Plane notait d'ailleurs qu'«au regard du compte de patrimoine de la nation, chaque Français né en 2006 hérite en moyenne de 185.400 euros». Un chiffre qui ne dispense pas d'une analyse critique de la situation économique du pays mais nuance grandement la présentation médiatique de la «dette individuelle». 

 Source

 

Commenter cet article

Archives