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5 questions pour comprendre le conflit du Haut-Karabakh

Publié par MaRichesse.Com sur 10 Avril 2016, 04:47am

Catégories : #5-TRUCS-A-SAVOIR, #MONDE, #GUERRE

5 questions pour comprendre le conflit du Haut-Karabakh

Pourquoi des soldats se sont-ils battus ces derniers jours dans le Haut-Karabakh? Le vieux conflit qui oppose l'Azerbaïdjan et l'Arménie va-t-il finir par se régler? Décryptage.

 

La poussière est retombée pour le moment dans la région autonome du Haut-Karabakh (ou Nagorno-Karabakh) après quatre jours d'intenses combats. L'Azerbaïdjan et les autorités de cette région séparatiste ont conclu mardi un accord de cessez-le-feu.

Yann Breault, chargé de cours au Département de science politique de l'UQAM et codirecteur de l'Observatoire de l'Eurasie, nous explique ce qui se passe là-bas.


 

1. Quel est le statut de ce territoire?

Yann Breault : Le Nagorno-Karabakh est une région autonome, majoritairement peuplée d'Arméniens, qui fait historiquement partie de la République socialiste soviétique d'Azerbaïdjan.

En 1991, l'URSS s'effondre. L'Azerbaïdjan, comme toutes les autres républiques soviétiques, proclame son indépendance. Et elle va tenter de faire abolir le statut de région autonome au Nagorno-Karabakh en envoyant des milices.

L'Azerbaïdjan est très mal armée militairement. Elle va faire face à des rebelles arméniens qui vont non seulement repousser les milices azéries, mais aussi occuper le cinquième du territoire de l'Azerbaïdjan.

Ce conflit a fait des dizaines de milliers de morts et quelque 200 000 réfugiés. La minorité azérie du Nagorno-Karabakh a été expulsée. Et dans les villages qui ont ensuite été conquis par les rebelles arméniens, il y a eu des épurations ethniques. Des dizaines de milliers d'Azéris se sont réfugiés à Bakou (capitale de l'Azerbaïdjan).

Le gouvernement arménien n'a jamais reconnu formellement l'indépendance du Nagorno-Karabakh, ni tenté juridiquement d'annexer ces territoires.

Donc, le Nagorno-Karabakh est un État indépendant, autoproclamé, qui n'est pas reconnu par la communauté internationale.

 

 


 

2. Pourquoi ce conflit s'éternise-t-il?

Y. B. : En 1994, quand les Azéris signent un cessez-le-feu, ils le font parce qu'ils sont financièrement incapables de soutenir l'effort militaire nécessaire pour récupérer les territoires perdus.

L'Azerbaïdjan a connu une chute spectaculaire de son PIB, un peu comme toutes les républiques postsoviétiques. La gestion des afflux de réfugiés pèse énormément sur les finances publiques. Le gouvernement est incapable, temporairement, de récupérer le territoire. Donc on met fin aux hostilités, mais sans accepter la situation.

Entre 1994 et maintenant, l'Azerbaïdjan va découvrir de nouveaux gisements pétroliers dans la mer Caspienne, qu'il va développer conjointement avec des compagnies russes et américaines. Le pays va voir ses revenus intérieurs se multiplier par trois ou quatre. Et il va investir de façon colossale dans le réarmement. Ce qui fait que le déséquilibre militaire initial, qui était en défaveur de l'Azerbaïdjan, a été largement renversé depuis ce temps-là.

La chute du baril de pétrole affecte aujourd'hui durement l'économie de l'Azerbaïdjan. Des critiques assez importantes sont formulées à l'égard du clan d'Ilham Aliev (président de l'Azerbaïdjan).

Alors, on s'entend pour dire que la reprise des hostilités avec l'Arménie, c'est une bonne stratégie pour détourner l'attention publique des enjeux économiques internes, en fouettant le patriotisme et le nationalisme.

Un volontaire arménien dans la ville d'Askeran, près de la zone d'affrontements avec les forces azéries le 2 avril 2016, dans le Haut-Karabakh.
Un volontaire arménien dans la ville d'Askeran, près de la zone d'affrontements avec les forces azéries le 2 avril 2016, dans le Haut-Karabakh.   PHOTO : REUTERS / HRAYR BADALYAN / PAN PHOTO

Ce qui se passe est extrêmement inquiétant. Ça fait plusieurs semaines qu'on avait remarqué une intensité, parce qu'il y a toujours eu de façon sporadique des tirs de part de d'autres, avec un soldat qui tombe de temps en temps.

Dans le contexte de la dégradation spectaculaire des relations entre la Russie et la Turquie, beaucoup suspectent que la Turquie, en sous-main, a encouragé l'Azerbaïdjan à lancer les hostilités militaires contre les Arméniens.

Dans ce conflit-là, depuis le début, les Turcs ont toujours soutenu la position de l'Azerbaïdjan, à juste titre dans la mesure où ils sont victimes d'une occupation territoriale illégale. Mais les Turcs ont été plus loin en imposant un blocus économique à l'Arménie depuis le tout début du conflit, en 1992. Sans compter cette histoire de génocide que les Turcs se refusent de reconnaître. Donc, les relations ont toujours été tendues entre les Turcs et les Arméniens. Pour les Arméniens, les Azéris —  turcophones et musulmans — et les Turcs, c'est la même gang. 

Le Haut-Karabakh en bref

  • Population : près de 150 000 personnes
  • Ethnie : Arméniens en majorité
  • Religion : chrétienne orthodoxe
  • Langues parlées : arménien et russe
  • Capitale : Stepanakert
  • Président : Bako Sahakyan

 


 

3. Un règlement est-il possible?

Y.B. : Non. Dans le meilleur des cas, on va assister à une cessation des combats. Beaucoup de Russes pensent que la Russie dispose de leviers d'influence assez importants du côté azéri pour être capable de calmer les ardeurs de part et d'autre.

Les Russes n'ont pas intérêt du tout à ce que ça s'envenime. Si ça doit s'envenimer, ils risquent d'être obligés de prendre le parti des Arméniens, parce qu'il y a un traité, une alliance de sécurité collective qui lie l'Arménie à la Russie.

Donc, advenant que des roquettes azéries tombent non pas seulement sur le territoire du Nagorno-Karabakh, mais aussi sur le territoire arménien, les Russes auraient une obligation légale de prêter main-forte aux Arméniens.

Si les Russes devaient être engagés là-dedans, ils n'auraient pas grand-chose à gagner, ils auraient certainement beaucoup à perdre, ne serait-ce que pour leur image internationale. Ils seraient encore considérés comme les mauvais joueurs, puisqu'ils seraient en train de soutenir des troupes arméniennes qui occupent illégalement une partie du territoire azéri.

Et c'est peut-être ce que la Turquie souhaite. Parce que, même si on ne sait pas si en sous-main ils ont encouragé ça, le président Erdogan a clairement dit qu'il soutenait à 100 % les actions du gouvernement azéri dans sa bataille légitime pour récupérer les territoires illégalement occupés par les rebelles arméniens.

Ces derniers mois, l'épreuve de force entre la Russie et la Turquie avait la Syrie pour terrain de jeu. On assiste aujourd'hui à un déplacement du terrain de renégociation du rapport de force entre la Turquie et la Russie.


 

4. Et le groupe de Minsk dans tout ça?

Y.B. : Ça fait des années que le groupe de Minsk tente simplement de maintenir un semblant de dialogue. On est vraiment juste dans une espèce de cycle de rencontres où on permet à des dignitaires azéris et arméniens de se rencontrer. Mais il n'y a aucune avancée.

Toutes sortes de scénarios ont été proposés, mais pour des raisons de politique et de politique intérieure, c'est à peu près impossible pour les Arméniens de renoncer à leurs gains militaires, et pour les Azéris, d'accepter un règlement qui leur serait défavorable sur le plan territorial.

Le groupe de Minsk a été créé en 1992 par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour régler le conflit du Haut-Karabakh. L'entité est présidée par la France, la Russie et les États-Unis et la Russie.


 

5. Qu'est-ce qui va se passer?

Y.B. : Il ne se passera rien. Ces peuples ont un rapport au temps très différent du nôtre ici, surtout dans le Nouveau-Monde, en Amérique.

Les Arméniens ont la mémoire de leur royaume qui existait il y a 2000 ans. Il y a 2000 ans d'occupation dans ces territoires-là. On les appelle d'ailleurs les Juifs du Caucase. C'est un peu la même stratégie que celle d'Israël avec la Palestine. C'est dire : « Bon ben, il n'y aura aucun règlement pour les 50, 100, 150 prochaines années, mais ce n'est pas grave parce que le combat pour un royaume arménien au Caucase, c'est une lutte qu'on mène depuis des siècles et des siècles et qui va se perpétuer dans le temps ».

Les « locaux » voient cette confrontation comme une vieille confrontation historique qui remonte à très longtemps et qui risque de se poursuivre encore pour des siècles à venir.

Le mieux qu'on puisse espérer, c'est que concrètement, sur le terrain, il y ait une reprise d'un cessez-le-feu qui va minimiser le nombre de morts. Mais espérer qu'on puisse en arriver à un règlement, à une solution, ça serait assez utopique dans l'état actuel des choses. 

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